2 Juin 2026, mar

Lula s’emporte contre Washington : « Le Brésil n’est pas une république de pacotille »

Lula s’emporte contre Washington « Le Brésil n’est pas une république de pacotille »

Le président brésilien a vivement dénoncé la décision américaine de classer deux puissantes factions criminelles brésiliennes comme « organisations terroristes ». Pour Lula, cette initiative menace directement la souveraineté du pays et ouvre la porte à une possible ingérence américaine.

La tension monte entre Brasília et Washington.

Vendredi, Luiz Inacio Lula da Silva a livré l’une de ses réactions les plus virulentes depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Le président brésilien a accusé les États-Unis de porter atteinte à la souveraineté de son pays après la décision américaine de classer le Primeiro Comando da Capital (PCC) et le Comando Vermelho (CV) parmi les organisations terroristes.

« Nous n’acceptons pas d’être traités comme des gamins. Nous n’acceptons pas d’être traités comme si nous étions une république de pacotille », a lancé Lula lors d’un événement officiel dans l’État de Sergipe, dans le nord-est du Brésil.

Visiblement irrité, le dirigeant de gauche a également mis en garde Washington contre toute tentative d’ingérence.

« Ne jouez pas avec la souveraineté de ce pays. Ne jouez pas avec notre démocratie », a-t-il insisté.

Une décision explosive pour Brasília

L’annonce américaine a été faite jeudi par le secrétaire d’État Marco Rubio, qui a décrit le PCC et le CV comme « parmi les organisations criminelles les plus violentes du Brésil ».

Issues du système carcéral brésilien, ces deux factions sont devenues au fil des années de véritables empires criminels. Elles contrôlent une partie importante du trafic de cocaïne en Amérique du Sud et disposent de ramifications internationales, notamment vers l’Europe.

Le PCC est notamment soupçonné d’entretenir des liens avec la mafia italienne ’Ndrangheta pour l’exportation de drogue depuis les ports brésiliens.

Au Brésil, ces organisations imposent leur loi dans plusieurs régions urbaines et dans certaines favelas de Rio de Janeiro, où les affrontements armés sont fréquents.

Mais pour le gouvernement brésilien, leur désignation comme « organisations terroristes » constitue un changement de nature aux conséquences potentiellement lourdes.

Lula redoute une justification d’intervention américaine

Brasília craint que cette qualification ouvre juridiquement la voie à des opérations américaines contre ces groupes sur le territoire brésilien.

Depuis plusieurs mois, Washington mène déjà une campagne militaire contre les réseaux de narcotrafic dans les Caraïbes et dans le Pacifique. Donald Trump a même lancé en mars une « coalition militaire » destinée à « éradiquer » les cartels latino-américains.

Dans ce contexte, les propos de Marco Rubio ont immédiatement provoqué l’inquiétude du gouvernement brésilien.

« Ils sont des terroristes pour la société brésilienne, pour les habitants des quartiers pauvres, et nous allons les combattre ici », a affirmé Lula, tout en rejetant la définition américaine.

Le président brésilien a également ironisé sur la stratégie sécuritaire de Donald Trump.

« Ce ne sont pas les terroristes que Trump recherche. Trump veut des types comme Oussama ben Laden », a-t-il déclaré.

Une bataille politique à l’approche de la présidentielle

Cette crise diplomatique survient à quelques mois d’une élection présidentielle particulièrement tendue au Brésil.

Âgé de 80 ans, Lula entend briguer un nouveau mandat en octobre prochain, tandis que le camp conservateur tente de faire de l’insécurité l’un des thèmes centraux de la campagne.

L’affaire a pris une dimension encore plus politique après les déclarations de Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro.

Le sénateur conservateur a révélé avoir personnellement demandé à Donald Trump de classer le PCC et le CV comme organisations terroristes lors d’une rencontre à la Maison Blanche.

« Pendant que Lula se mettait à genoux devant Trump pour faire du lobbying en faveur du PCC et du CV, moi je travaillais pour qu’ils soient traités comme des terroristes », a écrit Flavio Bolsonaro sur Instagram.

Lula a immédiatement répliqué, accusant son adversaire de « trahir la patrie » en sollicitant une intervention américaine contre son propre pays.

Une ligne de fracture continentale

Au-delà du duel politique brésilien, l’affaire illustre l’évolution de la stratégie américaine en Amérique latine sous Donald Trump.

Washington cherche désormais à traiter certains grands réseaux criminels latino-américains selon une logique proche de la lutte antiterroriste, avec un recours assumé à des moyens militaires.

Cette doctrine inquiète plusieurs gouvernements de la région, qui redoutent une remise en cause des équilibres de souveraineté au nom de la guerre contre le narcotrafic.

Brasília insiste ainsi sur le fait que le PCC et le CV relèvent du crime organisé transnational et non du terrorisme au sens juridique brésilien.

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