30 Sep 2026, mer

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De Paris à Lourdes, Léon XIV réveille un catholicisme français que l’on disait effacé

De Paris à Lourdes, Léon XIV réveille un catholicisme français que l’on disait effacé

ParGrandes Lignes

Plus de 800 000 personnes réunies à Paris, quelque 200 000 pèlerins à Lourdes et 80 000 jeunes au Stade de France : la première visite apostolique de Léon XIV en France a donné lieu à des rassemblements d’une ampleur exceptionnelle. Dans un pays où le catholicisme est devenu minoritaire dans la pratique, le pape a surtout révélé une communauté plus visible, plus jeune par endroits et déterminée à retrouver une place dans le débat public.

Pendant quelques jours, le contraste aura été saisissant.

La France demeure l’un des pays européens où la sécularisation est la plus avancée et où l’influence institutionnelle de l’Église catholique s’est considérablement réduite. Pourtant, de Paris à Lourdes, des foules considérables se sont déplacées pour Léon XIV.

Samedi, plus de 800 000 personnes ont participé aux différents rendez-vous organisés à Paris autour du souverain pontife. La veille, 80 000 jeunes avaient rempli le Stade de France. À Lourdes, environ 200 000 pèlerins se sont ensuite rassemblés autour du sanctuaire.

Ces chiffres ne permettent pas à eux seuls de conclure à une rechristianisation du pays. Mais ils révèlent quelque chose que la diminution de la pratique dominicale avait progressivement rendu moins visible : le catholicisme français conserve une capacité de mobilisation considérable.

Et Léon XIV semble avoir su la réveiller.

Des catholiques qui veulent redevenir visibles

Dans les rassemblements, un sentiment revient : celui d’avoir vécu un moment collectif devenu rare.

Jeunes, familles, personnes âgées, scouts, habitants des banlieues, nouveaux baptisés ou pratiquants de longue date se sont retrouvés dans des lieux habituellement associés aux grands événements sportifs, politiques ou nationaux.

Pour une partie des fidèles, cette visibilité possède une signification particulière après plusieurs débats de société dans lesquels l’Église catholique s’est retrouvée en position minoritaire.

La fin de vie, l’avortement, la famille ou la bioéthique ont profondément mobilisé les responsables catholiques ces dernières années, sans empêcher les évolutions législatives auxquelles ils s’opposaient.

Léon XIV n’a pas inversé cette réalité politique. Sa visite a cependant donné aux catholiques français une possibilité de se compter, de se retrouver et surtout de constater qu’ils restent nombreux à vouloir exprimer publiquement leur foi.

Au Stade de France, le pari de la jeunesse

L’image la plus importante de cette visite restera peut-être celle des 80 000 jeunes réunis vendredi soir à Saint-Denis.

L’Église française observe depuis plusieurs années une progression du nombre d’adultes et de jeunes demandant le baptême. Ce mouvement reste insuffisant pour compenser des décennies de recul de la pratique religieuse, mais il modifie progressivement le visage de certaines communautés.

Léon XIV s’est directement adressé à cette génération.

« Vous êtes les saints de France ! », leur a-t-il lancé, avant de les inviter à ne pas rester spectateurs de leur époque.

Le message dépasse la pratique religieuse. Le pape leur demande de s’engager, de construire des communautés, de fonder des familles, de participer à la vie politique et de défendre une conception exigeante de la dignité humaine.

Cette capacité à parler directement aux nouvelles générations rappelle inévitablement le rôle joué par Jean-Paul II auprès d’une partie de la jeunesse catholique dans les années 1980 et 1990.

Il est encore beaucoup trop tôt pour savoir si une « génération Léon XIV » émergera. Mais les images du Stade de France constituent déjà l’un des marqueurs de son premier voyage français.

À Lourdes, un autre visage de la même ferveur

Après les rassemblements parisiens, Lourdes a offert une atmosphère différente.

Quelque 200 000 pèlerins ont convergé vers le sanctuaire. Familles, malades, personnes handicapées et croyants venus de toute la France ont accompagné le pape dans l’un des lieux les plus importants du catholicisme mondial.

Léon XIV y a retrouvé l’un des thèmes qui traversent son pontificat : la place des personnes vulnérables.

À Paris déjà, son passage par la Maison Bakhita, consacrée à l’accueil et à l’accompagnement des personnes exilées, avait illustré cette orientation.

La cohérence du voyage apparaît précisément dans cette succession d’étapes : la jeunesse au Stade de France, la grande célébration populaire à Paris, les migrants et les plus fragiles, puis les pèlerins et les malades à Lourdes.

Un discours qui assume les racines chrétiennes de la France

Léon XIV n’a pas cherché à gommer les sujets susceptibles de provoquer des désaccords avec une partie de la société française.

Il a parlé de famille, de protection de la vie, d’accueil des migrants, de responsabilité politique et des racines chrétiennes de l’Europe.

À Lourdes, sa prière pour la France comportait même une dimension directement civique. Le pape a demandé pour le pays des dirigeants « sages et généreux », capables de se consacrer au bien commun.

À Metz, devant des responsables européens, son discours a pris une dimension encore plus politique. Il a dénoncé la brutalisation des relations internationales, défendu le multilatéralisme et mis en garde l’Europe contre « l’illusion du réarmement ».

Le message porté durant ces quatre jours est donc difficilement réductible aux catégories politiques françaises.

Sur l’immigration et l’accueil des étrangers, Léon XIV développe un discours susceptible de heurter une partie de la droite conservatrice. Sur l’avortement, la fin de vie ou la famille, il maintient au contraire la doctrine traditionnelle de l’Église, très éloignée des positions dominantes dans une grande partie de la gauche et du centre français.

Une visite rapidement investie par la politique

Cette pluralité n’a pas empêché les responsables politiques de chercher dans la visite pontificale des éléments correspondant à leurs propres sensibilités.

Plusieurs personnalités ont insisté sur la paix et le dialogue international. D’autres ont surtout retenu les références du pape aux racines chrétiennes, à la famille ou à la transmission.

Cette appropriation était presque inévitable.

Léon XIV intervient au moment où l’identité, l’immigration, la fin de vie, la démographie et la place de la religion dans l’espace public occupent une part importante du débat français.

Mais le pape s’est efforcé de conserver une ligne qui ne se confond avec aucun camp : protection des migrants et défense de la vie, enracinement chrétien et dialogue avec les autres religions, critique de la guerre et reconnaissance de la nécessité de protéger les peuples.

Le retour d’une quête spirituelle ?

La question dépasse finalement le seul catholicisme pratiquant.

Parmi ceux qui ont suivi le voyage figurent aussi des Français éloignés de l’Église, parfois agnostiques, attirés davantage par l’atmosphère des rassemblements ou par le discours sur la fraternité que par la doctrine catholique.

Des témoignages de personnes souhaitant découvrir ou redécouvrir la foi ont également accompagné la visite.

Il serait prématuré d’y voir un renversement de la sécularisation française. Les indicateurs de pratique religieuse restent très éloignés de ceux observés il y a plusieurs décennies.

Mais le succès du voyage intervient dans un contexte où l’Église constate simultanément l’érosion de ses générations les plus anciennes et une progression récente des demandes de baptême chez les adultes et les jeunes.

Ce phénomène mérite désormais d’être observé sur la durée.

Léon XIV repart, la question demeure

La première visite française de Léon XIV aura finalement produit deux images apparemment contradictoires.

La première est celle d’une Église devenue minoritaire, dont l’influence sur les grandes orientations législatives et sociales de la France n’est plus comparable à celle du passé.

La seconde est celle d’avenues, de stades et de sanctuaires remplis de centaines de milliers de personnes venues écouter son chef.

Léon XIV n’a probablement pas « rechristianisé » la France en quatre jours. Mais il a offert au catholicisme français une démonstration de force qu’il n’avait plus connue depuis longtemps et, surtout, une visibilité nouvelle.

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