Après plusieurs mois de blocage et d’intenses pressions exercées par Washington et Téhéran, l’Irak a désigné Ali al-Zaidi pour former un nouveau gouvernement. Sans expérience politique de premier plan, cet homme d’affaires hérite d’un pays placé au cœur de la rivalité entre les États-Unis et l’Iran.
L’Irak tente de tourner la page d’une longue crise politique.
Le président Nizar Amedi a chargé Ali al-Zaidi de former le prochain gouvernement, mettant fin à plusieurs mois d’incertitudes autour de la désignation d’un Premier ministre. Cette décision intervient après que les principales formations chiites réunies au sein du Cadre de coordination se sont accordées sur sa candidature.
Le chef de l’État a appelé les différentes forces politiques à soutenir ce processus afin d’accélérer la mise en place d’un nouvel exécutif.
Une nomination sous haute pression internationale
La désignation d’Ali al-Zaidi dépasse largement le cadre de la politique intérieure irakienne.
Depuis plusieurs mois, les États-Unis et l’Iran suivent de près la formation du futur gouvernement, chacun cherchant à préserver son influence dans un pays considéré comme stratégique pour l’équilibre régional.
Washington souhaite voir émerger un exécutif capable de limiter le poids des milices pro-iraniennes et de renforcer la coopération sécuritaire avec les États-Unis. À l’inverse, Téhéran entend conserver les solides relais politiques et militaires qu’il a progressivement construits en Irak depuis la chute de Saddam Hussein.
Les États-Unis ont pesé sur le processus
L’administration de Donald Trump n’a jamais caché son opposition à un retour de Nouri al-Maliki à la tête du gouvernement.
L’ancien Premier ministre, longtemps considéré comme proche de Téhéran, avait vu sa candidature vivement critiquée par Washington, qui avait laissé entendre qu’un tel scénario remettrait en cause son soutien à Bagdad.
Dans le même temps, les États-Unis ont suspendu une partie de leur coopération sécuritaire avec l’Irak ainsi que plusieurs mécanismes financiers, notamment les transferts de dollars destinés aux banques irakiennes, afin d’accentuer la pression sur les autorités.
Le retrait des principaux favoris
Face aux tensions grandissantes, Nouri al-Maliki ainsi que le Premier ministre sortant, Mohammed Shia al-Sudani, ont finalement retiré leurs candidatures.
Le Cadre de coordination a présenté cette décision comme un choix destiné à débloquer la situation politique et à favoriser l’émergence d’un candidat capable de rassembler les différentes composantes du paysage politique irakien.
Cette séquence a ouvert la voie à Ali al-Zaidi, personnalité jusqu’ici peu connue du grand public.
Un profil inédit à la tête du gouvernement
Entrepreneur actif dans les secteurs de la finance et des médias, Ali al-Zaidi ne possède pas de véritable expérience politique nationale.
Cette nomination marque une rupture avec les profils traditionnellement issus des grands partis chiites qui dominent la vie politique irakienne depuis deux décennies.
Dans sa première déclaration, le Premier ministre désigné a affirmé vouloir travailler avec l’ensemble des forces politiques afin de former un gouvernement capable de répondre aux attentes de la population.
Trente jours pour convaincre
Ali al-Zaidi dispose désormais d’un délai de trente jours pour constituer son équipe gouvernementale et obtenir l’approbation du Parlement.
Sa mission s’annonce particulièrement délicate.
Outre les défis économiques et sécuritaires, il devra maintenir un équilibre entre deux partenaires aux intérêts souvent opposés : les États-Unis, qui réclament une réduction de l’influence iranienne, et Téhéran, dont les réseaux politiques et militaires demeurent profondément implantés dans le pays.
La réussite de son gouvernement dépendra largement de sa capacité à préserver cette fragile équation, dans un Irak qui reste l’un des principaux théâtres de la rivalité géopolitique entre Washington et l’Iran.











