Emmanuel Macron et Andy Burnham ont affiché à Londres leur volonté de resserrer les liens entre la France et le Royaume-Uni, avec l’Ukraine, les migrations et la relation avec l’Union européenne au premier plan. Pour le nouveau Premier ministre britannique, ce rapprochement doit permettre de dépasser une décennie de tensions héritées du Brexit.
Dix ans après le référendum qui a ouvert la voie au Brexit, Londres cherche à reconstruire une relation plus étroite avec ses voisins européens. Et la France entend occuper une place centrale dans ce rapprochement.
Jeudi 3 septembre, Emmanuel Macron a été reçu au 10 Downing Street par le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham, arrivé au pouvoir en juillet. Le président français est le premier dirigeant étranger accueilli par le nouveau chef du gouvernement britannique dans sa résidence officielle.
Les deux hommes ont multiplié les signes d’entente, insistant sur la nécessité de renforcer la coopération entre leurs pays, mais aussi entre Londres et l’Union européenne.
Le Brexit n’est plus la seule grille de lecture
Andy Burnham a présenté Emmanuel Macron comme le dirigeant du « plus proche voisin » du Royaume-Uni et comme un « ami très important ».
Le message politique est clair : Londres veut sortir d’une relation avec l’Europe définie principalement par la rupture de 2016.
« Dix ans après le Brexit, les gens ici en ont assez des divisions », avait déclaré Burnham à la veille de la rencontre. Selon lui, les Britanniques souhaitent désormais voir leur pays travailler plus étroitement avec ses partenaires européens.
Le Premier ministre entend s’appuyer sur les premiers rapprochements engagés sous son prédécesseur Keir Starmer, tout en accélérant le mouvement.
Un nouveau sommet entre le Royaume-Uni et l’Union européenne doit avoir lieu avant la fin de l’année. Il pourrait permettre de clarifier jusqu’où Londres souhaite aller dans cette nouvelle phase de coopération.
Paris veut éviter un retour à l’Europe « à la carte »
Cette ouverture britannique ne signifie pas pour autant que les divergences ont disparu.
La France reste particulièrement attentive à la manière dont Londres souhaite se rapprocher du marché européen.
Paris veut éviter que le Royaume-Uni ne sélectionne uniquement les mécanismes communautaires qui servent ses intérêts économiques tout en restant à l’écart des obligations correspondantes.
Andy Burnham a lui-même reconnu l’existence de « sujets difficiles ».
Il s’inquiète notamment des politiques européennes destinées à renforcer les productions « made in Europe », susceptibles selon lui de pénaliser certains secteurs industriels britanniques, notamment la sidérurgie.
Les négociations à venir devront donc trouver un équilibre entre rapprochement politique et préservation des intérêts économiques de chaque partie.
La Manche reste un dossier central
La lutte contre les traversées irrégulières de la Manche demeure l’un des principaux terrains de coopération franco-britannique.
Londres se félicite des résultats obtenus cet été, avec le niveau d’arrivées le plus faible enregistré depuis 2019.
L’accord conclu avec la France a été prolongé pour trois ans en avril, mais Andy Burnham souhaite aller plus loin.
Une équipe de 45 personnes doit notamment être déployée sur les côtes du nord-ouest de la France afin de renforcer la lutte contre les départs de grandes embarcations transportant parfois plusieurs centaines de migrants.
Les autorités britanniques veulent en particulier empêcher le développement de ce qu’elles qualifient de « méga-canots », comme celui qui a récemment transporté environ 230 personnes.
Pour Londres, le dossier migratoire reste politiquement sensible. Pour Paris, il constitue aussi un test de la capacité des deux capitales à transformer leur rapprochement diplomatique en coopération opérationnelle.
Une alliance étroite sur l’Ukraine
L’Ukraine est l’autre pilier de la relation entre Macron et Burnham.
Le Royaume-Uni et la France codirigent la Coalition des volontaires, le groupe de pays soutenant Kiev.
Andy Burnham s’est rendu dans la capitale ukrainienne le 24 août pour sa première visite depuis son accession au poste de Premier ministre.
À Londres, les deux dirigeants ont réaffirmé leur volonté d’accroître leur aide à l’Ukraine à l’approche de l’hiver, alors que les frappes russes de drones et de missiles continuent de viser plusieurs régions du pays.
Cette coopération sécuritaire donne à la relation franco-britannique une dimension stratégique qui dépasse largement les questions économiques liées au Brexit.
La tapisserie de Bayeux comme symbole politique
La rencontre entre Macron et Burnham avait commencé la veille autour d’un symbole soigneusement choisi : la tapisserie de Bayeux.
L’œuvre millénaire, qui raconte la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant en 1066, doit être prêtée pendant un an au British Museum.
Pour Andy Burnham, ce prêt illustre ce que les deux pays peuvent accomplir lorsqu’ils coopèrent.
Emmanuel Macron a lui aussi voulu transformer cet événement culturel en message politique, évoquant la volonté de « tisser un lien aussi étroit que les fils » de la célèbre broderie.
Le roi Charles III et la reine Camilla étaient également présents lors de la présentation de l’œuvre, renforçant la dimension symbolique de cette séquence.
Une relation à reconstruire durablement
Le rapprochement entre Paris et Londres ne signifie pas un effacement du Brexit.
Le Royaume-Uni reste en dehors de l’Union européenne et aucune des deux parties ne remet officiellement en cause cette réalité.
Mais le ton a changé.
La confrontation permanente qui avait marqué une partie des années suivant la sortie britannique laisse progressivement place à une logique plus pragmatique : coopérer davantage là où les intérêts convergent.
Migration, défense, Ukraine, industrie, échanges avec l’Union européenne : les prochains mois diront jusqu’où Andy Burnham souhaite pousser cette nouvelle relation.
Pour Emmanuel Macron, dont le mandat doit s’achever en mai, cette visite constitue aussi l’occasion de consolider un axe franco-britannique capable de survivre aux changements de dirigeants.
Dix ans après le Brexit, Paris et Londres ne cherchent plus à refaire le débat de 2016. Ils tentent désormais de construire ce qui vient après.













