27 Août 2026, jeu

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En Syrie, un café payé par carte pour célébrer la fin de quinze ans d’isolement financier

En Syrie, un café payé par carte pour célébrer la fin de quinze ans d’isolement financier

ParGrandes Lignes

Le président syrien Ahmed al-Sharaa s’est affiché réglant un café avec une carte Visa dans la vieille ville de Damas. Une scène banale en apparence, mais soigneusement mise en scène par les nouvelles autorités pour illustrer le retour progressif de la Syrie dans le système financier international après la levée de sanctions américaines.

Quelques secondes de vidéo pour raconter un changement considérable. Dans un café de la vieille ville de Damas, Ahmed al-Sharaa sort une carte bancaire et règle sa consommation. À ses côtés se trouve le gouverneur de la Banque centrale syrienne, Mohammed Safwat Raslan.

La séquence a été diffusée par les autorités syriennes avec un message explicite : « Pendant plus de quinze ans, cette simple opération était impossible. »

Derrière cette transaction ordinaire se joue en réalité une partie beaucoup plus importante pour la Syrie : celle de sa réintégration dans les circuits financiers internationaux après des années de sanctions et d’isolement.

Washington retire la Syrie de sa liste noire

Les États-Unis ont officiellement retiré la Syrie de leur liste des États soutenant le terrorisme, sur laquelle le pays figurait depuis 1979.

La décision est intervenue après une procédure de 45 jours devant le Congrès américain, déclenchée par une notification du président Donald Trump en juillet.

Pour Damas, l’enjeu dépasse largement la portée diplomatique de la décision. Cette classification constituait encore un obstacle majeur pour les établissements financiers étrangers susceptibles de travailler avec des acteurs syriens.

Mohammed Safwat Raslan a ainsi présenté la décision américaine comme une « étape historique » permettant à la Syrie de retrouver sa place dans l’économie mondiale.

Les banques syriennes peuvent renouer avec l’étranger

Une grande partie des sanctions économiques américaines avait déjà été progressivement supprimée. Le programme général de sanctions avait été interrompu en 2025, tandis que le Congrès avait abrogé le Caesar Act, l’un des principaux dispositifs ayant isolé économiquement la Syrie.

Mais la présence du pays sur la liste américaine des États soutenant le terrorisme continuait de faire peser un risque juridique et financier suffisamment important pour décourager de nombreuses banques internationales.

Le Trésor américain a désormais confirmé que les institutions financières peuvent servir des clients syriens, effectuer des paiements impliquant des banques du pays et nouer des relations de correspondance bancaire avec elles.

Cette normalisation pourrait notamment faciliter le retour de la Syrie dans les grands circuits internationaux de paiement et améliorer son accès au réseau bancaire mondial.

Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, estime que cette évolution doit également favoriser de nouveaux investissements et contribuer à la stabilisation économique du pays.

La reconstruction syrienne en ligne de mire

Après plus d’une décennie de guerre, l’enjeu financier est immense.

La reconstruction nécessite des capitaux considérables, alors que les sanctions et l’isolement bancaire avaient longtemps rendu extrêmement difficiles les investissements, les transferts internationaux et le financement de grands projets.

La normalisation financière pourrait désormais profiter en priorité aux banques, aux télécommunications, aux technologies et aux infrastructures.

Elle ne signifie toutefois pas la disparition de toutes les restrictions.

Les sanctions visant certains responsables de l’ancien régime de Bachar el-Assad, les personnes accusées de violations des droits humains et les réseaux impliqués dans le trafic de captagon restent notamment en vigueur.

La Syrie demeure également placée sous surveillance internationale en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement illicite.

L’Union européenne accompagne le mouvement

L’Union européenne a elle aussi progressivement changé de politique envers Damas.

Les sanctions économiques européennes avaient été levées en mai 2025, à l’exception notamment des restrictions concernant les armes et certaines technologies susceptibles d’être utilisées à des fins de répression.

Bruxelles a depuis accéléré la normalisation de ses relations avec les nouvelles autorités syriennes. L’accord de coopération entre l’Union européenne et la Syrie, partiellement suspendu depuis 2011, a été pleinement réactivé en mai.

Un dialogue politique de haut niveau a également repris avec Damas pour la première fois depuis la guerre civile.

Certaines sanctions individuelles restent néanmoins maintenues contre des personnalités liées à l’ancien régime.

Une image soigneusement choisie par Damas

C’est dans ce contexte que prend tout son sens la vidéo d’Ahmed al-Sharaa.

En choisissant non pas une réunion de banquiers ou une cérémonie officielle, mais le paiement d’un simple café, les autorités syriennes ont cherché à rendre immédiatement visible une transformation économique abstraite.

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