11 Fév 2026, mer

Comment la pression américaine redessine l’avenir politique du Venezuela

Comment la pression américaine redessine l’avenir politique du Venezuela

Un mois après l’enlèvement de Nicolás Maduro par les États-Unis, le Venezuela entre dans une phase de recomposition accélérée. Entre ouverture économique, gestes envers la société civile et réajustements internes au pouvoir, le pays semble évoluer sous une influence extérieure assumée, voire déterminante.

L’économie pétrolière bascule

La décision la plus spectaculaire concerne le secteur pétrolier. Par décret, Delcy Rodríguez a mis fin à un demi-siècle de monopole étatique sur l’industrie des hydrocarbures. Désormais, des entreprises privées peuvent participer à la commercialisation du brut vénézuélien.

Ce tournant intervient alors que Washington a commencé à lever progressivement certaines sanctions imposées depuis 2019. L’objectif est clair : relancer une production tombée d’environ 3 millions de barils par jour au début des années 2000 à près d’un million aujourd’hui.

Selon plusieurs économistes, une hausse de 250 000 à 270 000 barils quotidiens pourrait être atteinte à court terme si les investissements étrangers reprennent. Dans les milieux techniques, l’optimisme renaît. Des ingénieurs spécialisés envisagent un retour au pays, anticipant une relance du secteur.

Mais derrière cette dynamique économique, une question demeure : s’agit-il d’un choix stratégique souverain ou d’une concession dictée par Washington ?

Rétablissement progressif des liens avec Washington

Les relations diplomatiques, rompues en 2019, sont en voie de normalisation. L’ambassade américaine à Caracas a rouvert ses portes, et des discussions sont en cours autour d’un « agenda de travail » commun.

Officiellement, les autorités affirment que ces mesures avaient été planifiées avant l’enlèvement de Maduro. Toutefois, la rapidité des décisions et les changements internes au sein de l’appareil d’État alimentent les doutes.

La mise à l’écart d’Alex Saab, figure controversée proche de Maduro, et les rumeurs d’une coopération sécuritaire avec le FBI renforcent l’idée d’un réalignement sous contrainte.

Détente politique sous surveillance

Sur le plan intérieur, un projet de loi d’amnistie a été présenté au Parlement. Plus de 400 prisonniers politiques ont été libérés depuis début janvier. Un geste inédit après des mois de répression sévère.

Dans les rues de Caracas, les familles de détenus oscillent entre espoir et prudence. Certains observateurs parlent d’un « moment charnière », d’autres y voient une manœuvre tactique pour apaiser la pression internationale.

L’arrestation récente d’un proche de l’opposante María Corina Machado rappelle cependant que le contrôle politique reste présent. Les signaux d’ouverture demeurent fragiles et réversibles.

Un pouvoir en recomposition

L’absence de Maduro rebat les cartes internes du chavisme. Les figures historiques du régime apparaissent affaiblies, tandis que l’exécutif intérimaire tente de maintenir l’équilibre entre concessions économiques et préservation du contrôle politique.

La transition actuelle n’est ni une rupture nette ni un basculement démocratique assuré. Elle s’apparente davantage à une adaptation pragmatique dans un contexte de forte contrainte géopolitique.

Le Venezuela traverse une phase de transformation rapide, où l’ouverture économique et les gestes politiques semblent liés à un rapport de force international inédit.

Paul Lamier Grandes Lignes

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