Le nord du Mali entre dans une nouvelle phase du conflit. Après Kidal, les positions stratégiques de Tessalit et d’Aguelhok échappent désormais au contrôle de l’armée, consacrant l’avancée d’une coalition inédite entre le JNIM et le Front de libération de l’Azawad. Une progression rapide, structurée, qui recompose les équilibres militaires et expose un peu plus les fragilités du pouvoir de Bamako.
Tessalit, un verrou stratégique qui saute
La perte de Tessalit dépasse largement le symbole. Située aux portes de la frontière algérienne, la base constituait un pivot logistique majeur pour les opérations dans le nord. Sa piste d’atterrissage, capable d’accueillir avions de transport et hélicoptères, en faisait un point d’appui essentiel pour l’armée malienne et ses alliés russes.
Selon plusieurs sources locales, les forces présentes auraient quitté les lieux avant l’arrivée des groupes armés, sans engagement direct. Une évacuation qui interroge sur la capacité de résistance du dispositif militaire face à une offensive coordonnée.
Une alliance opérationnelle qui change la donne
Après la chute de Kidal, cette progression confirme une dynamique nouvelle. Jihadistes et rebelles touaregs, longtemps rivaux, agissent désormais de concert. Sur le terrain, cette convergence se traduit par une simultanéité des attaques, une meilleure circulation des forces et une pression accrue sur les positions stratégiques.
L’objectif apparaît de plus en plus lisible : consolider le contrôle du nord tout en désorganisant les lignes de défense du régime.
Une riposte aérienne sans effet de rupture
Face à cette avancée, Bamako et ses partenaires ont intensifié les frappes aériennes. Des opérations ciblées ont été menées contre des convois et des positions rebelles, appuyées par les moyens russes.
Mais cette réponse reste, à ce stade, insuffisante pour inverser la dynamique. La supériorité aérienne ne compense ni les pertes territoriales, ni l’effet de surprise d’une offensive menée sur plusieurs fronts.
Le facteur russe, entre présence et limites
Les paramilitaires russes restent un élément central du dispositif sécuritaire malien. Leur effectif, estimé à environ 2.500 hommes, apparaît toutefois limité face à l’étendue du territoire.
Leur action semble désormais concentrée sur la sécurisation des points névralgiques, notamment autour de la capitale. Leur priorité n’est plus la reconquête immédiate, mais la stabilisation du régime.
Bamako, cible d’une pression indirecte
La stratégie des groupes armés ne se limite plus au nord. En annonçant un blocus progressif de la capitale, le JNIM cherche à déplacer le centre de gravité du conflit.
Des points de contrôle ont été installés sur plusieurs axes. L’enjeu est moins militaire que logistique et politique : fragiliser l’approvisionnement de Bamako et exercer une pression sur une population de plusieurs millions d’habitants.
Malgré cela, certains convois continuent de circuler sous protection, signe que l’État conserve des capacités, mais dans un environnement de plus en plus contraint.
Une offensive à double dimension, militaire et politique
Au-delà des gains territoriaux, cette offensive répond à une logique plus large. Les groupes armés cherchent à affaiblir le pouvoir en place en combinant pression militaire et stratégie d’influence.
Leur discours appelle à une mobilisation élargie contre le régime, visant à rallier acteurs politiques, religieux et militaires marginalisés. L’enjeu dépasse le terrain : il touche à la recomposition du pouvoir.
Un pouvoir fragilisé, mais pas renversé
La mort du ministre de la Défense, les pertes territoriales et la coordination des attaques constituent un choc majeur pour la junte. Pourtant, le régime conserve des marges : une armée mieux équipée qu’auparavant et un soutien extérieur toujours actif.
Le Mali s’installe ainsi dans une zone d’incertitude prolongée. Ni effondrement immédiat, ni reprise rapide. Le conflit s’étend, se transforme et s’ancre dans la durée.















