Le président américain veut remodeler la banque centrale, au risque de fragiliser son indépendance historique.
Donald Trump a déclenché une onde de choc en annonçant, lundi, le licenciement de Lisa Cook, membre du conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale (Fed). Première femme noire nommée à ce poste en 2022, Mme Cook est accusée par la Maison-Blanche de fraude hypothécaire, des allégations qu’elle dément catégoriquement. Son avocat a promis de contester cette décision « illégale » devant les tribunaux.
Une décision sans précédent
Dans une lettre publiée sur Truth Social, Trump a affirmé avoir trouvé une « cause » suffisante pour la démettre, invoquant des documents prétendument falsifiés lors de l’achat de biens immobiliers. Mais aucun tribunal n’a retenu d’accusation, et la gouverneure n’a pas été reconnue coupable d’un quelconque délit.
Selon des juristes, la manœuvre viole la loi fondatrice de la Fed, qui ne permet la révocation d’un gouverneur qu’en cas de faute grave, et après un processus respectant le droit de défense. « Cela ressemble à un licenciement illégal », a estimé Lev Menand, professeur de droit à Columbia, avertissant que l’indépendance de la banque centrale « ne tenait déjà qu’à un fil ».
Une Fed sous pression politique
Depuis son retour au pouvoir, Trump multiplie les attaques contre la Fed et son président, Jerome Powell, qu’il accuse de maintenir les taux d’intérêt trop élevés. Avec le départ forcé de Lisa Cook et la démission récente d’Adriana Kugler, le président dispose de deux postes à pourvoir, renforçant son influence sur une institution clé pour l’économie américaine.
« Si Trump réussit, ce sera la fin de l’indépendance de la banque centrale telle que nous la connaissons », avertit Peter Conti-Brown, professeur à la Wharton School.
Des accusations instrumentalisées
À l’origine des soupçons visant Lisa Cook se trouve Bill Pulte, directeur de l’Agence fédérale de financement du logement, proche de Trump. Depuis des mois, il attise la colère du président contre la Fed, l’accusant de mauvaise gestion et multipliant les attaques personnelles. Selon lui, Cook aurait déclaré deux résidences principales distinctes pour bénéficier d’un taux d’intérêt plus bas.
Pour ses défenseurs, cette offensive relève d’une stratégie politique : affaiblir la Fed, installer des fidèles et pousser rapidement à une baisse drastique des taux, malgré les avertissements des économistes sur les risques inflationnistes.
Une bataille politique et judiciaire
Lisa Cook a assuré qu’elle ne démissionnerait pas : « Je continuerai à remplir mes fonctions comme je le fais depuis 2022. » Sa défense entend faire annuler la décision en justice.
Dans l’opposition, la sénatrice Elizabeth Warren a dénoncé « une prise de pouvoir autoritaire » et « un bouc émissaire choisi pour masquer l’échec de Trump à faire baisser les prix ».
Au-delà du cas personnel de Lisa Cook, c’est l’avenir de l’indépendance de la Fed qui se joue. Institution centrale de l’économie américaine, garante de la stabilité monétaire et de la confiance des marchés, elle se retrouve au cœur d’un bras de fer inédit entre la présidence et la règle de droit.
Paul Lamier Grandes Lignes











