Des milliers de personnes, principalement de jeunes hommes et des mineurs, ont rejoint jeudi l’enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc. Au moins 18 d’entre elles sont mortes noyées, tandis que les capacités d’accueil de ce territoire européen sont désormais saturées.
Ceuta traverse l’une des plus graves crises migratoires de son histoire récente.
Jeudi, des milliers de personnes ont franchi la frontière terrestre ou tenté de rejoindre l’enclave espagnole à la nage depuis les côtes marocaines. Peu avant minuit, les autorités locales faisaient état d’au moins 18 morts par noyade.
Ces nouvelles arrivées s’ajoutent à plus de 1 500 entrées irrégulières enregistrées au cours des dix jours précédents.
Une enclave dépassée par l’ampleur des arrivées
Avec environ 85 000 habitants, Ceuta ne dispose pas des infrastructures nécessaires pour accueillir un tel nombre de personnes en si peu de temps.
Le président du gouvernement local, Juan Jesús Vivas, a parlé d’une « urgence humanitaire et sociale absolue ». Les centres d’accueil sont pleins, les services municipaux débordés et les associations humanitaires peinent à distribuer suffisamment de nourriture et de vêtements.
De nombreux arrivants ont passé la nuit dans les rues. Certains étaient pieds nus et ne portaient que le maillot de bain utilisé lors de leur traversée.
Face à cette situation, Madrid a annoncé le déploiement de l’armée afin de soutenir les forces de sécurité et de maintenir l’ordre dans l’enclave.
Pedro Sánchez et son ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, doivent se rendre sur place.
Des traversées à la nage depuis le Maroc
Le mouvement avait commencé plusieurs jours auparavant.
Des images diffusées dans la presse et sur les réseaux sociaux ont montré des adolescents équipés de combinaisons de surf, de bouées ou de gilets de sauvetage atteignant les plages de Ceuta après avoir nagé depuis le territoire marocain.
Sur le littoral, les palmes et les équipements abandonnés témoignent de l’ampleur des traversées.
La diffusion de ces images a encouragé d’autres candidats au départ à rejoindre Fnideq, la ville marocaine située à proximité immédiate de Ceuta.
Jeudi, des milliers de personnes s’y étaient regroupées dans l’espoir de franchir à leur tour la frontière. Les forces marocaines n’ont dispersé la foule qu’en fin de journée.
Le précédent de 2021
Cette arrivée massive est la plus importante depuis mai 2021, lorsque plusieurs milliers de personnes avaient rejoint Ceuta en deux jours.
À l’époque, le relâchement des contrôles marocains avait été interprété comme une réponse à la crise diplomatique opposant Rabat et Madrid après l’accueil médical en Espagne du chef du Front Polisario.
Les relations entre les deux pays s’étaient ensuite améliorées après le soutien espagnol au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental.
Depuis 2022, les contrôles avaient été considérablement renforcés. Les arrivées par la mer étaient devenues extrêmement rares, ce qui explique en partie le manque de préparation des autorités espagnoles face à l’afflux actuel.
Par précaution, Melilla, l’autre enclave espagnole située au nord du Maroc, a fermé son unique frontière terrestre dans la crainte d’un mouvement similaire.
Une crise diplomatique avec l’Italie
La situation à Ceuta a également provoqué des tensions entre Madrid et Rome.
La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a évoqué la possibilité de suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, dénonçant une situation qu’elle juge incontrôlée.
Le gouvernement espagnol a immédiatement rejeté ces déclarations, les qualifiant de démagogiques, et annoncé la convocation de l’ambassadeur italien.
Cette polémique illustre la dimension européenne de la crise, alors que les images de milliers de migrants arrivant à Ceuta sont largement utilisées dans les débats politiques sur l’immigration.
Des expulsions rapides envisagées
L’Espagne et le Maroc annoncent vouloir organiser le retour rapide des personnes entrées irrégulièrement.
Le ministre espagnol de l’Intérieur a parlé de mesures permettant leur transfert vers le Maroc « dès que possible ».
Cette pratique, souvent désignée comme une expulsion à chaud, suscite toutefois de fortes critiques.
Le droit européen prévoit en principe qu’une personne arrivée sur le territoire de l’Union doit pouvoir demander l’asile et bénéficier d’un examen individuel de sa situation. Les mineurs doivent également être protégés, hébergés et scolarisés par le pays d’accueil.
La gestion de ces milliers d’arrivées place donc Madrid face à une double exigence : rétablir le contrôle de la frontière tout en respectant ses obligations humanitaires et juridiques.
À Ceuta, l’urgence reste immédiate. Il faut désormais secourir, identifier, héberger et protéger des milliers de personnes dans un territoire déjà totalement saturé.













