17 Août 2026, lun

[gl_scroll_menu]

Chine, pétrole, banques : jusqu’où Scott Bessent peut-il pousser l’isolement économique de l’Iran ?

Chine, pétrole, banques jusqu’où Scott Bessent peut-il pousser l’isolement économique de l’Iran

ParGrandes Lignes

L’administration Trump promet des mesures économiques d’une ampleur inédite contre l’Iran, mais dispose désormais de moins de leviers faciles à actionner après des années de sanctions. Pour aller plus loin, le secrétaire au Trésor Scott Bessent pourrait devoir s’attaquer aux partenaires qui permettent encore à Téhéran de vendre son pétrole, de récupérer ses revenus et de commercer avec l’étranger au risque de provoquer des répercussions bien au-delà de l’Iran.

Les mesures précises envisagées par Washington n’ont pas encore été dévoilées. Plusieurs points de pression subsistent néanmoins, de la Chine aux circuits financiers utilisés par Téhéran, en passant par les navires de sa « flotte fantôme ».

Le problème pour les États-Unis est que les sanctions susceptibles de faire réellement mal à l’économie iranienne sont aussi celles qui pourraient devenir les plus coûteuses pour Washington et ses partenaires.

S’attaquer aux achats chinois de pétrole

La Chine constitue probablement le levier le plus important.

Plus de 90 % des exportations pétrolières iraniennes sont actuellement achetées par des acteurs chinois. Réduire ces flux priverait directement Téhéran de l’une de ses principales sources de devises.

Washington a déjà sanctionné certaines raffineries et entreprises chinoises impliquées dans l’achat de brut iranien depuis le début de la guerre, fin février. Mais l’administration américaine s’est jusqu’ici gardée de cibler frontalement les grandes banques chinoises qui permettent de financer une partie de ces transactions.

Franchir cette étape augmenterait considérablement la pression.

Les établissements concernés pourraient être contraints de choisir entre leurs activités liées à l’Iran et leur accès au système financier américain.

Mais une offensive de cette nature ouvrirait également un nouveau front avec Pékin, alors qu’une rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping est attendue. La Chine a déjà demandé à certaines entreprises nationales de ne pas se conformer aux sanctions américaines visant plusieurs raffineries.

Le risque est également énergétique. Éliminer davantage de pétrole iranien du marché réduirait l’offre mondiale à un moment où les cours sont déjà élevés.

Couper les circuits permettant à Téhéran de récupérer son argent

Vendre du pétrole ne suffit pas. L’Iran doit ensuite pouvoir utiliser les sommes obtenues.

Une partie des paiements est effectuée en yuans avant de passer par des bureaux de change et des intermédiaires financiers, notamment aux Émirats arabes unis, afin d’être convertie en monnaies utilisables par Téhéran.

Le Trésor américain a déjà ciblé plusieurs de ces réseaux, accusés d’avoir permis la circulation de milliards de dollars en contournant les restrictions internationales.

Scott Bessent pourrait intensifier cette stratégie.

L’objectif ne serait plus seulement d’empêcher l’Iran de vendre ses ressources, mais de rendre beaucoup plus difficile l’accès aux revenus issus des transactions qui parviennent malgré tout à être réalisées.

Cette méthode possède cependant ses limites. Après des décennies de sanctions, Téhéran a développé de nombreux circuits alternatifs. Fermer un intermédiaire peut simplement déplacer les transactions vers d’autres sociétés, d’autres monnaies ou des actifs numériques.

Placer les partenaires commerciaux devant un choix

Washington pourrait également considérablement élargir le principe des sanctions secondaires.

Les entreprises et institutions financières étrangères entretenant des relations commerciales avec l’Iran seraient alors menacées de perdre leur accès au marché ou au système financier américain.

Donald Trump avait utilisé une stratégie comparable contre la Corée du Nord en 2017.

Appliquée à l’Iran, elle donnerait aux sanctions américaines une portée beaucoup plus large que les seuls secteurs pétrolier et bancaire. Toute entreprise devrait alors évaluer si ses activités iraniennes justifient le risque de perdre l’accès aux États-Unis.

La pression toucherait directement la Chine et la Russie, mais pourrait également atteindre des partenaires de Washington.

La Turquie, notamment, conserve d’importants échanges économiques avec son voisin iranien.

Donald Trump a déjà évoqué une variante de cette stratégie en menaçant d’imposer des droits de douane de 25 % aux pays continuant à commercer avec Téhéran. Cette menace n’a jusqu’ici pas été mise à exécution.

Passer du gel à la confiscation des avoirs

Une autre possibilité serait de s’attaquer directement aux actifs iraniens détenus à l’étranger.

Les États-Unis pourraient tenter de dépasser le simple gel des avoirs pour procéder à leur confiscation, en s’appuyant notamment sur certains précédents utilisés après l’invasion américaine de l’Irak en 2003.

L’efficacité d’une telle mesure reste cependant incertaine.

La quantité d’actifs appartenant directement à l’État iranien et placés sous juridiction américaine serait relativement limitée. Une grande partie des avoirs accessibles se trouve dans des pays tiers.

Washington aurait donc besoin de la coopération de gouvernements étrangers, tandis que les procédures de confiscation seraient juridiquement beaucoup plus complexes que celles permettant simplement de bloquer les fonds.

Traquer la « flotte fantôme » iranienne

Le pétrole iranien continue également de circuler grâce à un réseau de navires et d’intermédiaires destiné à contourner les sanctions.

Washington pourrait étendre son offensive contre cette « flotte fantôme ».

Les États-Unis ont déjà sanctionné plusieurs navires et sociétés soupçonnés de transporter du brut iranien. Une campagne plus agressive pourrait désormais viser l’ensemble de la chaîne logistique : armateurs, assureurs, entreprises intermédiaires, terminaux portuaires et infrastructures facilitant les expéditions.

Combinée au blocus naval déjà imposé aux ports iraniens, une telle stratégie chercherait à rendre chaque étape du transport de pétrole plus difficile, plus coûteuse et plus risquée.

Le dilemme de Washington

Les options existent donc encore, mais les plus puissantes comportent presque toutes un coût.

Frapper les grandes banques chinoises risquerait une confrontation avec Pékin. Réduire davantage les exportations iraniennes pourrait pousser les cours du pétrole à la hausse. Généraliser les sanctions secondaires toucherait également des entreprises de pays alliés. Confisquer des actifs étrangers soulèverait des difficultés juridiques et diplomatiques.

C’est toute la difficulté de la nouvelle stratégie annoncée par Scott Bessent.

Après des années de sanctions, isoler davantage l’Iran suppose désormais de s’attaquer non seulement à Téhéran, mais aussi aux États, banques, entreprises et réseaux qui lui permettent encore de commercer avec le reste du monde.

La rédaction vous conseille