Alors que Moscou prépare une nouvelle offensive pour l’été, les forces ukrainiennes ont repris l’initiative sur plusieurs segments du front. Des avancées limitées mais significatives, qui perturbent les plans russes et redonnent un souffle stratégique à Kiev.
Une dynamique inattendue sur le front sud
Dans une guerre figée depuis des mois, le front sud ukrainien connaît un retournement discret mais réel. Depuis début février, les forces de Kiev ont repris plusieurs centaines de kilomètres carrés dans les régions de Dnipropetrovsk et de Zaporijjia.
Ces gains, difficiles à vérifier avec précision, sont néanmoins confirmés par plusieurs analyses indépendantes. Ils traduisent une évolution rare : pour la première fois depuis 2023, les forces russes auraient perdu plus de terrain en un mois qu’elles n’en ont conquis.
Une stratégie de « défense active »
Ces avancées ne relèvent pas d’une grande contre-offensive, mais d’une approche plus mesurée. L’armée ukrainienne privilégie des contre-attaques ciblées, visant à desserrer la pression plutôt qu’à percer profondément les lignes adverses.
Autour d’Orikhiv et de Houliaïpole, les troupes de Kiev ont progressé de plusieurs kilomètres, parvenant à repousser certaines unités russes et à ralentir leur progression.
L’objectif n’est pas la conquête rapide, mais la stabilisation du front et la création de marges de manœuvre pour la suite du conflit.
Des conditions favorables exploitées
Cette progression repose en partie sur une conjonction de facteurs favorables.
D’abord, les conditions météorologiques : brouillard et vents forts ont temporairement limité l’usage des drones russes, réduisant leur capacité de surveillance.
Ensuite, un élément technologique décisif : la désactivation de certains terminaux Starlink utilisés par les forces russes a perturbé leurs communications.
Ce double avantage a permis aux unités de Kiev d’avancer plus librement, en exploitant des failles temporaires dans le dispositif adverse.
Moscou contraint de s’adapter
Ces succès tactiques ont un impact direct sur la stratégie russe.
Prévue pour le printemps et l’été, l’offensive de Moscou reposait sur une montée en puissance progressive de ses forces. Or, les avancées ukrainiennes obligent désormais l’état-major russe à redéployer ses troupes et à stabiliser certaines lignes avant toute nouvelle opération d’envergure.
Ce retard, même limité, modifie le calendrier militaire et complique la préparation logistique de l’armée russe.
Une guerre d’usure qui se confirme
Malgré ces gains, l’Ukraine ne dispose pas des moyens nécessaires pour transformer ces succès en percée stratégique.
Le manque d’effectifs et de capacités de frappe en profondeur limite toute ambition offensive de grande ampleur.
De leur côté, les forces russes continuent de progresser lentement sur d’autres segments du front, maintenant une pression constante.
Le rôle clé des frappes logistiques
Parallèlement aux combats terrestres, Kiev intensifie ses frappes contre les infrastructures militaires russes.
Cibles privilégiées : dépôts de munitions, systèmes d’artillerie et chaînes logistiques.
Cette stratégie vise à affaiblir la capacité offensive russe avant l’été, en réduisant l’efficacité de ses préparatifs.
Un répit, mais pas un tournant
Ces avancées offrent à Kiev un répit précieux, mais elles ne changent pas encore l’équilibre global du conflit.
La guerre reste marquée par une logique d’usure, où chaque gain est contesté et chaque progression fragile.
Dans les cercles politiques et militaires ukrainiens, peu croient à une issue rapide. L’horizon évoqué s’étend désormais bien au-delà de 2026.
Une guerre suspendue entre deux fronts
La guerre en Iran a par ailleurs relégué au second plan les discussions diplomatiques autour du conflit ukrainien.
Déjà fragiles, ces négociations sont désormais à l’arrêt, laissant le champ de bataille comme principal arbitre du conflit.
En définitive, les récents succès ukrainiens ne constituent pas une rupture, mais un ajustement.
Ils permettent à Kiev de gagner du temps, de ralentir l’adversaire et de préparer la suite.
Paul Lamier Grandes Lignes











