20 Août 2026, jeu

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En Ukraine, les affaires de corruption se rapprochent du pouvoir de Zelensky

En Ukraine, les affaires de corruption se rapprochent du pouvoir de Zelensky

ParGrandes LignesAFP

Plusieurs enquêtes menées par les institutions anticorruption ukrainiennes mettent en cause d’anciens ministres, collaborateurs et proches de Volodymyr Zelensky. Le président n’est lui-même visé par aucune procédure, mais l’accumulation des dossiers autour de son entourage devient politiquement difficile à contenir.

La lutte anticorruption ukrainienne atteint désormais des personnalités qui ont occupé certaines des fonctions les plus proches de la présidence. Mercredi, Volodymyr Zelensky a limogé sa cheffe adjointe de cabinet, Iryna Mudra, au moment où les enquêteurs dévoilaient une nouvelle affaire impliquant plusieurs hauts responsables.

Le Bureau national de lutte contre la corruption (NABU) soupçonne l’existence d’une organisation criminelle qui aurait participé au blanchiment d’environ 150 millions de hryvnias, soit près de 3 millions d’euros. Cette somme aurait servi à payer la caution d’un suspect déjà impliqué dans une importante affaire de corruption.

Parmi les personnes concernées figureraient un député en exercice, un ancien parlementaire ainsi que deux dirigeants d’une banque publique. Les éléments communiqués par les enquêteurs semblent désigner Sense Bank.

Cette nouvelle procédure, baptisée « Forest Gump », prolonge surtout une affaire beaucoup plus vaste : l’opération « Midas », qui porte sur des soupçons de corruption au sein du géant public du nucléaire Energoatom.

L’affaire Midas, point de départ d’un vaste réseau présumé

Dévoilée en novembre 2025 par le NABU et le Parquet spécialisé anticorruption (SAPO), l’opération Midas est devenue l’un des dossiers de corruption les plus importants depuis l’arrivée de Volodymyr Zelensky au pouvoir.

Après plus d’un an d’investigations, les enquêteurs ont décrit un système dans lequel des personnes extérieures à Energoatom auraient exercé une influence considérable sur l’entreprise publique.

Selon leur scénario, certains fournisseurs auraient dû verser des commissions représentant entre 10 et 15 % de la valeur de leurs contrats afin d’obtenir le déblocage de paiements. Quelque 85 millions d’euros auraient été blanchis dans le cadre de ce mécanisme présumé.

L’ancien ministre de la Justice et de l’Énergie Herman Halouchtchenko a notamment été accusé de blanchiment d’argent et de participation à une organisation criminelle.

En février, les enquêteurs ont affirmé que plusieurs millions de dollars, d’euros et de francs suisses liés au système présumé avaient été transférés ou mis à disposition de membres de sa famille.

C’est sa caution qui constitue désormais l’un des points de départ de l’opération Forest Gump.

Une banque au centre des nouvelles investigations

Les enquêteurs cherchent à comprendre comment environ 3 millions d’euros auraient été mobilisés pour financer la caution d’Herman Halouchtchenko.

Des documents judiciaires rendus publics par des parlementaires ukrainiens indiquent que Sense Bank aurait joué un rôle dans certaines transactions.

Le NABU a également diffusé des conversations enregistrées impliquant Iryna Mudra. L’ancienne responsable de la présidence y évoque la banque, ses dirigeants et de possibles interventions politiques en sa faveur.

Dans l’un de ces échanges, elle mentionne notamment une personne appelée « David » ainsi que le président d’une commission parlementaire. Les enquêteurs n’ont toutefois pas établi publiquement si ce prénom désigne David Arakhamia, chef du groupe parlementaire Serviteur du peuple.

Un autre nom apparaît : « Timur ».

La description donnée dans les conversations semble renvoyer à Timur Mindich, ancien partenaire commercial et ami de longue date de Volodymyr Zelensky, déjà impliqué dans l’affaire Midas.

De Kvartal 95 au scandale Energoatom

La présence de Timur Mindich dans ces investigations est particulièrement embarrassante pour le pouvoir.

Bien avant l’entrée de Zelensky en politique, les deux hommes appartenaient au même environnement professionnel. Mindich est copropriétaire de Kvartal 95, la société de production cofondée par l’actuel président ukrainien.

Soupçonné dans l’opération Midas, il a quitté l’Ukraine pour Israël en novembre 2025.

Son nom apparaît également dans une autre procédure, baptisée « Dynasty ». Les enquêteurs soupçonnent plus de 8,8 millions d’euros d’avoir été blanchis par l’intermédiaire d’un complexe résidentiel de luxe situé en périphérie de Kiev. Une partie des fonds proviendrait de mécanismes de corruption présumés, notamment liés à Energoatom.

Mais cette enquête concerne une personnalité encore plus proche du chef de l’État.

Andriy Iermak, l’ancien bras droit de Zelensky

Pendant plusieurs années, Andriy Iermak a été l’un des hommes les plus puissants d’Ukraine.

Chef de l’administration présidentielle entre 2020 et 2025, il était à la fois un proche confident de Zelensky et un acteur central de la politique intérieure, de la diplomatie et de la gestion politique de la guerre.

En mai 2026, le NABU et le SAPO l’ont désigné comme suspect dans l’affaire Dynasty. La justice a ordonné son placement en détention avec possibilité de libération sous caution, fixée à environ 2,7 millions d’euros. La somme a été versée.

Iermak conteste les accusations.

L’ancien vice-Premier ministre Oleksiy Chernyshov, qui a occupé plusieurs postes importants sous Zelensky et est présenté comme un proche de la famille présidentielle, apparaît également dans cette enquête.

À cette liste s’ajoute Rostyslav Shurma, ancien chef adjoint de l’administration présidentielle chargé des questions économiques. Il est soupçonné, avec son frère Oleh et plusieurs autres personnes, d’abus dans le système ukrainien de subventions aux énergies renouvelables.

Les enquêteurs évaluent le préjudice présumé à environ 2,7 millions d’euros. Rostyslav Shurma, qui se trouve à l’étranger, nie les faits qui lui sont reprochés.

L’Europe observe attentivement

Cette accumulation intervient à un moment déterminant pour l’avenir européen de l’Ukraine.

Les négociations d’adhésion avec l’Union européenne placent l’État de droit, le fonctionnement de la justice, les marchés publics et le contrôle financier parmi les critères fondamentaux permettant d’évaluer les progrès du pays.

L’efficacité et surtout l’indépendance du NABU et du SAPO sont donc observées de très près à Bruxelles.

La question est également extrêmement sensible en Ukraine. En 2025, des dizaines de milliers de personnes étaient descendues dans les rues après une tentative de réduction des pouvoirs des deux institutions anticorruption.

La mobilisation avait montré que, malgré la guerre, la corruption restait une préoccupation politique majeure pour une partie importante de la société ukrainienne.

Un problème politique pour Zelensky

Aucune des procédures actuellement évoquées ne met personnellement en cause Volodymyr Zelensky. Il n’a été désigné comme suspect dans aucune de ces enquêtes.

Mais politiquement, cette distinction devient plus difficile à faire valoir à mesure que la liste s’allonge.

Un ancien chef de cabinet, plusieurs anciens hauts responsables de la présidence, des ministres et un ami de longue date du président apparaissent désormais dans différentes investigations. Chaque nouveau dossier renforce donc les interrogations sur l’environnement dans lequel le pouvoir ukrainien a fonctionné ces dernières années.

La situation est d’autant plus délicate que Zelensky avait bâti une partie de son ascension politique en 2019 sur une promesse : rompre avec les pratiques de l’ancien système et combattre la corruption qui minait les institutions ukrainiennes.

Sept ans plus tard, les enquêtes menées par les institutions chargées précisément de remplir cette mission se rapprochent désormais de son premier cercle.

Le défi pour le président ukrainien consiste donc autant à laisser la justice travailler qu’à convaincre l’opinion ukrainienne et ses partenaires européens que la proximité personnelle ou politique avec le sommet de l’État n’offre aucune protection.

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