17 Mai 2026, dim

Poutine étend la « passeportisation » en Transnistrie et ravive les tensions autour de la Moldavie

Poutine étend la « passeportisation » en Transnistrie et ravive les tensions autour de la Moldavie

Vladimir Poutine a signé un décret facilitant l’accès à la nationalité russe pour les habitants de la Transnistrie, territoire séparatiste prorusse situé en Moldavie. Derrière cette mesure administrative, plusieurs capitales européennes voient réapparaître une stratégie déjà utilisée par Moscou en Ukraine et en Géorgie.

Moscou simplifie l’accès aux passeports russes

Le décret signé par le président russe supprime plusieurs conditions normalement exigées pour obtenir la citoyenneté russe.

Les habitants de Transnistrie n’auront plus besoin de résider plusieurs années en Russie ni de passer certains examens linguistiques ou historiques.

Officiellement, Moscou affirme vouloir « protéger les droits et libertés » des populations concernées.

Une stratégie déjà utilisée en Ukraine et en Géorgie

Cette politique de « passeportisation » n’est pas nouvelle.

La Russie l’a déjà appliquée dans les territoires séparatistes du Donbass avant leur annexion, ainsi qu’en Ossétie du Sud et en Abkhazie après la guerre avec la Géorgie en 2008.

En distribuant massivement des passeports russes, Moscou crée progressivement une population qu’elle pourra ensuite prétendre devoir « protéger ».

C’est précisément ce mécanisme que plusieurs pays européens redoutent aujourd’hui autour de la Moldavie.

La Moldavie accuse Moscou de préparer l’avenir

La présidente moldave Maia Sandu estime que cette décision pourrait aussi servir les intérêts militaires russes.

Selon elle, Moscou cherche potentiellement à élargir son vivier de recrutement pour la guerre en Ukraine.

Mais au-delà de cette question, Chisinau voit surtout dans ce décret une nouvelle tentative russe de consolider son influence politique sur la Transnistrie.

La Transnistrie reste un levier stratégique pour le Kremlin

Depuis l’effondrement de l’URSS, cette étroite bande de territoire prorusse échappe au contrôle réel de la Moldavie.

Quelques centaines de soldats russes y sont toujours stationnés depuis les années 1990.

Même si la Russie ne reconnaît pas officiellement l’indépendance de la Transnistrie, le territoire reste un instrument de pression géopolitique sur la Moldavie et sur l’ensemble de la région.

Moscou cherche surtout à préserver son influence

Plusieurs analystes estiment toutefois que cette politique ne vise pas nécessairement à préparer une offensive militaire immédiate.

La Russie ne dispose aujourd’hui d’aucun corridor terrestre direct vers la Transnistrie et ses capacités militaires restent concentrées en Ukraine.

Le véritable objectif serait plutôt de maintenir ce “conflit gelé” afin d’empêcher un basculement complet de la Moldavie vers l’Union européenne et l’OTAN.

La Moldavie devient un nouveau front sensible entre la Russie et l’Europe

Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Moldavie vit sous une forte pression géopolitique.

Le gouvernement pro-européen de Maia Sandu accuse régulièrement Moscou de tentatives de déstabilisation politique, énergétique et informationnelle.

Dans ce contexte, la Transnistrie reste l’un des principaux points de vulnérabilité du pays.

Une logique impériale toujours présente

Derrière ce décret, beaucoup voient surtout la continuité d’une doctrine russe plus large : maintenir des zones d’influence dans l’ancien espace soviétique grâce aux minorités russophones, aux territoires séparatistes et aux conflits gelés.

Même affaiblie militairement par la guerre en Ukraine, la Russie continue ainsi de projeter sa puissance par des instruments politiques, administratifs et identitaires.

Et pour plusieurs pays d’Europe de l’Est, cette stratégie reste l’une des principales sources d’instabilité sur le continent.

Max Betto Grandes Lignes

La rédaction vous conseille