15 Août 2026, sam

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Tchad : Mahamat Idriss Déby gracie Succès Masra et huit figures de l’opposition

Tchad Mahamat Idriss Déby gracie Succès Masra et huit figures de l’opposition

ParGrandes LignesAFP

Condamné à vingt ans de prison, l’ancien Premier ministre et principal opposant tchadien Succès Masra bénéficie d’une grâce présidentielle accordée vendredi par Mahamat Idriss Déby. Huit autres responsables politiques emprisonnés sont concernés par la même mesure.

Après plus d’un an derrière les barreaux, Succès Masra va retrouver la liberté. Le président tchadien Mahamat Idriss Déby a accordé vendredi une grâce à l’ancien Premier ministre et dirigeant du parti Les Transformateurs, l’une des principales formations d’opposition du pays.

Le décret présidentiel concerne également huit responsables politiques appartenant au Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), une plateforme de l’opposition. Le texte prévoit une remise totale des peines privatives de liberté prononcées contre les neuf condamnés.

Cette décision intervient dans un climat politique toujours marqué par les profondes divisions nées de la transition ouverte en 2021 et de la présidentielle de 2024.

Une condamnation à vingt ans de prison

Succès Masra purgeait une peine de vingt ans de réclusion après avoir été reconnu coupable de « diffusion de message à caractère haineux et xénophobe » et de « complicité de meurtre ».

Les huit autres responsables concernés avaient, eux, été condamnés en mai à huit ans de prison ferme. La justice les avait reconnus coupables d’avoir participé à la préparation d’une insurrection.

La grâce présidentielle efface désormais les peines d’emprisonnement qui pesaient sur l’ensemble de ces responsables.

Au sein des Transformateurs, la décision a été accueillie comme une possible ouverture vers une reprise du dialogue politique. Le vice-président du parti, Ndolembai Sadé Njesada, a salué le choix du chef de l’État et exprimé l’espoir de voir pouvoir s’engager de nouvelles discussions entre le pouvoir et ses opposants.

De l’exil à la primature

À 42 ans, Succès Masra occupe depuis plusieurs années une place singulière dans la vie politique tchadienne.

Économiste de formation, il s’est progressivement imposé comme l’une des figures les plus populaires de l’opposition. Son ascension a cependant été marquée par une confrontation particulièrement tendue avec le pouvoir.

À la fin de l’année 2022, il avait quitté le Tchad pour le Cameroun après la répression meurtrière de manifestations contre la prolongation de la transition. Le nombre exact de victimes de ces violences n’a jamais fait l’objet d’un bilan officiel définitif.

Après environ un an d’exil, Succès Masra était finalement rentré au pays à la faveur d’un accord conclu avec les autorités tchadiennes à Kinshasa.

Quelques semaines plus tard, sa nomination au poste de Premier ministre avait profondément modifié le paysage politique. L’un des principaux opposants au pouvoir rejoignait alors l’exécutif à quelques mois de l’élection présidentielle.

Ancien adversaire de Déby à la présidentielle

Cette période de coopération n’avait toutefois pas mis fin à leurs ambitions politiques concurrentes.

Lors de la présidentielle de mai 2024, Succès Masra s’était présenté face à Mahamat Idriss Déby. Il avait terminé deuxième avec près de 20 % des suffrages, contre environ 60 % pour le chef de l’État.

Le scrutin, contesté par une partie de l’opposition, avait consacré Mahamat Idriss Déby à la présidence après trois années de transition militaire.

Il dirigeait le pays depuis avril 2021, lorsqu’il avait pris la tête d’un Conseil militaire de transition après la mort de son père, Idriss Déby Itno. Ce dernier avait gouverné le Tchad pendant trois décennies avant d’être tué lors d’affrontements avec des rebelles.

Un possible signal d’apaisement

La grâce de Succès Masra revêt une portée politique particulière compte tenu du poids de l’ancien Premier ministre dans l’opposition.

En libérant simultanément plusieurs responsables du GCAP, la présidence tchadienne adresse également un signal plus large aux forces politiques hostiles au pouvoir.

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