L’ancienne directrice de RT France fait l’objet d’un arrêté ministériel d’expulsion. Les autorités françaises estiment que ses activités portent atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État et participent à des campagnes de désinformation pilotées par Moscou.
La présence de Xenia Fedorova en France est désormais considérée par les autorités comme une menace grave pour l’ordre public.
Mercredi 29 juillet, la préfecture de police de Paris a remis à son avocat un arrêté ministériel d’expulsion. Le document affirme que le comportement de l’ancienne patronne de RT France porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État.
La décision marque une nouvelle étape dans le durcissement de la politique française face aux réseaux d’influence attribués à la Russie.
Accusée de relayer les récits du Kremlin
Dans son arrêté, le ministère de l’Intérieur reproche à Xenia Fedorova de reprendre et de diffuser des discours correspondant aux campagnes de désinformation menées par les autorités russes.
Selon l’administration, ses interventions chercheraient à manipuler l’opinion publique, à affaiblir la confiance des citoyens dans les institutions françaises et européennes et à alimenter les divisions au sein de la société.
Le gouvernement considère ainsi que ses activités ne relèvent plus seulement de l’expression d’une opinion, mais d’une stratégie d’influence susceptible de déstabiliser l’ordre public.
Une présence croissante dans les médias français
Depuis la fermeture de RT France, Xenia Fedorova s’est progressivement installée dans plusieurs médias français.
Elle intervient notamment sur CNews et Europe 1, tient une chronique dans le JDNews et anime une émission consacrée au monde orthodoxe sur Canal+.
En 2025, elle a également publié un livre dans lequel elle accusait les autorités françaises de vouloir la réduire au silence.
Son influence croissante dans ces médias avait déjà suscité des critiques, certains observateurs lui reprochant de défendre régulièrement les positions du Kremlin et de contribuer à banaliser les récits russes sur la guerre en Ukraine.
De Russia Today à RT France
Née en 1980 à Kazan, au Tatarstan, Xenia Fedorova rejoint Russia Today en 2005.
Elle progresse rapidement au sein du groupe audiovisuel public russe. En 2015, elle prend la direction de Ruptly, l’agence vidéo du réseau installée à Berlin, avant de devenir présidente et directrice de l’information de RT France en 2017.
La chaîne se présentait comme une alternative aux médias traditionnels français. Elle s’était notamment fait remarquer pendant le mouvement des Gilets jaunes, accordant une large place aux affrontements, aux violences policières et aux fractures sociales.
Ses détracteurs considéraient cependant que cette ligne éditoriale poursuivait un objectif plus large : fragiliser l’image des démocraties occidentales en mettant systématiquement en avant leurs crises et leurs divisions.
Une chaîne interdite après l’invasion de l’Ukraine
Après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, RT a été interdite dans l’ensemble de l’Union européenne en mars 2022.
La chaîne était accusée de participer directement à la propagande de guerre du Kremlin. Les comptes bancaires de sa filiale française ont ensuite été gelés, entraînant la liquidation de la société.
Malgré ce contexte, Xenia Fedorova avait obtenu une carte de résident valable dix ans en août 2024.
Cette décision avait suscité de vives interrogations, alors que la France soutenait militairement et politiquement l’Ukraine et dénonçait régulièrement les opérations d’influence russes sur son territoire.
Une procédure longtemps jugée difficile
Au printemps, plusieurs responsables politiques avaient demandé au gouvernement de justifier l’absence de mesures prises contre l’ancienne dirigeante de RT France.
Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, l’avait publiquement qualifiée de « propagandiste patentée », tandis que l’Arcom avait été saisie à propos de plusieurs de ses interventions télévisées.
Interpellé à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait alors rappelé qu’une mesure d’expulsion nécessitait des éléments juridiques solides et ne pouvait reposer uniquement sur des prises de position controversées.
Les autorités considèrent désormais que ces éléments sont réunis.
Assignée à résidence à Paris
Dans l’attente de l’exécution de la mesure, Xenia Fedorova est assignée à résidence dans son appartement parisien.
Elle doit se présenter quotidiennement auprès des services de police et ne peut plus se déplacer librement. Elle est également interdite de territoire en Allemagne, où elle avait vécu avant son installation en France.
Son départ forcé vers la Russie reste toutefois difficile à organiser. Les relations diplomatiques et consulaires entre Paris et Moscou sont fortement dégradées depuis le début de la guerre en Ukraine, tandis que les liaisons aériennes directes entre la Russie et l’Union européenne sont suspendues.
Elle pourrait néanmoins quitter volontairement la France ou être prise en charge par les autorités russes selon un itinéraire indirect.
Un recours annoncé
Son avocat, Emmanuel Piwnica, a annoncé le dépôt immédiat d’un recours.
Il présente sa cliente comme une journaliste et estime que son expulsion constitue une atteinte grave à la liberté d’expression.
Le ministère de l’Intérieur défend au contraire une décision de sécurité nationale visant non pas ses opinions, mais son rôle présumé dans une campagne étrangère de désinformation.
La justice devra désormais trancher entre ces deux lectures. Le recours n’étant pas suspensif, l’arrêté demeure applicable pendant toute la durée de la procédure.










