13 Mar 2026, ven

« Nous nous vengerons jusqu’au bout » : le premier message de Mojtaba Khamenei à la nation iranienne

« Nous nous vengerons jusqu’au bout » le premier message de Mojtaba Khamenei à la nation iranienne

Le nouveau Guide suprême iranien durcit le ton face aux États-Unis et à Israël. En appelant à maintenir fermé le détroit d’Ormuz, passage stratégique du commerce énergétique mondial, Mojtaba Khamenei accentue la pression sur les marchés pétroliers et fait planer la menace d’une escalade majeure dans le Golfe.

Un message de fermeté du nouveau Guide suprême

Désigné à la tête de la République islamique après la mort de son père, Ali Khamenei, le nouveau Guide suprême Mojtaba Khamenei a appelé à maintenir fermé le détroit d’Ormuz, l’un des passages maritimes les plus stratégiques de la planète.

Dans un message diffusé jeudi à la télévision nationale iranienne, le dirigeant a promis de « venger le sang versé » par les victimes des bombardements américains et israéliens qui ont déclenché la guerre le 28 février.

Blessé lors d’une frappe et toujours absent de la scène publique, Mojtaba Khamenei n’est pas apparu lui-même à l’écran. Son message a été lu par une présentatrice de la télévision d’État.

Il a également appelé les pays du Moyen-Orient à fermer les bases militaires américaines présentes sur leur territoire.

Une pression maximale sur le détroit d’Ormuz

La décision de maintenir fermé le détroit d’Ormuz intervient dans un contexte de perturbations majeures du commerce énergétique mondial.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, la guerre actuelle provoque la plus importante perturbation de l’approvisionnement pétrolier jamais enregistrée.

Ce passage maritime, contrôlé de facto par l’Iran, voit transiter environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

La navigation y est aujourd’hui presque paralysée.

Les Gardiens de la révolution, force militaire idéologique de la République islamique, ont annoncé qu’ils appliqueraient « strictement » l’ordre du Guide suprême.

Le commandant de leurs forces navales, Alireza Tangsiri, a déclaré que l’Iran infligerait « les coups les plus sévères » à ses adversaires.

Une fermeture sélective du détroit

Téhéran laisse néanmoins entendre que certains navires pourraient être autorisés à emprunter le détroit.

Le vice-ministre iranien des affaires étrangères Majid Takht-Ravanchi a indiqué que des discussions avaient eu lieu avec plusieurs pays afin de garantir un passage sécurisé à leurs navires.

Les États considérés comme hostiles – notamment ceux ayant soutenu l’offensive américaine et israélienne – pourraient en revanche être privés de ce droit de passage.

Les autorités iraniennes ont également rejeté les accusations américaines selon lesquelles elles auraient posé des mines dans le détroit.

Une multiplication des attaques dans le Golfe

La tension militaire dans la région ne cesse de monter.

Plusieurs explosions ont été signalées jeudi dans le Golfe, notamment sur des infrastructures énergétiques à Bahreïn, en Arabie saoudite, au Koweït et à Oman.

Selon l’agence maritime britannique United Kingdom Maritime Trade Operations, au moins seize navires ont été attaqués depuis le début du conflit.

Une vidéo diffusée par la chaîne d’État Islamic Republic of Iran Broadcasting montre notamment une attaque contre un pétrolier à une cinquantaine de kilomètres des côtes irakiennes.

Les images montrent un projectile frappant l’avant du navire, provoquant une explosion suivie d’un immense incendie.

L’attaque aurait fait un mort et plusieurs blessés parmi les membres d’équipage.

Une guerre qui secoue les marchés pétroliers

Les conséquences économiques de ce conflit se font déjà sentir.

Depuis le début de la guerre, les cours du pétrole ont fortement progressé, certains contrats ayant augmenté de plus de 40 %.

Plusieurs États du Golfe ont dû réduire leur production en raison des difficultés d’exportation.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, la fermeture d’Ormuz a déjà amputé l’offre mondiale d’environ 7,5 %.

Les pays membres de l’agence ont décidé d’utiliser leurs réserves stratégiques pour stabiliser les marchés.

Les compagnies énergétiques sous pression

Les grandes entreprises du secteur énergétique commencent également à adapter leurs opérations.

Le groupe français TotalEnergies a annoncé suspendre – ou s’apprêter à suspendre – près de 15 % de sa production mondiale de pétrole et de gaz dans plusieurs États du Golfe.

La situation fragilise également les systèmes financiers de la région, étroitement liés à l’activité énergétique.

Une guerre qui s’installe dans la durée

Malgré les perturbations économiques, la Maison-Blanche affirme maintenir sa stratégie militaire.

Le président américain Donald Trump a déclaré que l’objectif restait d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire et de déstabiliser le Moyen-Orient.

Selon l’armée américaine, environ 6 000 cibles ont déjà été frappées depuis le début du conflit.

La guerre commence également à peser sur la population iranienne.

Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, plus de 3,2 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays.

Pour certains analystes, le régime iranien semble désormais prêt à mener une guerre prolongée.

Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques, estime que Téhéran « n’a plus rien à perdre » et pourrait privilégier une stratégie d’usure contre les États-Unis et leurs alliés.

Un coût colossal pour Washington

Le conflit représente également un fardeau financier pour les États-Unis.

Selon le New York Times, la première semaine d’opérations militaires aurait déjà coûté plus de 11 milliards de dollars.

Malgré ces dépenses et la flambée des prix de l’énergie, Donald Trump affirme maintenir le cap.

Pour la Maison-Blanche, stopper l’Iran reste une priorité stratégique, même si cela implique de nouvelles turbulences sur les marchés pétroliers.

Max Betto Grandes Lignes avec AFP

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