Pendant des mois, beaucoup pensaient que Benjamin Netanyahou tomberait rapidement après l’attaque du 7 octobre 2023. Pourtant, près de trois ans plus tard, le Premier ministre israélien est toujours au pouvoir. Mais cette fois, la crise semble beaucoup plus profonde. La possible dissolution de la Knesset pourrait précipiter des élections anticipées qui prendraient la forme d’un véritable référendum national sur l’homme fort d’Israël.
Le compte à rebours semble enclenché.
À Jérusalem, les regards sont désormais tournés vers la Knesset, où un vote de dissolution pourrait ouvrir la voie à des élections dès septembre ou octobre, avant même l’échéance officielle prévue fin octobre.
Après avoir survécu à des mois de contestation, de guerre et de tensions internes, Benjamin Netanyahou apparaît plus fragilisé que jamais.
Et cette fois, la menace vient de son propre camp.
Les ultraorthodoxes provoquent une crise politique
Le déclencheur immédiat de cette nouvelle crise concerne l’exemption du service militaire pour les étudiants des séminaires religieux ultraorthodoxes.
Les partis religieux alliés à Netanyahou exigeaient l’adoption d’une loi protégeant leurs électeurs de la conscription. Mais le Premier ministre n’a pas réussi à réunir une majorité suffisante pour faire passer un texte devenu extrêmement impopulaire dans une société israélienne marquée par des mois de guerre et de mobilisation militaire massive.
Une partie croissante de l’opinion israélienne considère désormais que les sacrifices sont inégalement répartis.
Pendant que des milliers de réservistes combattent à Gaza ou à la frontière libanaise, les privilèges accordés aux ultraorthodoxes deviennent politiquement explosifs.
L’ombre du 7 octobre continue de hanter Israël
Mais derrière cette crise parlementaire se cache une question beaucoup plus profonde : le traumatisme du 7 octobre.
L’attaque du Hamas et les massacres qui ont suivi continuent de peser lourdement sur le paysage politique israélien. Beaucoup d’Israéliens reprochent toujours au gouvernement et aux services de sécurité de ne pas avoir anticipé l’attaque la plus meurtrière de l’histoire du pays.
Depuis, Netanyahou a réussi à maintenir sa coalition en promettant une “victoire totale” contre le Hamas et les ennemis régionaux d’Israël.
Le problème est que cette victoire reste largement introuvable.
Des guerres longues, coûteuses et sans victoire claire
Israël contrôle aujourd’hui une grande partie de Gaza, transformée en immense champ de ruines. Mais le Hamas conserve encore une capacité de contrôle dans certaines zones.
Au Liban, le Hezbollah continue de résister malgré les frappes israéliennes massives. L’Iran, cible d’opérations conjointes israélo-américaines, reste debout et continue de défier Israël sur le plan régional.
Dans les cercles militaires israéliens eux-mêmes, beaucoup reconnaissent désormais que les objectifs initiaux de guerre n’ont pas été atteints de manière décisive.
Cette situation alimente progressivement une fatigue politique dans l’opinion publique israélienne.
Le retour de la fracture intérieure israélienne
Avant même le 7 octobre, Israël traversait déjà une crise politique majeure autour des réformes judiciaires voulues par Netanyahou.
Des centaines de milliers d’Israéliens manifestaient alors contre ce qu’ils considéraient comme une remise en cause de l’équilibre démocratique du pays.
La guerre avait temporairement suspendu cette fracture intérieure.
Mais elle revient désormais au premier plan.
L’opposition accuse le Premier ministre d’avoir privilégié sa survie politique plutôt que l’intérêt national, tout en s’appuyant de plus en plus sur les partis religieux et ultranationalistes.
Une économie solide mais une société sous tension
Paradoxalement, l’économie israélienne résiste relativement bien.
Le secteur technologique, les exportations de défense et les revenus du gaz offshore soutiennent encore la croissance. Le shekel reste solide et le chômage demeure faible.
Mais derrière ces indicateurs, les inquiétudes grandissent.
Le coût de la guerre, les dépenses publiques, la dette et les tensions sociales préoccupent une partie croissante de la population. L’émigration augmente également fortement, notamment parmi les jeunes diplômés et les profils technologiques.
Pour certains analystes israéliens, cette dynamique commence à ressembler à une lente fuite des cerveaux.
Netanyahou reste pourtant un redoutable survivant politique
Malgré tout, enterrer politiquement Benjamin Netanyahou reste risqué.
Depuis plus de quarante ans, il a survécu à des crises, des défaites annoncées et des coalitions éclatées. Il demeure le dirigeant israélien le plus expérimenté et le plus combatif de sa génération.
Même affaibli, le Likoud reste aujourd’hui encore le premier parti dans plusieurs sondages.
L’opposition, elle, reste divisée.
Naftali Bennett tente de revenir au centre du jeu politique. Yaïr Lapid conserve une influence importante. Mais aucun leader ne s’impose réellement comme alternative incontestable face à Netanyahou.
Un scrutin qui dépassera largement la personne de Netanyahou
Au fond, cette future élection ne portera pas uniquement sur Benjamin Netanyahou.
Elle posera une question beaucoup plus large aux Israéliens : quelle direction le pays doit-il prendre après le 7 octobre ?
Poursuite de la ligne sécuritaire dure et du nationalisme religieux ? Ou retour vers un modèle plus institutionnel et moins polarisé ?
Dans un Israël traumatisé par la guerre, fracturé politiquement et sous tension permanente, le scrutin pourrait devenir l’un des plus décisifs de l’histoire récente du pays.
Et une fois encore, toute la vie politique israélienne semble se résumer à une seule question : Israël veut-il encore de Benjamin Netanyahou ?











