Pyongyang ne voit aucune avancée dans la décision de Donald Trump d’écourter les exercices militaires conjoints entre les États-Unis et la Corée du Sud. Kim Yo Jong affirme que la politique américaine demeure « hostile », tout en assurant que son frère conserve de « bons souvenirs » du président américain et que leur relation personnelle reste « excellente ».
Donald Trump espérait envoyer un signal à Kim Jong Un. La première réponse officielle de Pyongyang montre que le geste ne suffit pas.
La Corée du Nord a minimisé mercredi la réduction spectaculaire des exercices Ulchi Freedom Shield, organisés conjointement par Washington et Séoul. Initialement prévues sur onze jours, les manœuvres doivent finalement s’achever vendredi, soit six jours plus tôt que prévu.
Pour Kim Yo Jong, sœur du dirigeant nord-coréen et figure influente du régime, cette concession ne modifie en rien la situation.
Selon elle, les exercices restent provocateurs et hostiles malgré leur durée raccourcie. Pyongyang considère depuis longtemps ces manœuvres comme une préparation à une éventuelle guerre contre la Corée du Nord.
« La politique hostile des États-Unis reste inchangée »
Kim Yo Jong estime que la réduction des exercices ne mérite ni attention particulière ni commentaire approfondi, puisque rien n’aurait fondamentalement changé dans la politique américaine.
Elle a néanmoins pris soin de distinguer les relations entre les deux gouvernements de celles entretenues personnellement par leurs dirigeants.
« Le chef de notre État garde personnellement de bons souvenirs et des sentiments envers Trump », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter que « la politique hostile des États-Unis reste inchangée ».
La responsable nord-coréenne a également démenti l’existence de communications récentes entre son frère et le président américain.
Donald Trump avait pourtant déclaré lundi que Kim Jong Un avait répondu à une prise de contact et qualifié cette réaction de « très positive ».
Trump veut rencontrer Kim Jong Un
Cette divergence intervient alors que le président américain cherche ouvertement à renouer avec le dirigeant nord-coréen.
Donald Trump pousse son administration à préparer une nouvelle rencontre avec Kim Jong Un, qui pourrait intervenir dès l’automne. Interrogé mercredi à la Maison-Blanche sur la possibilité de discussions avant la fin de l’année, il a affirmé qu’il rencontrerait le dirigeant nord-coréen.
Les deux hommes s’étaient rencontrés à trois reprises durant le premier mandat de Trump, à Singapour, Hanoï puis dans la zone démilitarisée séparant les deux Corées.
Cette diplomatie personnelle n’avait cependant pas permis d’obtenir un accord sur la dénucléarisation.
Depuis, la position de Pyongyang s’est encore durcie. Kim Jong Un cherche désormais à faire reconnaître la Corée du Nord comme une puissance nucléaire et a considérablement renforcé ses capacités militaires.
Des exercices interrompus six jours plus tôt
La réduction d’Ulchi Freedom Shield constitue néanmoins une concession importante.
Quelque 23 000 militaires américains, sud-coréens et issus d’une douzaine d’autres pays participent à ces exercices. Ils doivent préparer les forces alliées à une éventuelle confrontation avec la Corée du Nord.
Quelques jours avant leur lancement, un haut responsable avait même annoncé que l’édition de cette année serait plus importante que les précédentes.
Les entraînements devaient notamment intégrer les nouvelles menaces développées par Pyongyang, avec des scénarios impliquant des drones et des perturbations de signaux GPS.
Mais Donald Trump est intervenu directement.
Il a qualifié les exercices de coûteux, inappropriés et hostiles envers une Corée du Nord qu’il juge désormais « non menaçante et respectueuse ». Sa décision a conduit à leur interruption anticipée.
Séoul pris de court
La rapidité du changement a surpris la Corée du Sud.
Le ministre sud-coréen des Affaires étrangères a reconnu devant les parlementaires que Séoul avait été pris de court par la décision américaine.
L’opposition conservatrice s’inquiète désormais des conséquences pour l’alliance militaire entre les deux pays. Elle estime particulièrement préoccupant qu’un exercice déjà engagé puisse être profondément modifié sur simple décision du président américain.
L’épisode intervient alors que le dispositif militaire des États-Unis en Asie est déjà affecté par la guerre au Moyen-Orient.
Un important bâtiment de guerre américain doit rejoindre la région, tandis que des intercepteurs antimissiles et d’autres équipements précédemment stationnés en Corée du Sud ont été transférés vers le Moyen-Orient après le déclenchement de la guerre contre l’Iran.
Pyongyang s’est considérablement rapproché de Moscou
La réduction des exercices intervient également alors que la Corée du Nord dispose de capacités militaires plus importantes qu’au moment des premières rencontres Trump-Kim.
Depuis 2024, Pyongyang aurait envoyé environ 15 000 soldats combattre aux côtés de la Russie contre l’Ukraine.
En retour, la Corée du Nord aurait obtenu des ressources financières, un soutien diplomatique et des technologies militaires.
Cette coopération avec Moscou a contribué à renforcer l’expérience opérationnelle de l’armée nord-coréenne et ses capacités d’armement.
Kim Yo Jong a toutefois affirmé mercredi que son pays ne prévoyait pas de déployer de nouvelles troupes en Russie, contredisant les déclarations récentes du président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui évoquait l’envoi possible de dizaines de milliers de soldats supplémentaires.
Une ouverture encore sans contrepartie
Donald Trump fait ainsi le pari qu’une réduction de la pression militaire permettra de recréer les conditions d’un dialogue direct avec Kim Jong Un.
Pyongyang ne ferme pas complètement la porte.
En qualifiant toujours d’« excellente » la relation personnelle entre les deux dirigeants, Kim Yo Jong préserve précisément le canal auquel Donald Trump accorde le plus d’importance.
Mais la Corée du Nord refuse pour l’instant de présenter la réduction des exercices comme une concession suffisante. Pour Kim Jong Un, le problème ne réside pas seulement dans la durée des manœuvres militaires : il concerne l’ensemble de la politique américaine dans la péninsule.
Trump vient donc d’effectuer un premier geste sans obtenir, à ce stade, de contrepartie publique de Pyongyang.














