Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a vivement réagi après des propos tenus à son encontre sur le plateau de CNews. En cause : une séquence durant laquelle un chroniqueur l’a qualifié de « maire malien en France », relançant les accusations de stigmatisation et les tensions autour du débat identitaire dans les médias français.
Une phrase qui provoque une nouvelle polémique
Lors d’un débat consacré aux relations entre la France et l’Afrique, le chroniqueur Vincent Hervouet a déclaré : « La France a perdu le Mali, et nous, on a Bally Bagayoko, un maire malien en France. »
Une formule qui a immédiatement provoqué l’indignation du maire de Saint-Denis.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Bally Bagayoko a rappelé qu’il était « un élu de la République française » et a dénoncé une forme d’assignation identitaire.
« Vous dites à des millions de Français qu’ils resteront des étrangers »
L’élu insoumis estime que ces propos dépassent sa seule personne.
Selon lui, cette formulation renvoie une partie des Français issus de l’immigration à une origine supposée permanente, indépendamment de leur nationalité ou de leur parcours politique.
« En me qualifiant de “maire malien en France”, vous dites à des millions de Français issus de l’immigration qu’ils resteraient éternellement renvoyés à une origine », a-t-il affirmé.
Une chaîne déjà visée par une plainte
Cette nouvelle controverse intervient dans un contexte déjà tendu entre Bally Bagayoko et CNews.
Le maire avait précédemment déposé plainte après une autre séquence qu’il jugeait marquée par des propos à caractère raciste.
Une enquête avait d’ailleurs été ouverte pour « injure publique en raison de l’origine, de l’ethnie, de la nation, de la race ou de la religion ».
Le débat sur l’identité française relancé
Au-delà du cas individuel, cette affaire ravive un débat beaucoup plus large en France autour de la représentation des Français issus de l’immigration dans l’espace médiatique et politique.
Pour ses soutiens, les propos tenus sur CNews illustrent une banalisation progressive de discours remettant en question la pleine appartenance nationale de certains élus ou citoyens.
À l’inverse, d’autres dénoncent une instrumentalisation politique de la polémique.
Le Mali et l’héritage postcolonial en arrière-plan
Dans sa réaction, Bally Bagayoko a également critiqué la manière dont certains débats médiatiques continuent, selon lui, de regarder l’Afrique à travers une logique héritée de l’époque coloniale.
« Le Mali n’a pas été perdu comme on perdrait un territoire ou une possession. Le Mali est un État souverain », a-t-il déclaré.
Pour l’élu, le parallèle établi entre la situation géopolitique au Sahel et son élection en France révèle une persistance de réflexes postcoloniaux dans une partie du débat public français.
Une tension politique qui dépasse Saint-Denis
Depuis plusieurs années, les questions d’identité, d’immigration et de racisme occupent une place centrale dans le débat politique français.
Et dans ce climat de polarisation croissante, les plateaux télévisés deviennent régulièrement des lieux d’affrontement symbolique autour de la définition même de l’identité nationale.
La polémique autour de Bally Bagayoko illustre ainsi une fracture plus profonde : celle d’une France traversée par des débats de plus en plus sensibles sur l’appartenance, la mémoire et la place des héritages migratoires dans la vie publique.













