14 Fév 2026, sam

Niger : le général Amadou Ibro annonce une « guerre » contre la France

Niger le général Amadou Ibro annonce une « guerre » contre la France

Les tensions entre Niamey et Paris franchissent un nouveau seuil verbal. Lors d’un meeting public à Niamey, un haut responsable du régime militaire nigérien a appelé la population à se « préparer » à une guerre avec la France. Une déclaration lourde de sens dans un contexte déjà marqué par la rupture diplomatique entre les deux pays.

Un discours offensif à Niamey

C’est le général Amadou Ibro, chef d’état-major particulier du chef de la junte Aboudrahamane Tiani, qui a lancé cet appel devant un stade rempli de jeunes à Niamey.

Selon lui, la France « va faire la guerre au Niger » et la mobilisation populaire serait désormais nécessaire pour s’y préparer. Les propos ont été largement relayés sur les réseaux sociaux, accompagnés de slogans hostiles à l’ancienne puissance coloniale.

Cette déclaration s’inscrit dans une rhétorique de confrontation adoptée par le régime depuis le coup d’État de juillet 2023.

Des relations rompues depuis le putsch

Depuis l’arrivée au pouvoir des militaires, les relations entre le Niger et la France se sont fortement dégradées.

Les troupes françaises engagées dans la lutte antijihadiste ont quitté le pays fin 2023 après un bras de fer diplomatique prolongé. Paris a toujours rejeté toute accusation de tentative de déstabilisation.

Côté nigérien, le chef de la junte a récemment accusé le président Emmanuel Macron d’être « le sponsor » de groupes jihadistes actifs dans la région, des accusations catégoriquement démenties par la France.

Le porte-parole de l’état-major français a qualifié ces déclarations de « guerre informationnelle ».

L’uranium au cœur du bras de fer

Au-delà des déclarations politiques, le différend repose aussi sur des enjeux économiques stratégiques.

La junte a nationalisé la Somaïr, filiale du groupe français Orano, spécialisée dans l’extraction d’uranium. En réponse, l’entreprise a engagé des procédures judiciaires.

Niamey accuse Paris d’avoir longtemps profité de ses ressources minières et revendique désormais une politique de souveraineté économique. Une cargaison d’environ 1 000 tonnes de « yellow cake » (concentré d’uranium) est actuellement bloquée à l’aéroport de Niamey.

Avant le putsch, le Niger représentait moins de 20 % de l’approvisionnement français en uranium, mais la symbolique stratégique demeure forte.

Escalade verbale ou rupture réelle ?

Malgré la radicalité du discours, aucune indication concrète ne laisse penser à une confrontation militaire imminente.

L’appel à la mobilisation semble davantage s’inscrire dans une logique politique interne : consolider la légitimité du régime autour d’un discours souverainiste et anti-colonial, tout en renforçant son positionnement géopolitique dans un contexte régional instable.

Depuis 2023, le Niger a rompu avec plusieurs partenaires occidentaux et se rapproche d’autres puissances, notamment la Russie. La junte affirme vouloir redéfinir ses alliances et reprendre le contrôle de ses ressources stratégiques.

Paul Lamier Grandes Lignes

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