Le roi Harald V est mort vendredi 28 août à l’âge de 89 ans. Sur le trône depuis 1991, le doyen des souverains européens aura accompagné pendant trente-cinq ans les transformations de la Norvège, tout en imposant une monarchie plus proche, plus humaine et souvent moins protocolaire.
La Norvège perd le seul roi qu’une grande partie de sa population ait jamais connu.
Harald V est mort vendredi matin à 6 h 35 au Rikshospitalet, l’hôpital national d’Oslo, a annoncé le Palais royal. Il avait 89 ans.
Jusqu’au bout, le souverain aura refusé l’idée d’une abdication. Malgré des problèmes de santé récurrents et plusieurs interventions médicales, il était resté fidèle à la conception qu’il se faisait de sa fonction : régner jusqu’à la fin de sa vie.
« J’ai prêté serment devant le Storting pour accomplir ma mission jusqu’au bout », avait-il encore déclaré en janvier 2024, alors que l’abdication de Margrethe II au Danemark avait relancé les interrogations sur son propre avenir.
Harald V aura finalement suivi le chemin de son père, Olav V, mort en fonction en 1991, également à l’âge de 89 ans.
Trente-cinq ans sur le trône
Harald V était devenu roi le 17 janvier 1991 après la disparition de son père.
Son règne aura traversé une période de profondes transformations économiques, sociales et culturelles pour la Norvège. Dans une monarchie constitutionnelle où le souverain n’exerce pas directement le pouvoir politique, Harald V s’était progressivement construit une fonction différente : celle d’un repère national.
Longtemps considéré comme plus réservé au début de son règne, il avait progressivement laissé apparaître une personnalité chaleureuse, volontiers humoristique et particulièrement à l’aise lors de ses rencontres avec la population.
Son rire, ses plaisanteries et sa capacité à s’affranchir ponctuellement de la rigidité du protocole ont participé à sa popularité.
Mais c’est également dans les périodes les plus douloureuses que son rôle a pris une autre dimension.
Après les attentats du 22 juillet 2011, au cours desquels Anders Breivik avait tué 77 personnes à Oslo et sur l’île d’Utøya, Harald V était apparu profondément bouleversé. Ses rencontres avec les familles des victimes, au cours desquelles il n’avait pas cherché à dissimuler ses larmes, avaient marqué le pays.
« Jamais je ne me suis senti aussi impuissant face à tant de familles en deuil », avait-il reconnu.
Une enfance bouleversée par la guerre
Rien ne prédestinait les premières années de Harald à la stabilité qui caractériserait ensuite son règne.
Né le 21 février 1937 à Asker, près d’Oslo, Harald appartient à la Maison de Glücksbourg. Il est le troisième enfant et le seul fils du futur roi Olav V et de la princesse Märtha de Suède.
Il n’a que trois ans lorsque l’Allemagne nazie envahit la Norvège en 1940.
Avec sa mère et ses deux sœurs, Astrid et Ragnhild, le jeune prince quitte alors son pays. Après un passage par la Suède, la famille trouve refuge aux États-Unis, tandis que son père et son grand-père, le roi Haakon VII, poursuivent leur exil à Londres.
La famille royale ne retrouve la Norvège qu’en 1945.
Une autre épreuve marque profondément son adolescence : la mort de sa mère en 1954, alors qu’il n’a que 17 ans.
Des décennies plus tard, Harald évoquera encore le poids de cette disparition et l’absence, à l’époque, de véritable accompagnement psychologique du deuil au sein du Palais.
En 1957, à la mort de son grand-père Haakon VII, son père devient roi et Harald, âgé de 20 ans, prince héritier.
Il poursuit alors sa formation à l’université d’Oslo, à l’Académie militaire norvégienne puis au Balliol College de l’université d’Oxford.
Le prince qui choisit Sonja
Sa vie personnelle va pourtant provoquer l’une des plus importantes batailles dynastiques de la monarchie norvégienne moderne.
À 22 ans, Harald tombe amoureux de Sonja Haraldsen.
Elle n’est ni princesse ni issue d’une famille royale : elle est une roturière. Dans l’Europe monarchique de l’époque, la différence est considérable.
Pendant neuf ans, leur relation demeure largement secrète en raison de l’opposition du roi Olav V et des réticences du gouvernement, du Parlement et d’une partie de la presse.
Le futur souverain refuse pourtant de céder.
Il prévient son père qu’il n’épousera aucune autre femme. Sonja ou personne.
Face à la détermination de son fils et après des années de résistance, Olav V finit par accepter. Le gouvernement et le Parlement donnent également leur accord.
Harald et Sonja se marient en 1968.
Ce qui avait été présenté par certains comme une menace pour l’institution monarchique deviendra finalement l’une des histoires les plus emblématiques de la famille royale norvégienne.
Le couple aura deux enfants, la princesse Märtha Louise et le prince héritier Haakon.
Un roi passionné de voile
Derrière le souverain se trouvait également un sportif accompli.
Harald était passionné de voile et avait représenté la Norvège aux Jeux olympiques de 1964, 1968 et 1972. Il avait même porté le drapeau norvégien lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Tokyo en 1964.
Sa carrière sportive ne s’était pas limitée aux Jeux olympiques. Avec ses équipages, il avait obtenu plusieurs résultats internationaux importants et continué à naviguer longtemps après son accession au trône.
Cette passion contribuait elle aussi à l’image d’un souverain relativement accessible dans un pays où la monarchie a historiquement cherché à maintenir une certaine proximité avec la population.
Une santé de plus en plus fragile
Les dernières décennies de son règne ont toutefois été marquées par une succession de problèmes médicaux.
Harald V avait notamment été traité pour un cancer de la vessie et subi plusieurs interventions cardiaques. Son état de santé l’avait régulièrement contraint à interrompre temporairement ses activités officielles, laissant le prince héritier Haakon assurer la régence.
Mais il n’avait jamais envisagé publiquement de renoncer définitivement au trône.
L’abdication de Margrethe II du Danemark en 2024 avait pourtant créé un précédent important parmi les monarchies scandinaves. Harald avait alors rapidement écarté toute comparaison.
Pour lui, la fonction royale ne disposait pas d’une date de retraite.
La fin d’une époque pour la Norvège
Sa disparition entraîne désormais un changement de génération au sommet de la monarchie norvégienne.
Harald V laisse derrière lui la reine Sonja, leurs deux enfants et leurs petits-enfants, mais également l’image d’un roi qui aura progressivement transformé sa personnalité en principal capital de l’institution.
Il avait commencé son règne dans une monarchie encore marquée par les codes du XXe siècle. Il le termine dans une société profondément différente, plus diverse, plus individualiste et davantage disposée à interroger ses institutions.
Malgré cette évolution, Harald V avait conservé une popularité remarquable.
Son règne restera associé à cette capacité particulière : incarner la continuité sans paraître complètement immobile, préserver la solennité de la Couronne tout en laissant apparaître l’homme derrière le roi.
Après trente-cinq années sur le trône, la mort de Harald V ne constitue donc pas seulement une succession dynastique. Pour la Norvège, elle referme l’un des règnes les plus longs et les plus familiers de son histoire contemporaine.










