28 Mai 2026, jeu

L’Iran veut verrouiller Internet avec l’aide technologique de la Chine

L’Iran veut verrouiller Internet avec l’aide technologique de la Chine

L’Iran pourrait s’inspirer directement du modèle chinois de contrôle numérique. Selon un membre du Conseil suprême du cyberespace iranien, Téhéran aurait importé depuis la Chine des équipements destinés à renforcer la censure et le contrôle d’Internet dans le pays.

Cette révélation intervient alors que les autorités iraniennes commencent seulement à rétablir partiellement l’accès au réseau après plusieurs mois de quasi-blackout numérique à l’échelle nationale.

Selon Mohammad Sarafraz, membre du Conseil suprême du cyberespace l’organe chargé des politiques numériques en Iran — certains responsables souhaitent désormais imposer un système de contrôle permanent de l’internet comparable à celui appliqué en Chine.

Vers un internet iranien sous contrôle total

Dans un entretien accordé au média iranien Faraz, Mohammad Sarafraz affirme que des équipements technologiques ont été « achetés et importés de Chine » afin de permettre la mise en place d’un système numérique beaucoup plus fermé.

L’objectif serait de limiter drastiquement l’accès des Iraniens à l’internet mondial et de renforcer la surveillance des contenus en ligne.

Selon lui, plusieurs responsables iraniens défendent désormais l’idée d’un cyberespace entièrement contrôlé par l’État, dans lequel seuls certains utilisateurs autorisés pourraient accéder de manière limitée à internet international.

Une approche directement inspirée du modèle chinois.

En Chine, les plateformes occidentales comme Google, YouTube, WhatsApp ou encore de nombreux médias étrangers sont bloqués depuis des années au profit de services approuvés par le Parti communiste chinois.

Pékin s’appuie sur une immense infrastructure numérique de surveillance et de filtrage baptisée « Golden Shield », reliée aux systèmes de sécurité intérieure et aux bases de données étatiques.

Pékin accusé d’exporter sa censure numérique

Plusieurs experts considèrent désormais la Chine comme l’un des principaux exportateurs mondiaux de technologies de surveillance et de contrôle numérique.

Max Meizlish, chercheur à la Foundation for Defense of Democracies, estime que Pékin joue un rôle majeur dans le transfert de technologies de censure vers des régimes autoritaires comme l’Iran, la Russie ou la Corée du Nord.

Selon lui, ces outils permettent non seulement de filtrer l’information mais aussi de renforcer la répression politique et la surveillance des opposants.

Le contrôle du cyberespace constitue aujourd’hui un enjeu central pour le régime iranien.

Depuis plusieurs années, Téhéran cherche à développer un réseau internet national capable de fonctionner indépendamment du réseau mondial afin de contrôler plus efficacement l’information circulant dans le pays.

Des mois de coupure quasi totale

L’Iran vient seulement de commencer à rétablir partiellement l’accès à internet après près de trois mois d’isolement numérique massif.

Selon l’organisation de surveillance NetBlocks, cette coupure figure parmi les plus longues jamais observées dans un pays moderne.

Le régime iranien avait fortement restreint l’accès au réseau après le début des frappes militaires américano-israéliennes en février.

Les autorités affirmaient vouloir prévenir des cyberattaques, protéger les responsables iraniens et limiter la diffusion d’informations jugées sensibles ou contraires à la morale publique.

Mais ces justifications sont contestées jusque dans certains cercles du pouvoir iranien.

Mohammad Sarafraz estime que les coupures n’ont ni empêché les cyberattaques ni stoppé les assassinats ciblés ou les opérations militaires adverses.

Il affirme également que ces restrictions aggravent les difficultés économiques d’une population déjà frappée par les sanctions internationales, l’inflation et la crise sociale.

Une société de plus en plus surveillée

Le Conseil suprême du cyberespace iranien, créé en 2012, joue désormais un rôle central dans cette stratégie de contrôle numérique.

Cet organe supervise le blocage des plateformes, le filtrage des contenus et la surveillance des communications.

Les États-Unis et l’Union européenne accusent régulièrement Téhéran d’utiliser les technologies numériques pour surveiller journalistes, opposants et militants.

Dans le même temps, plusieurs responsables iraniens reconnaissent que le pays ne dispose pas encore des capacités économiques ou technologiques de la Chine pour reproduire entièrement son modèle.

Le vice-ministre iranien des Communications, Ehsan Chitsaz, a récemment estimé qu’un internet totalement fermé à la chinoise serait difficilement applicable en Iran compte tenu de la taille limitée du marché numérique national.

Mais malgré ces limites, les révélations sur l’importation d’outils chinois montrent que Téhéran semble déterminé à renforcer progressivement son contrôle sur le cyberespace iranien.

Max Betto Grandes Lignes

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