1 Juin 2026, lun

Abdu Rabbu Mansour Hadi, l’ancien président yéménite emporté loin d’un pays qu’il n’a jamais réussi à réunifier

Abdu Rabbu Mansour Hadi, l’ancien président yéménite emporté loin d’un pays qu’il n’a jamais réussi à réunifier

Pendant dix ans, il aura incarné un pouvoir sans territoire réel, soutenu par les alliés occidentaux et les monarchies du Golfe, mais progressivement dépassé par l’effondrement du Yémen. Abdu Rabbu Mansour Hadi est mort jeudi à Riyad, en Arabie saoudite, à l’âge de 80 ans, après des années passées loin de son pays, miné par la guerre civile et l’une des pires crises humanitaires du monde.

L’annonce de sa disparition a été faite par la télévision d’État yéménite. Selon le journal Aden Al-Ghad, l’ancien chef de l’État aurait succombé à une crise cardiaque dans la capitale saoudienne, où il vivait depuis son départ du Yémen en 2015.

Le gouvernement reconnu internationalement, installé à Aden, a décrété trois jours de deuil national. Une décision surtout institutionnelle dans un pays où l’ancien président ne disposait plus, depuis longtemps, d’un véritable soutien populaire.

Un président élu dans un pays déjà au bord du basculement

Lorsque Abdu Rabbu Mansour Hadi accède officiellement à la présidence en février 2012, le Yémen est déjà profondément fragilisé. Le départ forcé d’Ali Abdullah Saleh, poussé vers la sortie après les soulèvements du Printemps arabe, laisse derrière lui un appareil d’État fracturé, des groupes armés puissants et une économie à bout de souffle.

Hadi apparaît alors comme une figure de transition. Ancien vice-président de Saleh pendant près de deux décennies, il est élu lors d’un scrutin sans adversaire, remportant officiellement plus de 99 % des voix.

Mais dès les premières heures de son mandat, les signaux d’effondrement se multiplient. Quelques heures après son investiture à Sanaa, un attentat-suicide revendiqué par Al-Qaïda tue plusieurs dizaines de soldats dans le sud du pays.

Le nouveau président hérite d’un territoire déjà morcelé : Al-Qaïda contrôle plusieurs zones dans le sud tandis que les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, gagnent du terrain dans le nord.

Une autorité rapidement contestée

Soutenu par Washington et Riyad, Hadi tente de restructurer l’armée et d’écarter les fidèles de son prédécesseur. Mais les réseaux d’influence laissés par Ali Abdullah Saleh continuent d’entraver son pouvoir.

Discret et peu charismatique, Hadi peine à imposer une ligne politique claire. Plusieurs observateurs yéménites lui reprochent rapidement de reproduire les pratiques du régime précédent, notamment à travers des nominations accusées de favoriser ses proches originaires de la province d’Abyan.

La grande conférence de dialogue national lancée en 2013 pour tenter de réconcilier les différentes factions du pays échoue à enrayer la fragmentation politique.

Les Houthis poursuivent leur avancée et finissent par prendre Sanaa en septembre 2014. Un accord de partage du pouvoir est brièvement conclu, sans jamais stabiliser la situation.

Quelques mois plus tard, le pouvoir s’effondre totalement.

La fuite vers l’exil

En janvier 2015, face à la montée en puissance des Houthis, Hadi et son gouvernement annoncent leur démission. Le pays plonge davantage dans le chaos.

Deux mois plus tard, l’ancien président quitte Aden par bateau avant de trouver refuge en Arabie saoudite. Il ne reviendra jamais réellement au Yémen.

Depuis Riyad, il continue pourtant d’incarner, aux yeux de la communauté internationale, l’autorité officielle du pays. Son gouvernement, largement dépendant du soutien saoudien, ne contrôle plus qu’une partie limitée du territoire yéménite.

Au fil des années, son image se détériore encore davantage. Plusieurs critiques, y compris parmi ses alliés, dénoncent un dirigeant éloigné des réalités d’un pays ravagé par la famine, les bombardements et l’effondrement économique.

Dans un reportage publié par Le Monde, des proches du pouvoir décrivaient un président remaniant régulièrement son gouvernement depuis Riyad, dans un climat marqué par les rivalités internes et les arrangements politiques.

Une guerre sans fin

En avril 2022, sous pression régionale et internationale, Hadi finit par céder le pouvoir à un Conseil de direction présidentiel dirigé par Rashad al-Alimi, son ancien ministre de l’Intérieur.

Cette transition intervient après une trêve négociée sous l’égide de l’ONU entre les rebelles houthis et la coalition menée par l’Arabie saoudite.

Depuis, malgré l’absence de grandes offensives militaires, le conflit reste irrésolu. Le Yémen demeure divisé entre plusieurs centres de pouvoir, avec une économie détruite et des millions de personnes dépendantes de l’aide humanitaire.

Un parcours militaire avant la présidence

Né en 1945 dans le sud du Yémen alors sous domination britannique, Abdu Rabbu Mansour Hadi suit une formation militaire avant de rejoindre l’armée du Yémen du Sud indépendant.

Il participe aux affrontements internes des années 1980 avant de rallier le camp d’Ali Abdullah Saleh après l’unification du pays.

Sa fidélité au président lui permet de gravir progressivement les échelons : général, ministre de la Défense, puis vice-président à partir de 1994.

Longtemps considéré comme un homme de second plan, il profite de l’affaiblissement de Saleh après l’attaque contre le palais présidentiel en 2011 pour accéder à la tête de l’État.

Mais dix ans plus tard, il quittera le pouvoir sans avoir réussi à empêcher l’éclatement du pays qu’il promettait de reconstruire.

Peu après son départ en exil, il écrivait encore espérer un Yémen unifié gouverné depuis sa capitale historique. Une perspective qui, aujourd’hui encore, paraît lointaine.

Paul Lamier Grandes Lignes

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