24 Fév 2026, mar

Ukraine : la France juge le pari militaire de Poutine perdu

Ukraine la France juge le pari militaire de Poutine perdu

Quatre ans après l’invasion de l’Ukraine, la guerre change de nature. Sur le terrain comme dans les chancelleries, l’affrontement militaire se double désormais d’une lutte pour imposer un récit stratégique. Pour Paris, le verdict est clair : Vladimir Poutine n’a pas atteint ses objectifs. Mais derrière cette affirmation, une réalité plus complexe se dessine.

Une guerre entrée dans son quatrième hiver stratégique

Le 24 février marque un anniversaire lourd de symboles : quatre années de guerre ouverte entre la Russie et l’Ukraine. Un conflit que Moscou pensait court s’est transformé en guerre d’usure continentale.

Invité d’une émission dominicale, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a livré une appréciation sans ambiguïté : selon lui, le bilan de Vladimir Poutine constitue un « échec cuisant et humiliant ».

Cette déclaration intervient alors que Kiev affirme avoir repris environ 300 km² de territoire lors de contre-offensives récentes dans le sud du pays. Un gain limité à l’échelle stratégique, mais politiquement exploitable par les alliés occidentaux.

Car après quatre ans, la guerre ne se mesure plus seulement en kilomètres reconquis, mais en résistance nationale, endurance économique et crédibilité internationale.

Un coût humain et militaire colossal

Pour la diplomatie française, l’un des éléments centraux du bilan russe reste le coût humain du conflit.

Selon les estimations évoquées par Paris, la Russie aurait subi plus d’un million de pertes humaines, un niveau inédit depuis la Seconde Guerre mondiale. Sur certaines portions du front, près d’un millier de soldats russes seraient tués chaque jour pour des avancées territoriales limitées.

Cette réalité nourrit la thèse occidentale d’une Russie engagée dans une guerre longue sans victoire décisive.

Mais Moscou, de son côté, revendique une stratégie différente : transformer l’endurance militaire en avantage stratégique, en misant sur l’essoufflement politique de l’Ukraine et la fatigue des opinions publiques occidentales.

L’économie russe sous pression… mais toujours debout

Paris met également en avant les fragilités économiques russes : risques de récession, pression budgétaire, rationnement énergétique localisé et restrictions technologiques.

Pour autant, la situation reste ambivalente.

Malgré les sanctions européennes et américaines, la Russie a réussi à réorienter une partie de son économie vers l’Asie, l’Inde et le Moyen-Orient. Les revenus énergétiques persistent, et l’appareil industriel militaire fonctionne à plein régime.

Autrement dit, la Russie n’a pas gagné la guerre rapidement, mais elle ne s’est pas non plus effondrée ce qui explique la prolongation du conflit.

Une Europe confrontée à ses propres divisions

L’autre enjeu soulevé par Jean-Noël Barrot concerne l’unité européenne.

La Hongrie menace déjà de bloquer un nouveau paquet de sanctions contre Moscou, illustrant les tensions internes au sein de l’Union européenne. Bruxelles doit constamment arbitrer entre fermeté stratégique et réalités politiques nationales.

Depuis quatre ans, l’Europe cherche un équilibre fragile : soutenir Kiev sans provoquer une confrontation directe avec Moscou, tout en maintenant la cohésion du bloc occidental.

La guerre du récit : victoire militaire ou défaite stratégique ?

Au fond, la déclaration française révèle une évolution majeure : la guerre d’Ukraine est devenue aussi une bataille narrative.

  • Pour l’Occident, le simple fait que l’Ukraine existe toujours constitue une victoire stratégique.
  • Pour Moscou, la survie du régime russe face aux sanctions et à l’OTAN démontre l’échec du projet occidental d’affaiblissement de la Russie.

Ainsi, chacun tente d’imposer sa lecture du conflit avant même sa conclusion militaire.

Quatre ans après le début de l’invasion, aucune solution politique crédible n’émerge.

Le front reste figé sur plusieurs axes, les pertes continuent de s’accumuler et la diplomatie internationale oscille entre négociations discrètes et démonstrations de force.

Paul Lamier Grandes Lamier

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