À la veille d’un ajustement gouvernemental annoncé, Emmanuel Macron s’apprête à confier l’une des institutions les plus stratégiques de la République à une figure montante de son camp. L’actuelle ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, doit être nommée à la présidence de la Cour des comptes, devenant la première femme à occuper ce poste.
La décision, attendue en Conseil des ministres, marque un passage symbolique et politique. À 40 ans, Amélie de Montchalin succédera à Pierre Moscovici à la tête de cette institution bicentenaire chargée de contrôler l’usage de l’argent public et d’évaluer les politiques publiques.
Sa nomination relève directement du chef de l’État et ne nécessite pas d’aval parlementaire. Son mandat sera irrévocable, limité uniquement par la borne d’âge fixée à 68 ans une stabilité qui contraste avec la volatilité politique actuelle.
Une figure budgétaire au premier plan
Ces derniers mois, la ministre s’est imposée comme l’un des visages centraux de la bataille budgétaire. À l’Assemblée nationale comme au Sénat, elle a porté le projet de loi de finances pour 2026, défendant une trajectoire de réduction du déficit public à 5 % du PIB l’an prochain, après 5,4 % en 2025.
Plus largement, elle a rappelé l’objectif de repasser sous les 3 % d’ici 2029 afin de se conformer aux engagements européens. Une ligne qui sera désormais observée depuis une autre position : celle du contrôle et de l’évaluation, plutôt que celle de la mise en œuvre.
Un contexte financier sous tension
La Cour des comptes intervient à un moment charnière. Les finances publiques françaises restent fragilisées par plusieurs années de dérapages budgétaires, dans un environnement politique instable qui complique l’adoption des textes financiers.
L’institution devra analyser la crédibilité des trajectoires annoncées, évaluer l’efficacité des réformes engagées et scruter la soutenabilité de la dette. La nouvelle présidente aura donc un rôle clé dans le débat public sur la rigueur budgétaire.
Une trajectoire macroniste assumée
Diplômée de HEC et de Harvard, passée par le secteur bancaire et assurantiel, Amélie de Montchalin incarne le profil technocratique du macronisme. Ministre des Affaires européennes, puis de la Fonction publique, brièvement en charge de la Transition écologique, elle avait quitté le gouvernement après sa défaite aux législatives de 2022 avant de revenir en 2024.
Sa prestation lors du marathon budgétaire de 2025 a renforcé son image de technicienne solide, capable d’articuler pédagogie et fermeté.
Un remaniement élargi
Son départ du gouvernement ouvre un poste clé dans l’équipe de Sébastien Lecornu, alors qu’un remaniement limité était initialement envisagé. Ce mouvement pourrait annoncer des ajustements plus larges à l’approche des municipales.
En confiant la Cour des comptes à une personnalité politique de premier plan, Emmanuel Macron envoie un message clair : le redressement budgétaire demeure au cœur de l’agenda présidentiel.
Max Betto Grandes Lignes











