Déjà condamné à cinq ans de prison pour obstruction à la justice, l’ancien président sud-coréen Yoon Seok-yeol s’apprête désormais à comparaître pour insurrection. Une accusation d’une gravité exceptionnelle, passible théoriquement de la peine de mort, qui plonge la Corée du Sud dans une séquence politique inédite depuis la fin de la dictature.
Une première condamnation, mais pas la dernière
Le 16 janvier, un tribunal de Séoul a condamné l’ex-chef de l’État à cinq ans d’emprisonnement pour avoir tenté d’entraver son arrestation après sa déclaration de loi martiale en décembre 2024. Les juges ont estimé que ses actes avaient « plongé le pays dans une crise politique », soulignant son absence de remords.
L’ancien président, arrêté après deux tentatives spectaculaires impliquant des milliers de policiers face à ses partisans mobilisés devant la résidence présidentielle, est devenu le premier président en exercice inculpé et placé en détention dans l’histoire démocratique sud-coréenne.
Mais cette condamnation n’est qu’un volet d’un dossier judiciaire tentaculaire : sept autres procédures pénales restent en cours.
L’accusation la plus lourde : l’insurrection
Le procès le plus attendu concerne la proclamation de la loi martiale le 3 décembre 2024. En mobilisant l’armée pour encercler l’Assemblée nationale et empêcher les députés de voter contre son décret, Yoon Seok-yeol est accusé d’avoir tenté de porter atteinte à l’ordre constitutionnel.
Selon le Code pénal sud-coréen, l’insurrection correspond à une action visant à exclure l’autorité de l’État ou à renverser l’ordre établi. Les procureurs ont requis la peine de mort une sanction toujours inscrite dans la loi, bien qu’elle ne soit plus appliquée depuis 1997.
La décision est attendue le 19 février. Même en cas de condamnation, une peine de prison à vie reste plus probable qu’une exécution.
Une crise institutionnelle profonde
La tentative de coup de force a entraîné la destitution définitive de Yoon par la Cour constitutionnelle en avril 2025. Son ancien Premier ministre a déjà été condamné à vingt-trois ans de prison.
Cette séquence ravive le spectre de la « malédiction de la Maison-Bleue » : plusieurs anciens chefs d’État sud-coréens ont fini derrière les barreaux avant d’être parfois graciés. Mais la situation actuelle dépasse les précédents scandales de corruption. Elle touche au cœur du régime démocratique.
Des ramifications politiques et militaires
L’ancien président est également soupçonné d’avoir tenté de provoquer une escalade avec la Corée du Nord en envoyant des drones au-delà de la frontière à l’automne 2024, dans l’objectif présumé de justifier un durcissement sécuritaire. Cette affaire alimente une autre inculpation, celle d’aide à l’ennemi.
En parallèle, les révélations impliquant son épouse dans des affaires de corruption ont contribué à fragiliser davantage son camp politique.
Vers une réforme constitutionnelle ?
La crise a ouvert un débat plus large sur les pouvoirs présidentiels en Corée du Sud. Le mandat unique de cinq ans, sans possibilité de réélection, est désormais remis en question. Plusieurs responsables politiques évoquent un passage à deux mandats de quatre ans, un renforcement du rôle du Parlement, voire l’introduction d’un système bicaméral.
L’objectif affiché : éviter qu’un futur président ne concentre à nouveau autant de leviers institutionnels.
La Corée du Sud, souvent présentée comme un modèle de transition démocratique en Asie, traverse un moment charnière. Le procès pour insurrection ne jugera pas seulement un ancien président : il mettra à l’épreuve la solidité des institutions et la capacité du pays à défendre son ordre constitutionnel.
Paul Lamier Grandes Lignes











