À Alexandrie, Emmanuel Macron a choisi une formule appelée à marquer les débats autour de la francophonie. Pour le président français, « l’épicentre du français se trouve aujourd’hui dans le bassin du fleuve Congo, et non sur les quais de Seine ».
Une déclaration prononcée lors de l’inauguration du nouveau campus de l’Université Senghor, en Égypte, et qui illustre une évolution démographique majeure : le centre de gravité du français bascule progressivement vers l’Afrique.
Selon les dernières données de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), près des deux tiers des francophones vivent déjà sur le continent africain. Et les projections annoncent une accélération de cette tendance dans les prochaines décennies.
Le bassin du Congo devient un poids central
En évoquant le bassin du fleuve Congo, Emmanuel Macron ne parlait pas uniquement de la République démocratique du Congo.
Le président français faisait référence à un ensemble régional comprenant notamment la RDC, la République du Congo, le Cameroun, le Gabon, la Centrafrique ou encore la Guinée équatoriale. Réunis, ces pays représentent aujourd’hui un espace francophone massif, porté par une forte croissance démographique et une population très jeune.
La RDC compte déjà environ 57 millions de francophones. Et à l’échelle du bassin congolais, le nombre total de locuteurs dépasse désormais celui de la France.
Une francophonie de plus en plus africaine
Derrière cette déclaration se cache une réalité stratégique pour Paris : l’avenir du français dépend désormais largement de l’Afrique.
L’Élysée cherche depuis plusieurs années à promouvoir une vision moins centralisée de la francophonie, davantage tournée vers les dynamiques culturelles et démographiques africaines.
Car si la France reste un centre politique, culturel et diplomatique majeur du monde francophone, la croissance du nombre de locuteurs se joue désormais principalement au sud du Sahara.
Selon plusieurs projections souvent reprises par l’OIF, près de 85 % des francophones pourraient vivre en Afrique d’ici 2050.
Une langue qui se transforme avec ses nouveaux espaces
Cette évolution modifie progressivement le visage même du français.
Dans de nombreuses sociétés africaines, le français cohabite avec des dizaines de langues locales, produisant des accents, des expressions et des usages qui enrichissent et transforment la langue.
Pour plusieurs intellectuels africains, la déclaration de Macron apparaît donc comme une reconnaissance symbolique de cette contribution culturelle longtemps sous-estimée.
Le français n’est plus seulement perçu comme une langue héritée de l’histoire coloniale ou administrée depuis Paris. Il devient aussi une langue africaine dans ses usages quotidiens, ses créations culturelles et ses imaginaires.
Des réactions contrastées en France
En France, les propos du président ont suscité des réactions plus nuancées.
Certains y voient une manière lucide de reconnaître le déplacement du centre démographique de la francophonie. D’autres estiment que la formule peut donner l’impression d’un recul symbolique de la place historique de la France dans l’espace francophone.
La référence aux « quais de Seine » a particulièrement marqué les esprits, car elle oppose symboliquement le Paris intellectuel et historique à une francophonie désormais beaucoup plus vaste et éclatée.
La bataille du français dépasse la démographie
Plusieurs spécialistes rappellent toutefois que le poids d’une langue ne dépend pas uniquement du nombre de locuteurs.
Recherche scientifique, édition, diplomatie, numérique, universités, audiovisuel : dans ces domaines, la France et l’Europe conservent encore une influence considérable.
Mais la dynamique démographique, elle, semble désormais irréversible.
Et au fond, la phrase d’Emmanuel Macron traduit surtout une mutation profonde : le français entre progressivement dans une nouvelle époque où son avenir se construit de plus en plus en Afrique centrale plutôt qu’en Europe occidentale.













