22 Août 2026, sam

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Si les démocrates reprennent la Chambre, Trump se prépare à une avalanche d’enquêtes

Si les démocrates reprennent la Chambre, Trump se prépare à une avalanche d’enquêtes

ParGrandes Lignes

À quelques mois des élections de mi-mandat, les démocrates préparent déjà l’usage qu’ils pourraient faire de leurs pouvoirs de contrôle s’ils reconquièrent la Chambre des représentants. Affaires de la famille Trump, guerre en Iran, immigration, Jeffrey Epstein : les pistes sont nombreuses, mais une question divise déjà le parti jusqu’où aller sans transformer les deux prochaines années en nouvelle bataille permanente contre Donald Trump ?

À Washington, la bataille pour le prochain Congrès se prépare aussi dans les cabinets d’avocats.

Les démocrates n’ont besoin que de quelques sièges supplémentaires en novembre pour reprendre la Chambre des représentants. Une victoire leur rendrait le contrôle des principales commissions parlementaires et, avec lui, un pouvoir considérable : organiser des auditions, exiger des documents et délivrer des assignations à comparaître.

La Maison-Blanche se prépare déjà à cette éventualité. Ses avocats ont informé plusieurs membres du gouvernement et hauts conseillers des demandes susceptibles de leur être adressées et de la conduite à adopter en cas de convocation par le Congrès.

Car les démocrates ne manquent pas de dossiers.

Près d’une douzaine de pistes sont déjà évoquées : la conduite de la guerre contre l’Iran, les activités commerciales de la famille Trump, les cryptomonnaies, les contrats accordés à des proches du président, la politique migratoire, les dossiers Jeffrey Epstein ou encore certains projets de construction voulus par Donald Trump à Washington.

Mais derrière cette préparation se dessine une difficulté politique beaucoup plus importante : déterminer si une éventuelle majorité démocrate doit consacrer son pouvoir à enquêter sur Trump ou utiliser les deux années suivantes pour démontrer qu’elle peut gouverner.

La corruption présumée comme première cible

Le comité de surveillance de la Chambre pourrait devenir l’un des principaux centres de cette offensive parlementaire.

Robert Garcia, principal démocrate de la commission, indique que ses membres doivent préciser leur programme d’enquête au cours de l’été. Les activités financières entourant Donald Trump devraient occuper une place importante.

Les démocrates veulent notamment examiner les opérations internationales de la Trump Organization, les activités liées aux cryptomonnaies ainsi que d’éventuels contrats accordés à des proches ou alliés du président.

Donald Trump affirme ne pas participer directement aux décisions quotidiennes de son entreprise familiale, désormais gérée par ses fils. Son entourage rejette également les accusations de conflits d’intérêts.

Pour Garcia, le périmètre d’investigation doit néanmoins être large : le président, sa famille et son cercle d’affaires pourraient tous être concernés.

Cette stratégie soulève déjà une autre question : que faire si la Maison-Blanche refuse de transmettre les documents demandés ?

La Maison-Blanche prépare sa défense

Les démocrates anticipent une bataille juridique autour du privilège exécutif, qui permet à l’exécutif de protéger certaines communications présidentielles.

Le ministère de la Justice a récemment estimé que cette protection pouvait, dans certaines circonstances, s’étendre aux échanges entre le président et des conseillers privés lorsqu’ils participent à une décision officielle.

Pour les démocrates, cette interprétation pourrait annoncer une stratégie beaucoup plus large destinée à soustraire certains échanges aux investigations du Congrès.

Ils réfléchissent donc à d’autres moyens d’obtenir des informations.

Si l’administration refuse de coopérer, les commissions pourraient directement assigner des entreprises, donateurs, partenaires commerciaux ou alliés politiques extérieurs à la Maison-Blanche.

Adam Schiff, aujourd’hui sénateur de Californie et ancien président de la commission du renseignement de la Chambre, considère que le secteur privé pourrait devenir une source essentielle de documents si l’exécutif bloque les demandes du Congrès.

Plusieurs commissions seraient alors mobilisées simultanément : surveillance, justice, renseignement et affaires étrangères.

Epstein, Iran et immigration

La liste des dossiers potentiels dépasse largement les affaires financières de Donald Trump.

Les démocrates veulent examiner la gestion des documents concernant Jeffrey Epstein, mais aussi certaines décisions prises dans le cadre de la guerre contre l’Iran.

La politique migratoire constitue un autre terrain majeur. L’Immigration and Customs Enforcement et d’autres agences chargées d’appliquer le programme migratoire de Trump pourraient être appelées à rendre des comptes devant le Congrès.

Même certains projets présidentiels pourraient être examinés, notamment la construction de la nouvelle salle de bal de la Maison-Blanche et les travaux autour du Lincoln Memorial Reflecting Pool.

Alexandria Ocasio-Cortez défend cependant une approche plus large.

Pour l’élue de New York, les démocrates devraient distinguer deux catégories d’investigations : celles portant sur la corruption présumée et l’affaire Epstein, et celles consacrées aux difficultés quotidiennes des Américains.

Elle souhaite notamment des auditions sur le coût des soins de santé, les monopoles, les tarifs et les conséquences de l’expansion des centres de données sur les réseaux d’eau et d’électricité.

Cette distinction pourrait devenir centrale dans la stratégie démocrate.

Le dilemme de Hakeem Jeffries

Si les démocrates remportent la Chambre, Hakeem Jeffries devrait en devenir le président.

Il lui reviendrait alors d’arbitrer entre deux sensibilités.

Les progressistes veulent exploiter pleinement les pouvoirs du Congrès pour examiner les décisions prises depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche. Les modérés craignent qu’une succession d’enquêtes ne donne l’impression que le parti reste entièrement absorbé par le président.

Pour eux, l’objectif doit aussi être de préparer 2028.

Les démocrates devraient donc parallèlement organiser des auditions sur le prix des produits alimentaires, les dépenses de santé et d’autres sujets directement liés au pouvoir d’achat.

Le défi est évident : exercer un contrôle parlementaire agressif sans laisser Donald Trump redevenir l’unique sujet politique du pays.

Une troisième destitution ?

Une question beaucoup plus explosive plane déjà sur cette stratégie : les démocrates tenteraient-ils une nouvelle procédure de destitution ?

Le parti n’a pas de position commune.

Pete Aguilar, membre de la direction démocrate de la Chambre, affirme que la destitution n’occupe actuellement pas les discussions internes du parti.

Jamie Raskin tient un discours différent. Celui qui avait joué un rôle majeur lors du deuxième procès en destitution de Trump considère toujours l’impeachment comme l’un des instruments constitutionnels dont dispose le Congrès.

Le sujet n’est pas théorique.

En décembre dernier, lorsqu’Al Green avait forcé un vote sur une nouvelle tentative de destitution, 140 démocrates avaient accepté de poursuivre la procédure.

Mais une partie du parti considère désormais qu’une troisième offensive serait politiquement dangereuse.

Donald Trump a déjà été mis en accusation deux fois par la Chambre, en 2019 puis en 2021. Il a été acquitté à deux reprises par le Sénat, avant de revenir à la Maison-Blanche après sa victoire présidentielle de 2024.

Pour les modérés, cette histoire constitue un avertissement.

« Nous avons vu ce film deux fois et il n’a pas marché », résume le représentant démocrate Josh Gottheimer.

Le risque d’une majorité entièrement tournée vers Trump

Une reconquête de la Chambre donnerait aux démocrates leur premier véritable levier institutionnel contre la Maison-Blanche depuis le retour de Donald Trump au pouvoir.

Mais ce pouvoir pourrait rapidement devenir un piège.

Des enquêtes ciblées peuvent exposer des abus, contraindre l’administration à rendre des comptes et replacer le Congrès dans son rôle de contre-pouvoir. Une multiplication des investigations, en revanche, pourrait permettre à Trump de présenter la nouvelle majorité comme obsédée par sa personne et déterminée à rejouer les affrontements de son premier mandat.

C’est précisément le dilemme auquel les démocrates se préparent avant même d’avoir remporté la Chambre.

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