Les affrontements ont repris entre Washington et Téhéran, quelques semaines seulement après un protocole d’accord censé ouvrir la voie à une désescalade. Donald Trump a rétabli le blocus maritime contre l’Iran, annoncé une prise de contrôle américaine du détroit d’Ormuz et prévenu le Congrès de la reprise des hostilités. Une séquence qui fait craindre un retour à un conflit de grande ampleur.
Le fragile cessez-le-feu conclu au printemps semble désormais appartenir au passé.
Pour la troisième nuit consécutive, les forces américaines ont mené des frappes contre des positions iraniennes, tandis que Téhéran a riposté en ciblant plusieurs navires dans le détroit d’Ormuz. L’attaque contre deux pétroliers battant pavillon émirati a fait au moins un mort parmi les membres d’équipage et ravivé les inquiétudes autour de la sécurité de cette voie maritime stratégique.
Cette nouvelle escalade intervient à peine un mois après la signature d’un protocole d’accord entre Washington et Téhéran, qui devait permettre une réduction progressive des tensions dans le Golfe.
Donald Trump durcit le ton
Face à la reprise des combats, Donald Trump a annoncé un changement de doctrine.
Le président américain a confirmé le rétablissement du blocus maritime visant les ports iraniens et indiqué que les États-Unis prendraient désormais le contrôle de la sécurité du détroit d’Ormuz.
Dans un message publié sur Truth Social, il a affirmé que cette route maritime resterait ouverte « avec ou sans l’Iran », tout en annonçant la mise en place de frais de protection représentant 20 % de la valeur des cargaisons transitant par cette zone.
Selon lui, cette contribution vise à financer les moyens militaires déployés pour sécuriser le trafic commercial dans l’un des passages les plus sensibles du commerce mondial.
Donald Trump doit également s’adresser à la nation jeudi soir afin de préciser la stratégie américaine.
Une mesure contestée
L’annonce de la Maison-Blanche a rapidement suscité des réactions.
Quelques semaines auparavant, le secrétaire d’État Marco Rubio rappelait qu’aucun État ne pouvait légalement imposer un péage sur une voie maritime internationale.
L’Organisation maritime internationale a également réaffirmé que le détroit d’Ormuz devait rester libre de toute redevance conformément au droit international.
À Téhéran, la réaction a pris un ton plus ironique.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré que l’Iran avait toujours assuré la sécurité du détroit, tout en estimant que le taux annoncé par Washington était « excessif ».
Le Congrès officiellement informé
La Maison-Blanche a confirmé que Donald Trump avait officiellement notifié le Congrès de la reprise des hostilités, conformément aux dispositions de la War Powers Resolution.
L’administration américaine considère que les combats engagés après le cessez-le-feu constituent un nouveau conflit, ce qui ouvrirait une nouvelle période de soixante jours avant qu’une autorisation parlementaire ne soit nécessaire.
Cette interprétation est toutefois contestée par plusieurs élus démocrates, qui estiment qu’il s’agit de la continuité du conflit déclenché plusieurs mois auparavant.
La question pourrait désormais être portée devant les juridictions américaines.
Pourquoi les tensions sont reparties
Pour plusieurs spécialistes, la rupture du protocole d’accord trouve son origine dans les divergences d’interprétation entre les deux capitales.
Téhéran estime notamment que Washington n’a pas respecté plusieurs engagements prévus dans le mémorandum signé au printemps, notamment concernant l’organisation du trafic maritime, le déblocage de certains avoirs iraniens et plusieurs dossiers régionaux.
De son côté, l’administration américaine accuse l’Iran d’avoir remis en cause les efforts diplomatiques en multipliant les attaques contre des navires circulant dans le Golfe.
Cette accumulation de différends a progressivement fait voler en éclats les espoirs de désescalade.
Le spectre d’une guerre régionale
Pour plusieurs analystes, la situation actuelle présente un risque réel d’embrasement.
Une confrontation prolongée entre Washington et Téhéran pourrait rapidement déstabiliser l’ensemble du Golfe, perturber les exportations d’hydrocarbures et provoquer de nouvelles tensions sur les marchés mondiaux de l’énergie.
À quelques mois des élections de mi-mandat aux États-Unis, Donald Trump se retrouve confronté à une équation délicate : poursuivre une campagne militaire tout en évitant qu’une hausse durable des prix du pétrole et de l’inflation ne fragilise davantage sa majorité.
Malgré la reprise des opérations militaires, le président américain affirme ne pas renoncer à une issue diplomatique.
« Je pense toujours qu’un accord est possible », a-t-il déclaré depuis la Maison-Blanche.
Reste à savoir si les événements sur le terrain laisseront encore une place aux négociations.










