La Russie et le Kazakhstan ont signé un accord stratégique majeur autour du nucléaire civil. À l’occasion d’une visite officielle de Vladimir Poutine à Astana, Moscou a accepté de prêter 16,5 milliards de dollars au Kazakhstan pour financer la construction de sa toute première centrale nucléaire.
Le projet sera développé par l’entreprise publique russe Rosatom sur les rives du lac Balkhach, dans le sud-est du pays. Pour le Kazakhstan, cette centrale représente un tournant énergétique historique. Pour Moscou, il s’agit aussi d’un moyen de consolider son influence dans une ancienne république soviétique qui cherche depuis plusieurs années à diversifier ses partenariats internationaux.
Un projet nucléaire hautement symbolique
Le choix du site d’Ülken n’a rien d’anodin.
Durant l’époque soviétique, l’URSS avait déjà tenté d’y construire une centrale nucléaire dans les années 1980 avant d’abandonner le projet.
Le Kazakhstan entretient par ailleurs une relation particulièrement sensible avec le nucléaire.
Pendant des décennies, le territoire kazakh a servi de vaste zone d’essais nucléaires pour l’Union soviétique, notamment autour du site de Semipalatinsk. Des centaines d’explosions nucléaires y ont laissé des conséquences sanitaires et environnementales durables.
Après son indépendance en 1991, le Kazakhstan avait fait du désarmement nucléaire un pilier de son identité diplomatique.
Mais la montée des besoins énergétiques, les enjeux industriels et les problèmes de pollution ont progressivement poussé Astana à rouvrir le débat sur le nucléaire civil.
Un référendum pour relancer le nucléaire civil
Le projet a véritablement pris une nouvelle dimension après le référendum organisé en octobre 2024 par le président Kassym-Jomart Tokaïev.
Le scrutin portait sur le recours au nucléaire civil comme solution énergétique pour le pays.
Selon les autorités kazakhes, plus de 70 % des électeurs ont approuvé la construction d’une première centrale nucléaire, dans un contexte de forte campagne gouvernementale en faveur du projet.
Depuis, Astana cherchait un partenaire capable de financer et de construire l’infrastructure.
Rosatom a finalement été retenu comme opérateur principal.
Moscou renforce son influence en Asie centrale
Pour Vladimir Poutine, cet accord dépasse largement la seule question énergétique.
La Russie cherche à préserver son influence stratégique en Asie centrale face à la montée de la Chine, mais aussi face au rapprochement progressif du Kazakhstan avec les États-Unis et l’Union européenne.
Ces derniers mois, le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev a multiplié les initiatives diplomatiques vers les capitales occidentales.
En novembre 2024, la France et le Kazakhstan avaient signé un partenariat stratégique renforcé.
Washington tente également d’accroître sa présence dans le pays, notamment autour des questions énergétiques et minières.
Dans ce contexte, le financement massif accordé par Moscou apparaît aussi comme un outil d’influence géopolitique destiné à maintenir le Kazakhstan dans l’orbite russe.
Rosatom au cœur de la stratégie énergétique russe
Avec ce projet, Rosatom confirme également son rôle central dans la diplomatie énergétique russe.
L’entreprise publique russe est devenue l’un des principaux instruments d’influence internationale du Kremlin dans le secteur nucléaire civil.
Rosatom participe déjà à plusieurs projets nucléaires en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie.
Pour Moscou, ces contrats permettent non seulement de vendre des technologies stratégiques, mais aussi de créer des relations de dépendance de long terme autour du combustible, de la maintenance et de la formation technique.
Un enjeu énergétique majeur pour le Kazakhstan
Le Kazakhstan possède d’immenses ressources énergétiques, notamment en pétrole, gaz et uranium.
Mais le pays reste confronté à une hausse de la demande électrique et à des infrastructures vieillissantes.
Les autorités espèrent que cette première centrale nucléaire permettra de réduire les émissions liées au charbon tout en renforçant la sécurité énergétique nationale.
Selon les responsables kazakhs, le projet devrait également stimuler la coopération scientifique et technologique avec la Russie et soutenir le développement industriel du pays.
Le chantier devrait s’étaler sur plusieurs années avant une mise en service progressive de la centrale.












