Arrêté en avril à Pretoria alors qu’il aurait tenté de gagner clandestinement le Zimbabwe, Kemi Séba est désormais au centre d’une procédure d’extradition engagée par le Bénin. Des documents judiciaires sud-africains font état de soupçons de financement russe dans l’organisation de sa fuite, des accusations que l’activiste conteste.
De son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, Kemi Séba est recherché par les autorités béninoises dans le cadre de l’enquête sur la tentative de coup d’État survenue en décembre. Il est également visé par des accusations de blanchiment d’argent et de terrorisme.
La procédure ouverte en Afrique du Sud doit déterminer s’il peut être remis aux autorités de Cotonou.
Une arrestation à Pretoria avant un départ vers le Zimbabwe
Selon les éléments versés au dossier par les procureurs sud-africains, Kemi Séba a été interpellé le 13 avril à Pretoria avec son fils et François van der Merwe, dirigeant du mouvement nationaliste afrikaner Bittereinders.
Les enquêteurs affirment que les trois hommes préparaient une sortie clandestine d’Afrique du Sud. Kemi Séba devait, selon leur version, traverser le fleuve Limpopo pour rejoindre le Zimbabwe.
L’opération aurait été déjouée grâce à des policiers se faisant passer pour des agents de sécurité privés recrutés par François van der Merwe afin d’organiser le passage. Plus de 300 000 rands, soit environ 18 000 dollars, auraient été saisis au moment des arrestations.
Les autorités cherchent désormais à déterminer l’origine de cet argent.
La Direction des enquêtes sur la criminalité prioritaire, connue en Afrique du Sud sous le nom de Hawks, a demandé le concours des services financiers afin de retracer des fonds que François van der Merwe aurait, selon les enquêteurs, reçus de sources russes pour organiser le transfert de Kemi Séba vers le Zimbabwe.
Ces affirmations restent à ce stade des éléments présentés par l’accusation et n’ont pas été établies par un jugement.
Des accusations particulièrement lourdes
Les documents déposés dans le cadre des demandes de remise en liberté sous caution contiennent également des allégations beaucoup plus graves.
Selon les Hawks, les renseignements dont disposaient les autorités sud-africaines indiquaient que Kemi Séba devait rejoindre le Zimbabwe avant de prendre un vol pour l’Europe. Les enquêteurs affirment qu’il aurait projeté d’y préparer des attentats, notamment au Royaume-Uni, et qu’il aurait bénéficié d’un entraînement russe.
Son avocat, Sinenhlanhla Mguni, rejette ces accusations. Il affirme que son client nie avoir préparé des attaques, conteste tout lien de cette nature avec la Russie et s’oppose à son extradition vers le Bénin.
Ni l’ambassade de Russie en Afrique du Sud ni le ministère russe des Affaires étrangères n’avaient répondu aux sollicitations qui leur avaient été adressées au sujet de l’affaire.
Le Bénin réclame son extradition
Cotonou avait émis un mandat d’arrêt international contre Kemi Séba après la tentative de coup d’État de décembre.
Les autorités béninoises lui reprochent notamment d’avoir publiquement salué les militaires impliqués dans la tentative de renversement du pouvoir. Les poursuites engagées contre lui comprennent également des chefs liés au terrorisme et au blanchiment d’argent.
L’examen de la demande d’extradition a commencé mardi devant la justice sud-africaine, avant d’être rapidement reporté au 23 septembre afin de permettre la poursuite des investigations.
Les enquêteurs s’intéressent notamment à des transactions en cryptomonnaies qui auraient servi à financer l’opération présumée de fuite.
Kemi Séba et François van der Merwe restent détenus.
Une alliance inattendue examinée par les enquêteurs
L’un des aspects les plus singuliers du dossier concerne la relation présumée entre Kemi Séba et François van der Merwe.
Le premier s’est fait connaître par son militantisme panafricaniste et son opposition virulente à l’influence française en Afrique. Le second dirige Bittereinders, un mouvement qui revendique ouvertement la défense des intérêts afrikaners en Afrique du Sud.
Malgré des trajectoires idéologiques très différentes, les procureurs estiment que les deux hommes pourraient partager des connexions avec la Russie.
François van der Merwe a notamment participé l’année dernière à Saint-Pétersbourg à une réunion rassemblant plusieurs organisations européennes et internationales d’extrême droite, parmi lesquelles des représentants de l’AfD allemande.
Kemi Séba, figure controversée du militantisme anti-français
Né en France, Kemi Séba s’est imposé depuis plusieurs années comme l’une des figures les plus médiatisées du discours anti-français en Afrique de l’Ouest.
En 2017, son arrestation au Sénégal avait provoqué une importante controverse après qu’il eut brûlé publiquement un billet de franc CFA pour dénoncer les liens monétaires entre plusieurs pays africains et la France. Il avait ensuite été expulsé.
En 2024, les autorités françaises lui ont retiré la nationalité française.
Ses relations présumées avec Moscou avaient déjà attiré l’attention des autorités américaines. En 2022, le département d’État américain avait accusé le groupe Wagner de s’appuyer sur Kemi Séba pour diffuser des récits favorables à la Russie.















