25 Fév 2026, mer

Tarifs annulés, Iran menacé, Ukraine promise : Trump transforme l’état de l’Union en meeting de combat

Tarifs annulés, Iran menacé, Ukraine promise Trump transforme l’état de l’Union en meeting de combat

Pendant 1 h 47, Donald Trump a déroulé une fresque triomphale de son premier an de second mandat : économie « relancée », frontière « verrouillée », guerre à la fraude, bras de fer migratoire, et promesse martelée sur l’Iran. Mais derrière l’autocélébration, le discours sur l’état de l’Union du 24 février laisse apparaître une Maison-Blanche sous pression : décision de la Cour suprême sur les tarifs, polarisation intérieure, et une stratégie internationale présentée comme une série de victoires sans dissiper les zones d’ombre.

Un discours record, un objectif simple : imposer un récit

Donald Trump bat le record du plus long état de l’Union et assume la logique : faire du Congrès une scène, et de l’année des midterms une campagne permanente. La trame est claire : “redressement historique”, “âge d’or”, adversaires décrits comme responsables d’un pays “au bord”, et une promesse : ne pas revenir en arrière.

Le passage d’Al Green, brandissant une pancarte avant d’être expulsé, agit comme un symbole : dans la salle, la discorde n’est pas un bruit de fond, c’est un décor. Et Trump s’en sert : chaque interruption devient une preuve de plus que “l’autre camp” refuse le “bon sens”.

Économie : la victoire proclamée, la bataille juridique en embuscade

Trump revendique une économie “en feu” : marchés au plus haut, inflation “en chute”, investissements “massifs”, essence “au plus bas”. Puis vient le nœud : la Cour suprême.

Il qualifie la décision d’“malheureuse”, mais affirme que l’impact est contenu :
• les accords commerciaux “restent valables”,
• des “statuts juridiques alternatifs” permettraient de maintenir l’essentiel,
• et surtout, il transforme le revers en argument : moins de contrainte, plus de marge de manœuvre.

Ce passage est central : Trump ne défend pas seulement une politique tarifaire, il défend une idée du pouvoir exécutif. Son message au pays ressemble à un avertissement : si les juges ferment une porte, il en ouvrira une autre sans demander au Congrès.

Frontière, sécurité, immigration : le cœur idéologique du discours

Le président martèle une formule : “protéger les citoyens américains”. Il accuse ses opposants d’avoir permis une “invasion” et d’avoir créé une insécurité structurelle : criminalité, fentanyl, coût social.

Il annonce ou réclame :
• l’arrêt du financement du DHS attribué aux démocrates,
• la fin des “sanctuaires”,
• une loi électorale durcie (pièce d’identité, preuve de citoyenneté),
• et une loi “Delilah” pour interdire des permis de conduire commerciaux aux clandestins.

Dans cette partie, la stratégie est nette : l’immigration n’est pas un sujet parmi d’autres, c’est la matrice qui relie sécurité, identité, fraude, élections, et même “culture”. Trump parle d’un pays “repris” et d’un État “rendu” à ceux qui “travaillent”.

Culture et société : une ligne de fracture assumée

Le discours bifurque vers des thèmes de société : école, genre, “DEI”, religion. Trump présente ces batailles comme une restauration morale : “renouveau de la foi”, “fin du DEI”, et dénonciation d’institutions jugées idéologisées.

La scène est pensée pour frapper : récits individuels, familles invitées, applaudissements, huées. Ici, Trump ne cherche pas l’unité : il organise une frontière intérieure entre “bon sens” et “dérive”.

Politique étrangère : démonstration de force, promesse de paix

Trump déroule un inventaire de conflits “réglés” et revendique une diplomatie dopée à la contrainte : tarifs, puissance militaire, pression maximale. Deux dossiers dominent :

Ukraine : promesse de fin, mais sans méthode détaillée

Il dit “travailler très dur” pour mettre fin à la guerre, insiste sur le coût humain, et affirme que ce conflit “n’aurait jamais eu lieu” s’il avait été président. Il ajoute un élément clé : tout ce qui est envoyé à l’Ukraine passerait par l’OTAN et serait remboursé “intégralement”.
Ce point est présenté comme une victoire politique intérieure : aider sans payer, ou du moins, sans l’assumer comme une charge américaine.

Iran : promesse absolue, diplomatie conditionnelle

La phrase est répétée comme un verrou : “Je ne permettrai jamais à l’Iran d’avoir une arme nucléaire.”
Trump revendique l’“Opération Midnight Hammer” et affirme avoir “anéanti” le programme tout en reconnaissant que l’Iran “recommence” et que des négociations sont en cours. C’est le paradoxe central : il dit avoir détruit, mais justifie la menace par la reconstitution.

Sa ligne est double :
• préférence affichée pour la diplomatie,
• mais seuil infranchissable sur le nucléaire, avec menace implicite.

Dans cette architecture, l’Iran devient le test ultime de son credo : la paix par la force sans garantie de paix.

Le style Trump : gouverner par le récit, tenir par la polarisation

Ce discours n’est pas conçu pour convaincre l’adversaire, mais pour enfermer le pays dans une histoire :
• “nous” avons sauvé,
• “eux” ont détruit,
• et la seule question, c’est la fidélité au camp.

Même la Cour suprême est traitée comme une péripétie dans une marche en avant. Le message final est moins institutionnel que politique : Trump demande au pays de choisir un camp et de s’y tenir jusqu’aux midterms.

À l’état de l’Union, Donald Trump n’a pas seulement présenté un bilan : il a mis en scène une doctrine. Économie brandie comme trophée, immigration comme colonne vertébrale, tarifs comme instrument de puissance, Iran comme ligne rouge, Ukraine comme promesse. Le tout dans une Amérique plus nerveuse que rassemblée. Et dans ce décor, le record de durée n’est pas un détail : c’est une stratégie occuper l’espace, saturer le récit, et forcer l’adversaire à réagir sur son terrain.

Max Betto Grandes Lignes

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