La crise s’intensifie au sommet du football mondial. Plusieurs confédérations discutent de la possibilité de provoquer un congrès extraordinaire de la FIFA qui pourrait se transformer en épreuve de force contre Gianni Infantino, fragilisé par son projet controversé d’ouverture du capital d’une future filiale commerciale.
Jamais Gianni Infantino n’avait semblé aussi vulnérable depuis son arrivée à la tête de la FIFA en 2016. À quelques mois du congrès de mars 2027, où il entend briguer un nouveau mandat, le dirigeant italo-suisse fait désormais face à l’hypothèse d’une contestation organisée au sein même du football international.
Les confédérations européenne, asiatique et nord-américaine ont discuté ces derniers jours de la possibilité d’un vote de défiance contre le président de la FIFA. Pour provoquer cette confrontation, la convocation d’un congrès extraordinaire est envisagée.
Une telle initiative constituerait une séquence exceptionnelle dans l’histoire de l’organisation.
Un congrès extraordinaire comme moyen de pression
Les statuts de la FIFA permettent à son Conseil de convoquer un congrès extraordinaire. Une autre voie existe : au moins un cinquième des 211 fédérations membres peuvent en demander officiellement la tenue en précisant les sujets qu’elles souhaitent inscrire à l’ordre du jour.
Il faudrait donc réunir au minimum 43 associations nationales pour imposer cette convocation. Le congrès devrait ensuite être organisé dans un délai de trois mois, chaque fédération disposant d’une voix.
La difficulté réside toutefois dans l’absence, dans les statuts de la FIFA, d’une procédure spécifiquement conçue pour une motion de censure ou un vote de défiance contre son président. Une éventuelle offensive contre Gianni Infantino devrait donc emprunter un terrain institutionnel encore largement inédit.
Le projet commercial qui a déclenché la crise
La contestation a pris une nouvelle dimension depuis la révélation, fin juillet, d’un projet visant à créer une filiale commerciale de la FIFA susceptible d’accueillir des capitaux privés.
L’idée a provoqué une forte opposition parmi plusieurs acteurs du football international, qui redoutent une privatisation progressive d’une partie des activités commerciales de l’organisation.
La crise a depuis gagné les structures internes de la FIFA. Des départs se sont multipliés tandis que l’UEFA a agité la menace d’un boycott de certaines compétitions organisées par l’instance mondiale.
Gianni Infantino a tenté ces dernières semaines de reprendre l’initiative, allant jusqu’à présenter des excuses et à mettre en avant les soutiens dont il dispose encore.
Le risque d’un échec pour ses adversaires
Les opposants au président de la FIFA avancent cependant avec prudence. Leur principal problème reste arithmétique : rien ne garantit qu’une majorité suffisamment large puisse être réunie pour provoquer son départ.
Déclencher une offensive sans disposer des voix nécessaires pourrait même produire l’effet inverse. Une victoire lors d’un vote de défiance permettrait à Gianni Infantino de démontrer qu’il conserve le soutien d’une majorité des fédérations, à quelques mois de sa candidature à un nouveau mandat.
L’Afrique pourrait jouer un rôle déterminant dans ce rapport de forces. Le président de la Confédération africaine de football, Patrice Motsepe, a récemment réaffirmé le soutien du continent à Gianni Infantino.
Aucun adversaire ne s’est par ailleurs officiellement déclaré pour lui disputer la présidence de la FIFA en 2027.
Les défections gagnent pourtant son entourage
La position de Gianni Infantino s’est encore fragilisée avec le retrait du soutien de Sandor Csanyi, l’un des huit vice-présidents du Conseil de la FIFA.
Le dirigeant hongrois reproche à l’organisation des décisions répondant, selon lui, davantage à des considérations politiques qu’aux intérêts du football.
Le licenciement de Kevin Lamour, numéro trois français de la FIFA, aurait constitué le point de rupture. Celui-ci avait publiquement formulé de sévères critiques contre la direction de Gianni Infantino avant d’être limogé.
La contestation dépasse désormais les seules instances dirigeantes. Une coalition regroupant des organisations de supporteurs en Europe, en Afrique et en Amérique du Nord réclame également le départ du président de la FIFA. Une pétition lancée dans ce cadre a recueilli près de 10 000 signatures en moins de vingt-quatre heures.









