Les discussions menées à Abou Dhabi entre l’Ukraine, la Russie et les États-Unis se sont achevées sans percée politique. Jeudi, Kiev et Moscou ont procédé à un nouvel échange de prisonniers de guerre, seul résultat concret de deux jours de pourparlers censés ouvrir la voie à une désescalade. Pour le reste, le conflit demeure enlisé, tandis que les combats se poursuivent sur le terrain.
Un geste humanitaire, pas un tournant politique
Moscou a annoncé jeudi l’échange de 157 militaires russes contre un nombre équivalent de prisonniers ukrainiens. L’émissaire américain Steve Witkoff, présent aux Émirats arabes unis, a évoqué un total de 314 personnes libérées, saluant un « dialogue approfondi », tout en reconnaissant qu’un « travail considérable » restait à accomplir.
Pour Kiev, cet échange constitue un soulagement pour les familles concernées, mais ne saurait être interprété comme une avancée vers la paix. « À ce stade, il s’agit du seul résultat tangible », a confirmé la porte-parole de la délégation ukrainienne, Diana Davitian, à l’issue des discussions.
Depuis plusieurs mois, les efforts diplomatiques menés sous l’égide de Washington se limitent à ces gestes humanitaires, sans progrès sur les questions de fond.
Le nœud territorial toujours bloquant
Au cœur de l’impasse : le sort des territoires occupés. La Russie continue d’exiger que l’Ukraine abandonne l’intégralité de la région de Donetsk, y compris les zones encore contrôlées par l’armée ukrainienne, en échange d’un éventuel gel de la ligne de front.
Une exigence jugée inacceptable à Kiev, où Donetsk constitue un verrou stratégique face aux offensives russes. Le président Volodymyr Zelensky craint par ailleurs que les États-Unis, désormais positionnés comme médiateurs plus que comme alliés militaires, ne se montrent plus réceptifs aux demandes de Moscou.
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump ajoutent à cette inquiétude : l’aide militaire américaine a été largement réduite, affaiblissant la capacité de négociation de Kiev.
Un coût humain toujours plus lourd
Dans une interview diffusée mercredi soir, Volodymyr Zelensky a dressé un bilan inédit des pertes ukrainiennes : 55 000 soldats tués depuis le début de l’invasion russe, ainsi qu’un nombre très élevé de disparus, probablement morts au combat. Il a estimé que la Russie devrait sacrifier des centaines de milliers d’hommes supplémentaires pour conquérir militairement Donetsk, au prix d’une progression lente et coûteuse.
Quatre ans après le déclenchement du conflit, la guerre reste la plus meurtrière en Europe depuis 1945, avec des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés.
La guerre continue sur le terrain
Parallèlement aux discussions diplomatiques, la Russie a poursuivi ses frappes. Après une courte pause obtenue à la demande de Washington, Moscou a repris ses attaques contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, provoquant coupures d’électricité et de chauffage en pleine vague de froid.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, des drones russes ont de nouveau visé Kiev, causant des dégâts matériels et blessant une civile. À Kharkiv, des bombardements ont gravement touché des installations énergétiques, paralysant certains transports urbains.
Entre scepticisme et lassitude
En Ukraine, le scepticisme domine. Nombre de citoyens interrogés doutent qu’un accord sérieux puisse émerger de ces négociations, perçues comme une mise en scène diplomatique sans effet réel sur la guerre. « Il faut se préparer au pire et espérer le meilleur », résume un habitant de Kiev.
À Moscou, en revanche, l’espoir d’une fin du conflit subsiste, porté davantage par l’épuisement que par la confiance dans les pourparlers. « Tout le monde en a assez », confie un ingénieur. « On veut juste que les drones cessent et que les gens arrêtent de mourir. »
Pour l’instant, Abou Dhabi n’aura offert qu’un répit humanitaire. La paix, elle, reste hors de portée.
Max Betto Grandes Lignes avec (AFP)











