8 Sep 2026, mar

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Comment le blocus américain assèche les revenus pétroliers de l’Iran

Comment le blocus américain assèche les revenus pétroliers de l’Iran

ParGrandes Lignes

La diminution des cargaisons de brut iranien disponibles hors du golfe Persique prive progressivement Téhéran de sa principale source de devises. Six mois après le début de la guerre, cette pression accentue la crise économique et pose une question à Washington : jusqu’où l’Iran est-il prêt à aller pour résister à l’asphyxie de ses exportations ?

Le pétrole continue d’être chargé dans les ports iraniens, mais il ne parvient plus à rejoindre ses acheteurs. Depuis le rétablissement du blocus naval américain à la mi-juillet, aucun pétrolier transportant du brut iranien n’aurait réussi à le franchir, selon les données de la société de suivi maritime Kpler.

Les volumes encore chargés restent ainsi immobilisés dans le golfe Persique. Pour Téhéran, le problème ne se limite plus à la production : il concerne désormais la capacité même de transformer son pétrole en recettes d’exportation.

Les stocks flottants diminuent rapidement

L’Iran dispose encore d’une réserve de pétrole déjà présente sur des navires situés hors de la zone du blocus. Ces cargaisons peuvent continuer à être vendues, notamment à des acheteurs chinois, et constituent une source temporaire de revenus.

Mais cette réserve se réduit à un rythme soutenu. D’après Kpler, les volumes concernés sont passés d’environ 90 millions de barils à la mi-juillet à 29 millions de barils. Au rythme actuel, ils pourraient être épuisés dès le mois prochain.

Des responsables pétroliers du Golfe, qui suivent les achats de leurs clients avant de fixer leurs prix mensuels, indiquent également observer très peu de transactions portant sur des cargaisons iraniennes.

La conséquence est directe : à mesure que les stocks déjà accessibles sont écoulés, l’Iran perd la possibilité de compenser les cargaisons bloquées dans le Golfe par des ventes réalisées ailleurs.

Une économie privée de sa principale source de devises

Le pétrole occupe une place déterminante dans les finances iraniennes. Ses exportations fournissent une part importante des devises étrangères dont le pays a besoin pour financer ses importations et soutenir son économie.

Les revenus pétroliers représentent généralement environ un tiers du budget de l’État. Leur contraction intervient alors que le rial se déprécie, que l’inflation s’accélère et que les conséquences économiques de la guerre s’accumulent.

Cette pression touche également les capacités financières du pouvoir. Selon le Trésor américain, les forces armées iraniennes, notamment les Gardiens de la révolution, utilisent des entreprises spécialisées et des réseaux de pétroliers parallèles pour commercialiser du brut et compléter leurs ressources.

En réduisant les possibilités d’exportation, Washington cherche donc à affaiblir simultanément les finances publiques et les moyens économiques mobilisables par l’appareil militaire iranien.

Le pari américain de la pression économique

L’administration Trump considère le blocus comme un instrument destiné à contraindre Téhéran à faire des concessions.

Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a récemment mis en avant la baisse des exportations pétrolières et la dépréciation de la monnaie iranienne pour illustrer les effets de cette stratégie.

Mais l’efficacité politique de cette pression reste incertaine. Une économie plus fragilisée ne conduit pas nécessairement un gouvernement à modifier ses objectifs militaires ou diplomatiques.

« Beaucoup dépendra du degré de douleur économique que le régime iranien sera prêt à supporter pour atteindre ses objectifs militaires et géopolitiques », estime Hamad Hussain, économiste chez Capital Economics.

La question est d’autant plus importante que les dirigeants iraniens peuvent considérer certaines concessions comme plus coûteuses, pour leur sécurité ou leur survie politique, que la poursuite de la crise économique.

Le risque d’une escalade militaire

Les responsables et analystes du Golfe mettent en garde contre un autre scénario : celui d’une intensification des ripostes iraniennes à mesure que les revenus pétroliers diminuent.

Les tensions se sont déjà traduites par de nouveaux affrontements en mer. Samedi, les États-Unis ont frappé trois pétroliers iraniens après des tirs de missiles balistiques iraniens visant deux navires de guerre américains, dont un porte-avions.

Ces incidents illustrent la difficulté de maintenir une pression économique maximale sans accroître parallèlement les risques militaires dans une région essentielle à l’approvisionnement énergétique mondial.

Pour Washington, le blocus doit réduire les ressources de Téhéran et renforcer sa position dans d’éventuelles négociations. Pour l’Iran, la poursuite des exportations demeure à la fois une nécessité économique et un enjeu stratégique.

L’épuisement progressif des stocks flottants pourrait donc constituer une étape décisive de cette confrontation. Il accentuerait la crise financière iranienne, sans garantir pour autant que le pouvoir choisisse la voie des concessions plutôt que celle d’une nouvelle escalade.

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