19 Août 2026, mer

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Trump réduit les exercices militaires avec Séoul au nom de sa « très bonne relation » avec Kim Jong Un

Trump réduit les exercices militaires avec Séoul au nom de sa « très bonne relation » avec Kim Jong Un

ParGrandes Lignes

Donald Trump a ordonné une réduction importante des exercices militaires conjoints entre les États-Unis et la Corée du Sud, quelques heures avant le lancement d’Ulchi Freedom Shield. Le président américain invoque leur coût et sa « très bonne relation » avec Kim Jong Un, au risque de raviver les interrogations sur l’engagement de Washington auprès de son allié sud-coréen.

À la veille de l’un des principaux exercices militaires organisés chaque année dans la péninsule coréenne, Donald Trump a décidé d’en réduire l’ampleur.

Le président américain a annoncé dimanche avoir demandé au secrétaire à la Défense Pete Hegseth de « réduire substantiellement » Ulchi Freedom Shield, onze jours de manœuvres conjointes destinées à préparer les forces américaines et sud-coréennes à une éventuelle attaque de la Corée du Nord.

L’exercice a néanmoins commencé lundi comme prévu, l’annonce présidentielle étant intervenue trop tard pour permettre son annulation.

Plus de 18 000 militaires sud-coréens doivent y participer aux côtés des forces américaines. Les opérations prévues portent notamment sur la réponse aux attaques de drones et aux cyberattaques.

Trump dénonce un exercice « coûteux » et « hostile »

Dans son message publié sur les réseaux sociaux, Donald Trump a repris un argument qu’il défend depuis son premier mandat : les États-Unis supporteraient une part excessive du coût de leur dispositif militaire en Corée du Sud.

Il a également présenté les manœuvres comme un mauvais signal envoyé à Pyongyang.

Selon lui, la Corée du Nord s’est montrée « inoffensive et respectueuse » depuis son retour à la Maison-Blanche. Il a ainsi justifié sa décision par sa « très bonne relation » avec Kim Jong Un.

Trump et le dirigeant nord-coréen entretiennent une relation singulière depuis leur spectaculaire rapprochement durant le premier mandat du président américain. Leurs rencontres n’avaient cependant pas abouti à un accord permettant la dénucléarisation de la Corée du Nord.

Séoul espère désormais que cette proximité personnelle pourra favoriser une reprise du dialogue.

La présidence sud-coréenne a déclaré souhaiter que la « relation amicale » entre les deux dirigeants contribue à rouvrir les discussions avec Pyongyang.

Une Corée du Nord qui continue de renforcer son arsenal

La décision américaine intervient pourtant alors que les capacités militaires nord-coréennes continuent de progresser.

Pyongyang développe son arsenal nucléaire et fournit des troupes ainsi que des missiles à la Russie pour soutenir sa guerre contre l’Ukraine, selon les renseignements américains.

La semaine dernière encore, la Corée du Nord a procédé au lancement d’un missile balistique depuis sa côte orientale. Le projectile a parcouru plus de 700 kilomètres, selon l’armée sud-coréenne.

L’évaluation annuelle des menaces publiée en mars par les services de renseignement américains décrivait par ailleurs les États-Unis comme un « adversaire potentiel » aux yeux de Pyongyang et estimait que le régime restait déterminé à développer ses armements stratégiques.

C’est précisément cette situation qui rend la réduction des exercices particulièrement sensible.

Washington reproche à Séoul son absence dans le détroit d’Ormuz

La décision de Trump ne concerne pas uniquement la Corée du Nord.

Dans son message, le président a également reproché à Séoul de ne pas avoir suffisamment soutenu les opérations américaines contre l’Iran.

Depuis plusieurs mois, son administration demande aux pays particulièrement dépendants du pétrole transitant par le détroit d’Ormuz de contribuer davantage à sa sécurisation.

La Corée du Sud, le Japon et la Chine figurent parmi les pays visés.

Washington souhaiterait notamment que Séoul mobilise certaines de ses capacités navales. Le secrétaire d’État Marco Rubio a récemment souligné l’expertise sud-coréenne en matière de déminage.

La réponse de Séoul reste prudente. Le déploiement de militaires sud-coréens à l’étranger est soumis à des contraintes légales et nécessite l’approbation de l’Assemblée nationale.

Le gouvernement a néanmoins indiqué discuter avec Washington d’une éventuelle contribution et avoir étudié une participation progressive aux opérations permettant de sécuriser la navigation dans le détroit.

La question du financement refait surface

Donald Trump conteste depuis longtemps le partage du coût de la présence militaire américaine dans la péninsule.

Environ 28 500 soldats américains sont stationnés en Corée du Sud.

Durant son premier mandat, Trump avait accusé Séoul de profiter de la protection américaine et réclamé une contribution pouvant atteindre 5 milliards de dollars par an. Pendant la campagne présidentielle de 2024, il avait évoqué un montant allant jusqu’à 10 milliards.

L’administration Biden avait entre-temps conclu un accord de partage des coûts sur cinq ans, prévoyant une contribution sud-coréenne d’environ 1 520 milliards de wons, soit près de 1,1 milliard de dollars.

La coopération économique et stratégique entre les deux pays dépasse pourtant largement le financement des troupes.

La Corée du Sud investit notamment dans l’industrie navale américaine, considérée par la Maison-Blanche comme un secteur stratégique dans lequel les États-Unis doivent renforcer leurs capacités.

Une décision qui pourrait inquiéter Séoul

Certains spécialistes redoutent désormais que la réduction d’Ulchi Freedom Shield ne fragilise la confiance de la Corée du Sud envers son allié.

Patrick Cronin, spécialiste de la sécurité asiatique à l’Institut Hudson, estime que Washington a plus que jamais besoin de Séoul pour maintenir la dissuasion dans la péninsule et renforcer sa base industrielle dans des secteurs tels que la construction navale et les semi-conducteurs.

La question nucléaire ajoute une dimension supplémentaire.

Depuis plusieurs années, Washington cherche à convaincre la Corée du Sud qu’elle n’a pas besoin de développer son propre arsenal atomique, en lui garantissant que la protection américaine demeure solide.

Toute décision susceptible de faire douter Séoul de cet engagement peut donc avoir des conséquences dépassant largement la taille d’un exercice militaire.

En choisissant de réduire ces manœuvres tout en mettant en avant sa relation personnelle avec Kim Jong Un, Donald Trump renoue ainsi avec une diplomatie déjà expérimentée lors de son premier mandat : privilégier le dialogue direct avec le dirigeant nord-coréen, quitte à bousculer les certitudes de l’un des principaux alliés des États-Unis en Asie.

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