Iryna Moudra, cheffe adjointe de l’administration présidentielle, a été limogée mercredi par Volodymyr Zelensky, alors que les autorités anticorruption ukrainiennes lançaient une vaste opération impliquant des responsables politiques et des membres de l’appareil présidentiel. Des perquisitions auraient notamment visé des locaux liés à l’ancienne responsable.
Une nouvelle affaire de corruption atteint les étages supérieurs du pouvoir ukrainien. Volodymyr Zelensky a démis mercredi Iryna Moudra de ses fonctions de cheffe adjointe de l’administration présidentielle, le jour même du lancement d’une importante opération du Bureau national anticorruption ukrainien (NABU).
Les enquêteurs cherchent à établir l’existence et le fonctionnement d’une organisation criminelle présumée qui aurait réuni des parlementaires, d’anciens élus et de hauts responsables de l’administration présidentielle.
Les médias ukrainiens rapportent que des perquisitions ont été menées dans des locaux liés à Iryna Moudra ainsi qu’au député Vadym Stolar.
Une opération baptisée « Forest Gump »
Le NABU mène ses investigations avec le Parquet spécialisé anticorruption (SAP). Les deux institutions affirment chercher à démanteler une organisation qui aurait fonctionné sous la direction d’un député actuellement en fonction et d’un ancien parlementaire.
Plusieurs autres personnes seraient concernées, parmi lesquelles de hauts responsables de l’administration présidentielle.
Dans un premier temps, les enquêteurs n’ont pas dévoilé l’identité de l’ensemble des suspects ni détaillé précisément les infractions qui leur sont reprochées.
L’opération a reçu le nom de code « Forest Gump ».
Des extraits de conversations interceptées ont toutefois été rendus publics par le NABU. Certains échanges semblent faire référence à l’enregistrement de biens au nom d’enfants ainsi qu’à des interlocuteurs ou des interventions liés à l’administration présidentielle. L’identité des personnes entendues dans ces enregistrements n’a pas été officiellement révélée.
Une responsable chargée de la justice à la présidence
La position occupée par Iryna Moudra rend l’affaire particulièrement sensible.
Au sein de l’administration présidentielle, elle était chargée des questions juridiques et des réformes judiciaires, deux domaines essentiels dans la lutte menée par l’Ukraine contre la corruption et dans son rapprochement avec l’Union européenne.
Avant de rejoindre la présidence, elle avait occupé les fonctions de vice-ministre de la Justice.
Son limogeage intervient le jour même des opérations du NABU, même si la présidence n’a pas publiquement établi de lien judiciaire entre son départ et les faits actuellement examinés par les enquêteurs.
Le député Vadym Stolar également cité
Les perquisitions auraient également concerné des locaux associés à Vadym Stolar.
Le député avait été élu sous les couleurs de « Plateforme d’opposition Pour la vie », formation considérée comme prorusse et interdite après le déclenchement de l’invasion russe à grande échelle en 2022.
Il siège désormais au sein du groupe parlementaire « Restauration de l’Ukraine », qui rassemble notamment plusieurs anciens élus issus de la formation dissoute.
Son éventuel rôle dans le dossier devra être précisé par la suite des investigations.
Une nouvelle affaire sensible pour le pouvoir ukrainien
L’opération Forest Gump intervient alors que le NABU et le SAP multiplient les investigations concernant des soupçons de corruption dans les plus hautes sphères de l’État.
Plusieurs anciens ministres, responsables gouvernementaux et personnalités ayant évolué dans l’entourage du président sont déjà concernés par différentes procédures.
Volodymyr Zelensky n’est lui-même visé par aucune des accusations annoncées dans cette nouvelle opération. Mais l’implication présumée de responsables appartenant à son administration accroît la pression politique sur la présidence.
Le dossier revêt également une importance particulière pour les relations entre Kiev et l’Union européenne. L’indépendance de la justice, l’efficacité des institutions anticorruption et la capacité à poursuivre des responsables de haut rang font partie des critères étroitement surveillés dans le cadre du processus d’adhésion ukrainien.
La prochaine étape sera désormais la publication par le NABU et le SAP des éléments détaillés de l’opération Forest Gump, qui permettra de déterminer l’ampleur exacte du réseau présumé et les responsabilités individuelles des personnes concernées.














