Félix Tshisekedi a ouvert une nouvelle séquence politique sensible en République démocratique du Congo. Lors d’une conférence de presse tenue ce 6 mai, le président congolais a déclaré que l’élection présidentielle prévue en 2028 pourrait ne pas être organisée si la guerre dans l’est du pays n’était pas terminée.
Une déclaration lourde de conséquences dans un contexte marqué par l’avancée du M23 dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, mais aussi par les débats persistants autour d’un éventuel troisième mandat.
La guerre placée au centre de l’équation politique
Dès le début de son intervention, Félix Tshisekedi a insisté sur la situation sécuritaire dans l’est du pays. Selon lui, organiser une présidentielle sans certaines provinces touchées par le conflit serait impossible.
Le chef de l’État affirme que la guerre empêche aujourd’hui le fonctionnement normal du pays dans plusieurs zones et estime que la priorité reste le rétablissement de la sécurité avant toute échéance électorale.
Dans son discours, il a directement accusé le Rwanda de soutenir le M23 et d’avoir imposé cette guerre à la RDC.
Une déclaration qui relance les soupçons de prolongation du pouvoir
Les propos du président interviennent alors que l’opposition accuse depuis plusieurs mois le pouvoir de préparer le terrain à une révision constitutionnelle ou à une prolongation politique.
Félix Tshisekedi assure ne pas avoir demandé de troisième mandat. Mais il ajoute qu’il accepterait si le peuple le souhaitait.
Une phrase qui alimente immédiatement les débats dans un pays où la Constitution limite pourtant le président à deux mandats.
Le chef de l’État précise néanmoins qu’aucune modification ne pourrait se faire sans consultation populaire, évoquant l’hypothèse d’un référendum.
La question sécuritaire devient centrale
Le conflit dans l’est de la RDC pèse désormais directement sur la stabilité institutionnelle du pays. Depuis plusieurs mois, le M23 contrôle de vastes territoires dans les provinces orientales malgré les pressions diplomatiques et les sanctions américaines visant certains responsables rwandais.
Cette situation crée une équation complexe pour Kinshasa : maintenir le calendrier démocratique tout en faisant face à une guerre qui fragilise l’autorité de l’État sur une partie du territoire.
Liberté de la presse et guerre de l’information
Avant d’aborder la question électorale, Félix Tshisekedi avait commencé son intervention par un message adressé aux médias. Il a rendu hommage aux journalistes couvrant le conflit tout en dénonçant les campagnes de désinformation.
Selon lui, la guerre actuelle ne se joue pas uniquement sur le terrain militaire, mais aussi dans l’information, les images et la propagande.
Une manière pour le pouvoir de replacer la bataille médiatique au cœur du conflit régional.
Une séquence politique délicate pour Kinshasa
À trois ans de la présidentielle, les déclarations du chef de l’État ouvrent déjà une période de fortes tensions politiques.
Entre guerre persistante à l’est, interrogations constitutionnelles et méfiance de l’opposition, le débat autour de 2028 dépasse désormais la simple question électorale.
Il touche à la stabilité institutionnelle du pays et à la capacité du pouvoir à convaincre qu’une éventuelle reconfiguration politique ne servirait pas à prolonger durablement son contrôle sur l’État.














