27 Août 2026, jeu

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Après près d’un demi-siècle d’isolement, la Syrie tourne la page de la liste noire américaine

Après près d’un demi-siècle d’isolement, la Syrie tourne la page de la liste noire américaine

ParGrandes LignesAFP

Washington a retiré la Syrie de sa liste des États soutenant le terrorisme, mettant fin à une désignation remontant à 1979. Pour le président Ahmed al-Sharaa, cette décision « efface une tache sombre » et ouvre une nouvelle étape dans la reconstruction économique et la réintégration internationale du pays.

La Syrie referme l’un des plus longs chapitres de son isolement international. Après près de 47 ans passés sur la liste américaine des États soutenant le terrorisme, Damas en a officiellement été retiré par Washington.

Le président syrien Ahmed al-Sharaa a célébré cette décision comme un changement d’époque pour son pays, engagé dans une difficile reconstruction après plus d’une décennie de guerre.

« Aujourd’hui, la Syrie se débarrasse d’une tache sombre et tourne une page douloureuse de son passé pour s’engager sur la voie du développement, de la reconstruction et du redressement », a-t-il déclaré mardi.

Le dirigeant syrien a également adressé ses remerciements au président américain Donald Trump ainsi qu’aux pays ayant accompagné le rapprochement diplomatique de Damas avec la communauté internationale.

Une désignation qui remontait à 1979

La Syrie figurait sur la liste américaine depuis décembre 1979, sous la présidence de Jimmy Carter.

Cette classification avait entraîné pendant des décennies d’importantes restrictions : limitations de l’aide américaine, interdiction des exportations d’armes, contrôle renforcé des biens à double usage et obstacles aux relations commerciales et financières.

Ces contraintes s’étaient ensuite superposées aux multiples sanctions adoptées contre le régime de Bachar al-Assad pendant la guerre civile.

La chute de ce dernier en 2024 et l’arrivée au pouvoir des nouvelles autorités ont progressivement modifié les relations entre Washington et Damas.

Les États-Unis avaient annoncé dès juillet leur intention de retirer la Syrie de cette liste. La rencontre entre Ahmed al-Sharaa et Donald Trump à la Maison-Blanche, en novembre 2025, avait constitué une nouvelle étape du rapprochement.

L’ancien groupe d’al-Sharaa également retiré de la liste terroriste

Washington a parallèlement révoqué la désignation terroriste visant le Front al-Nosra, devenu par la suite Hayat Tahrir al-Sham (HTS).

Le mouvement avait constitué la branche syrienne d’Al-Qaïda avant de rompre avec l’organisation en 2016. Ahmed al-Sharaa en était le dirigeant avant que HTS ne prenne la tête de l’offensive ayant provoqué la chute de Bachar al-Assad.

Cette décision américaine est donc particulièrement importante pour les nouvelles autorités syriennes, qui cherchent depuis leur arrivée au pouvoir à obtenir une reconnaissance internationale et à rompre avec leur passé jihadiste.

Washington veut ouvrir la porte aux investisseurs

La portée économique de la décision pourrait être considérable.

Le département américain du Trésor a accompagné le retrait de la Syrie d’un nouvel allègement des sanctions. Pour Washington, il s’agit notamment de supprimer les derniers obstacles majeurs empêchant les entreprises et les institutions financières d’investir dans le pays.

Le secrétaire d’État Marco Rubio a estimé que cette nouvelle politique offrait à la Syrie une « voie vers la prospérité ».

Selon lui, la suppression de ces restrictions doit favoriser les investissements privés, accélérer la reprise économique et permettre au pays de retrouver progressivement sa place dans l’économie mondiale.

À Damas, le ministre des Affaires étrangères, Assad al-Shaibani, parle d’un « jalon historique ». Le ministre des Finances, Mohammed Barnieh, y voit pour sa part une possibilité d’attirer des capitaux, mais également des technologies nécessaires à la modernisation du pays.

Une reconstruction estimée à 216 milliards de dollars

Les besoins sont gigantesques.

La Banque mondiale estime à environ 108 milliards de dollars les dégâts matériels directs causés aux infrastructures syriennes. Le coût total de la reconstruction atteindrait environ 216 milliards de dollars, soit près de dix fois le produit intérieur brut syrien de 2024.

Routes, logements, réseaux électriques, infrastructures sanitaires, industries et services publics doivent être reconstruits ou profondément modernisés.

Plus de dix années de guerre ont également bouleversé la démographie du pays. Environ 500 000 personnes ont été tuées et près de la moitié des quelque 22 millions d’habitants que comptait la Syrie avant le conflit ont été déplacés. Une grande partie n’est toujours pas rentrée.

La capacité du gouvernement d’Ahmed al-Sharaa à attirer des capitaux étrangers apparaît donc comme l’une des conditions essentielles du redressement économique.

Une nouvelle étape, mais pas la fin de toutes les restrictions

La décision américaine ne signifie pas que toutes les sanctions visant des responsables ou organisations liés à la Syrie disparaissent automatiquement. Des mesures ciblées peuvent continuer de s’appliquer, notamment contre des personnes accusées de violations des droits humains ou d’activités criminelles.

Mais le changement de statut du pays constitue une rupture majeure.

Avec la radiation de la Syrie, seuls Cuba, l’Iran et la Corée du Nord demeurent sur la liste américaine des États soutenant le terrorisme.

Pour Damas, l’enjeu est désormais de transformer cette normalisation diplomatique en investissements réels. Après avoir cherché à sortir de son isolement politique, la nouvelle Syrie doit maintenant convaincre banques, entreprises et investisseurs que son retour dans l’économie mondiale peut s’inscrire dans la durée.

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