7 Mai 2026, jeu

Génocide des Tutsi : la justice française relance les investigations visant Agathe Habyarimana

Génocide des Tutsi la justice française relance les investigations visant Agathe Habyarimana

Près de vingt ans après l’ouverture de l’enquête, le dossier Agathe Habyarimana connaît un nouveau tournant judiciaire. La cour d’appel de Paris a annulé le non-lieu prononcé en faveur de l’ancienne Première dame rwandaise et ordonné la poursuite des investigations sur son éventuelle implication dans le génocide des Tutsi de 1994.

Cette décision relance une procédure sensible, à la croisée de la justice française, de la mémoire du génocide rwandais et des relations historiques entre Paris et Kigali.

Un dossier ouvert depuis 2007

Veuve de l’ancien président Juvénal Habyarimana, Agathe Habyarimana est visée en France par une information judiciaire pour complicité de génocide et de crimes contre l’humanité.

L’enquête avait été ouverte après une plainte déposée par le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR).

En août 2025, deux juges d’instruction avaient pourtant conclu à un non-lieu, estimant qu’il n’existait pas de charges suffisantes pour démontrer une participation directe au génocide.

Mais le Parquet national antiterroriste avait immédiatement contesté cette décision.

Le rôle supposé de “l’Akazu” au centre des accusations

Les associations parties civiles considèrent Agathe Habyarimana comme une figure importante de “l’Akazu”, le cercle rapproché du pouvoir hutu accusé d’avoir participé à la préparation du génocide.

Selon cette thèse, ce réseau informel aurait joué un rôle central dans l’organisation politique et idéologique des massacres.

Les avocats des victimes estiment que l’ancienne Première dame se trouvait “au cœur du système”.

Elle rejette totalement ces accusations et affirme n’avoir jamais exercé d’influence politique.

Le parquet juge le non-lieu “prématuré”

Dans ses réquisitions, le parquet a considéré que l’abandon des poursuites intervenait trop tôt au regard des éléments du dossier.

Selon l’accusation, plusieurs indices justifieraient au minimum une mise en examen afin de poursuivre les investigations sur son rôle éventuel dans “l’entente génocidaire”.

La cour d’appel a finalement suivi cette position en relançant la procédure.

Une figure liée à l’histoire franco-rwandaise

Le dossier reste particulièrement sensible en raison des relations historiques entre la France et l’ancien régime rwandais.

Agathe Habyarimana avait été évacuée vers l’Europe avec sa famille au début du génocide, dans une opération décidée sous la présidence de François Mitterrand.

Depuis, Kigali réclame régulièrement qu’elle soit jugée ou extradée, sans succès.

La France a refusé son extradition tout en ne lui accordant jamais officiellement l’asile.

Une bataille judiciaire et mémorielle

Âgée aujourd’hui de 83 ans, Agathe Habyarimana conserve le statut de témoin assisté et n’a jamais été mise en examen.

Son avocat dénonce un dossier “vide” et accuse la justice de prolonger artificiellement une procédure devenue interminable.

Du côté des associations de victimes, la décision de la cour d’appel est perçue comme une reconnaissance de la nécessité de poursuivre les recherches de vérité.

Trente-deux ans après le génocide des Tutsi, qui a fait environ 800 000 morts selon l’ONU, le dossier continue ainsi de raviver les fractures mémorielles et les débats autour des responsabilités politiques de l’époque.

Max Betto Grandes Lignes

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