À 50 ans, Fatima Ezzahra El Mansouri devient la première femme à diriger le gouvernement marocain. Avocate, maire de Marrakech, ancienne ministre et figure centrale du Parti authenticité et modernité, elle accède au sommet de l’exécutif après la victoire de sa formation aux législatives. Une ascension historique qui ouvre immédiatement une autre bataille : trouver une majorité pour gouverner.
Le Maroc n’avait encore jamais confié la direction de son gouvernement à une femme.
Mardi 29 septembre, Mohammed VI a reçu Fatima Ezzahra El Mansouri au Palais royal de Rabat avant de la nommer cheffe du gouvernement et de lui confier la formation du prochain exécutif.
Six jours plus tôt, son Parti authenticité et modernité (PAM) était arrivé en tête des élections législatives avec 97 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants.
À 50 ans, la maire de Marrakech franchit ainsi une nouvelle étape dans une carrière politique commencée au niveau local et progressivement construite jusqu’aux plus hautes responsabilités nationales.
« Il s’agit d’un moment véritablement historique », a-t-elle déclaré après sa nomination, présentant son accession au pouvoir comme une avancée dépassant son propre parcours et concernant l’ensemble des Marocaines.
De Marrakech au sommet du gouvernement
Le parcours de Fatima Ezzahra El Mansouri est étroitement lié à Marrakech.
Avocate de formation, elle a étudié le droit à l’étranger, notamment en France, où elle a obtenu un diplôme de troisième cycle en droit des affaires à l’université de Montpellier.
Elle rejoint le PAM peu après sa création en 2008. Le parti, positionné au centre droit, devient rapidement l’une des principales forces de la vie politique marocaine.
Un an plus tard, à seulement 33 ans, El Mansouri est élue maire de Marrakech. Elle devient alors la première femme à diriger la ville.
Cette fonction lui offre une première exposition nationale. Son profil tranche dans un paysage politique encore largement masculin : jeune, avocate, issue d’un parcours international et parfaitement intégrée aux nouveaux réseaux du pouvoir local.
Sa trajectoire n’est toutefois pas linéaire.
En 2015, elle perd la présidence du conseil communal de Marrakech au profit du Parti de la justice et du développement (PJD). Six ans plus tard, elle reprend la mairie lors des élections de 2021.
Une ascension jusqu’au gouvernement
Son retour à Marrakech accompagne son installation au premier plan de la politique nationale.
Fatima Ezzahra El Mansouri entre dans le gouvernement dirigé par Aziz Akhannouch comme ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville.
Parallèlement, elle devient l’une des principales dirigeantes du PAM, jusqu’à intégrer la direction collégiale du parti.
Les législatives du 23 septembre 2026 achèvent de modifier son statut.
Le PAM remporte 97 sièges et devient la première force de la Chambre des représentants. Le Rassemblement national des indépendants (RNI), formation du chef du gouvernement sortant Aziz Akhannouch, recule à 66 députés, tandis que l’Istiqlal obtient 65 sièges.
Le PJD réalise de son côté un retour important avec 54 élus, contre seulement 13 lors des précédentes législatives.
En vertu de la Constitution marocaine, le roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections législatives. Mohammed VI a choisi Fatima Ezzahra El Mansouri.
Première femme, mais sans majorité
La portée historique de sa nomination ne doit pas masquer la difficulté politique qui l’attend.
Avec 97 sièges sur 395, le PAM est très loin de disposer seul d’une majorité absolue. La nouvelle cheffe du gouvernement doit donc construire une coalition suffisamment large pour gouverner pendant les cinq prochaines années.
Les discussions avec les autres formations deviennent ainsi son premier test.
Le RNI et l’Istiqlal apparaissent comme des partenaires possibles dans la recherche d’une majorité parlementaire. Le PJD, revenu en force après son effondrement électoral de 2021, a pour sa part annoncé son intention de rester dans l’opposition.
Fatima Ezzahra El Mansouri devra donc transformer une victoire électorale relative en coalition gouvernementale stable.
Une victoire sur fond de forte abstention
Le scrutin a également envoyé un signal moins favorable à la nouvelle majorité.
Seuls 38 % des électeurs inscrits ont participé aux législatives, l’un des taux les plus faibles enregistrés au Maroc depuis près de deux décennies.
Cette abstention intervient dans un contexte de défiance envers la classe politique et de fortes attentes économiques et sociales.
Le chômage, particulièrement celui des jeunes, le pouvoir d’achat, les inégalités territoriales, l’accès aux services publics et les perspectives offertes aux nouvelles générations occupent une place croissante dans les préoccupations du pays.
La nouvelle cheffe du gouvernement l’a elle-même reconnu dès sa nomination, promettant des réponses « concrètes et réalistes » aux attentes des Marocains, notamment celles de la jeunesse.
Emploi, croissance et pouvoir d’achat
Pendant la campagne, le PAM a placé l’économie au premier rang de ses engagements.
La formation a défendu un objectif de croissance moyenne de 5 % par an, la création d’au moins un million d’emplois durant la législature et une maîtrise de l’inflation autour de 2 % afin de protéger le pouvoir d’achat.
La réalisation de ces promesses constituera l’un des principaux critères sur lesquels le nouveau gouvernement sera attendu.
Fatima Ezzahra El Mansouri devra également accompagner les transformations considérables engagées par le Maroc à l’approche de la Coupe du monde de football 2030, organisée conjointement avec l’Espagne et le Portugal.
Infrastructures, transports, urbanisme, tourisme et investissements représentent autant d’opportunités économiques que de défis financiers et sociaux.
Son expérience à Marrakech et au ministère chargé de l’urbanisme et de l’habitat lui donne sur ces questions une expertise directement liée à une partie des grands chantiers qui attendent le royaume.
Une fonction importante dans un système où le roi demeure central
L’arrivée d’une femme à la tête du gouvernement constitue une rupture politique majeure au Maroc. Elle ne modifie cependant pas l’architecture institutionnelle du royaume.
Mohammed VI demeure au centre du système politique marocain et conserve une influence déterminante sur les grandes orientations stratégiques du pays, notamment en matière diplomatique, sécuritaire et religieuse.
La nouvelle cheffe du gouvernement disposera donc d’importantes responsabilités économiques et sociales, tout en exerçant ses fonctions dans le cadre particulier de la monarchie marocaine.
Cette réalité rend son défi double : obtenir suffisamment de partenaires pour disposer d’une majorité au Parlement, puis démontrer sa capacité à produire des résultats dans les domaines où l’exécutif est directement attendu.
Un précédent historique pour le Maroc
En accédant à la tête du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri inscrit surtout son nom dans l’histoire politique du royaume.
Elle avait déjà ouvert une première brèche en devenant, à 33 ans, la première femme maire de Marrakech. Dix-sept ans plus tard, elle franchit une frontière autrement plus importante.
Sa nomination ne garantit ni la réussite de son gouvernement ni une transformation automatique de la place des femmes dans la vie politique marocaine. Mais elle crée un précédent jusqu’ici absent des institutions du pays : désormais, au Maroc, la fonction de cheffe du gouvernement n’est plus inaccessible à une femme.
Pour Fatima Ezzahra El Mansouri, le symbole est acquis. Le véritable enjeu commence maintenant : transformer cette première historique en capacité à gouverner un pays où les attentes économiques et sociales sont considérables.












