15 Juil 2026, mer

Mort de Cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, le souverain qui a propulsé le Qatar parmi les puissances du XXIᵉ siècle

Mort de Cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, le souverain qui a propulsé le Qatar parmi les puissances du XXIᵉ siècle

Artisan de la métamorphose du Qatar, Cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani est décédé à l’âge de 74 ans. Sous son règne, l’émirat est passé d’un discret producteur d’hydrocarbures à un acteur majeur de la diplomatie, de la finance et des médias internationaux, redéfinissant durablement les équilibres du Golfe.

La disparition de Cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani marque la fin d’une époque pour le Qatar.

Dans un communiqué, la Cour royale a annoncé dimanche le décès de l’ancien émir, sans préciser les causes de sa mort. Les autorités ont décrété quatre jours de deuil national en hommage à celui qui aura profondément transformé l’émirat au cours de ses dix-huit années de règne.

L’homme qui a changé le destin du Qatar

Lorsque Cheikh Hamad prend le pouvoir en juin 1995, après avoir écarté son père lors d’un coup d’État sans effusion de sang, le Qatar dispose déjà d’immenses réserves de gaz naturel mais demeure un acteur secondaire dans une région dominée par l’Arabie saoudite.

Son ambition dépasse alors largement le développement économique.

Il entend bâtir un État capable d’exercer une influence politique, diplomatique et financière bien supérieure à son territoire et à sa population.

Porté par l’essor du gaz naturel liquéfié, le Qatar connaît une croissance spectaculaire. Son produit intérieur brut est multiplié à plusieurs reprises tandis que son fonds souverain devient l’un des plus puissants de la planète, investissant dans les secteurs stratégiques en Europe, en Amérique du Nord et en Asie.

Une diplomatie qui dépasse les frontières du Golfe

Cheikh Hamad fait également le choix d’une politique étrangère singulière.

Tout en accueillant l’une des principales bases militaires américaines au Moyen-Orient, Doha entretient simultanément des relations avec des acteurs souvent opposés aux intérêts occidentaux, parmi lesquels l’Iran, le Hamas ou encore les talibans afghans.

Cette stratégie permet progressivement au Qatar de devenir un intermédiaire recherché dans plusieurs crises internationales et d’imposer Doha comme une capitale incontournable des négociations diplomatiques.

Cette orientation sera poursuivie par son fils et successeur, l’émir Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani.

L’essor d’une puissance médiatique et économique

Son règne est également marqué par la création d’Al Jazeera, devenue en quelques années l’une des chaînes d’information les plus influentes du monde arabe.

L’ancien souverain engage parallèlement une politique d’investissements internationaux sans précédent et multiplie les acquisitions dans les secteurs du sport, de l’immobilier, de la finance et de l’industrie.

L’attribution au Qatar de l’organisation de la Coupe du monde de football 2022 constitue l’un des symboles les plus visibles de cette stratégie d’influence mondiale, malgré les nombreuses controverses qui ont accompagné le projet.

Une transition inédite dans le Golfe

Né à Doha en 1952 et formé à la prestigieuse académie militaire de Sandhurst, au Royaume-Uni, Cheikh Hamad devient prince héritier en 1977 avant d’accéder au pouvoir dix-huit ans plus tard.

En 2013, il surprend la communauté internationale en renonçant volontairement au trône au profit de son fils, Cheikh Tamim.

Cette transmission organisée du pouvoir demeure un événement rare parmi les monarchies du Golfe, où les successions interviennent généralement à la suite d’un décès.

Un héritage qui façonne encore le Qatar

Cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani laisse l’image d’un dirigeant qui a profondément redéfini la place de son pays dans les affaires internationales.

Sous son impulsion, le Qatar s’est imposé comme une puissance financière, diplomatique, énergétique et médiatique dont l’influence dépasse largement son poids démographique.

Son héritage continue aujourd’hui de structurer la politique étrangère de l’émirat ainsi que sa stratégie de rayonnement international, poursuivie par son fils, l’émir Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani.

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