19 Août 2026, mer

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À Londres, la canicule pousse 1 500 chauffeurs de bus à la grève

À Londres, la canicule pousse 1 500 chauffeurs de bus à la grève

ParGrandes Lignes

Des chauffeurs du nord de Londres et de l’Essex ont cessé le travail pour dénoncer des températures pouvant atteindre 40 °C dans leurs cabines. Leur mobilisation remet sur la table une particularité britannique : aucune température maximale n’est fixée par la loi sur les lieux de travail.

Conduire plusieurs heures dans une cabine transformée en étuve est devenu intenable pour une partie des chauffeurs de bus londoniens. Depuis le 14 août, plus de 1 500 conducteurs du nord de Londres et de l’Essex sont en grève, après plusieurs semaines marquées par des températures exceptionnellement élevées.

Dans certaines cabines, les chauffeurs affirment avoir travaillé sous une chaleur approchant les 40 °C, avec une climatisation absente ou insuffisante. Une situation qui ne relève plus seulement de l’inconfort : les syndicats mettent désormais en avant les risques pour la santé, la vigilance des conducteurs et, par conséquent, la sécurité des passagers.

Cette mobilisation intervient alors que le Royaume-Uni connaît des épisodes de chaleur de plus en plus fréquents et relance un débat que plusieurs pays européens ont déjà commencé à trancher : jusqu’à quelle température peut-on raisonnablement demander à quelqu’un de travailler ?

Aucune température maximale imposée

La législation britannique reconnaît la chaleur comme un risque professionnel et impose aux employeurs d’évaluer les dangers auxquels leurs salariés sont exposés.

Mais une différence demeure : alors qu’une température minimale existe pour de nombreux lieux de travail — généralement 16 °C, ou 13 °C lorsque l’activité implique un effort physique important — aucune limite maximale générale n’interdit de travailler lorsque le thermomètre s’envole.

Le cadre actuel repose largement sur des règles établies en 1992, à une époque où les épisodes de chaleur extrême étaient nettement moins fréquents au Royaume-Uni.

La situation climatique a depuis profondément évolué. Le pays enregistre aujourd’hui environ trois fois plus de journées dépassant 30 °C qu’il y a soixante ans. L’été 2026 pourrait même devenir le plus chaud enregistré depuis le début des relevés, en 1884.

À plus long terme, certaines projections donnent une idée de l’ampleur de la transformation : Londres pourrait connaître vers 2050 des conditions climatiques comparables à celles de Barcelone aujourd’hui.

La chaleur, un risque également économique

Les conséquences dépassent la question du confort des salariés.

Lorsque les températures dépassent 30 °C, plusieurs travaux scientifiques observent une augmentation du risque d’accidents professionnels. Les personnes travaillant à l’extérieur sont particulièrement exposées aux coups de chaleur et aux conséquences d’une exposition prolongée au soleil.

Les performances au travail peuvent également diminuer. Certaines études estiment que la productivité recule de 2 à 3 % pour chaque degré supplémentaire au-delà de 20 °C de température dite « globe-bulbe humide », un indicateur qui prend notamment en compte la température, l’humidité, le vent et le rayonnement solaire.

Pour un chauffeur transportant quotidiennement des centaines de voyageurs dans la circulation londonienne, la question touche directement à la capacité de rester concentré pendant plusieurs heures.

L’Europe du Sud adapte déjà ses règles

La multiplication des canicules a poussé plusieurs pays européens à revoir leurs dispositifs de protection.

Depuis 2023, l’Espagne peut suspendre certaines activités extérieures lors d’alertes pour chaleur extrême. Le pays a également introduit des congés climatiques rémunérés dans certaines situations météorologiques exceptionnelles.

En Italie, plusieurs régions interdisent durant l’été certaines activités agricoles, de construction ou d’exploitation de carrières pendant les heures les plus chaudes de la journée. Certaines restrictions concernent également les livreurs à vélo.

La France a, elle aussi, renforcé les obligations des employeurs face aux épisodes de chaleur, avec notamment des mesures concernant l’organisation du travail, l’accès à l’eau et l’adaptation des horaires.

La pression monte sur le gouvernement britannique

Les syndicats britanniques réclament désormais une évolution comparable. Ils souhaitent dépasser le cadre de 1992 pour instaurer des protections plus précises, comprenant notamment des pauses obligatoires et des mesures spécifiques lorsque certaines températures sont atteintes.

La députée écologiste Hannah Spencer a également présenté une proposition visant à créer un organisme indépendant chargé de recommander des températures maximales applicables aux lieux de travail.

Son initiative peine encore à obtenir un soutien important au Parlement. Mais la succession des vagues de chaleur pourrait accélérer le débat.

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