10 Août 2026, lun

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Détroit d’Ormuz : Trump espérait une sortie de crise, l’Iran fait monter les enchères

Détroit d’Ormuz Trump espérait une sortie de crise, l’Iran fait monter les enchères

ParGrandes Lignes
Ormuz

Donald Trump pensait pouvoir obtenir rapidement la réouverture complète du détroit d’Ormuz et présenter cette avancée comme une victoire dans la guerre contre l’Iran. Mais Téhéran vient de durcir considérablement ses conditions, réclamant notamment la levée du blocus américain, le retrait des forces américaines de la région et des réparations de plusieurs milliards de dollars.

Depuis plusieurs semaines, Donald Trump semblait avoir identifié la porte de sortie qu’il recherchait dans la guerre contre l’Iran : obtenir la réouverture du détroit d’Ormuz, rétablir la circulation des hydrocarbures et contenir suffisamment le programme nucléaire iranien pour pouvoir affirmer que les principaux objectifs américains avaient été atteints.

Cette perspective paraissait encore accessible il y a quelques jours. Le président américain multipliait les déclarations optimistes sur l’imminence d’un accord et avait même envisagé, lors de discussions avec ses principaux conseillers, de prolonger le cessez-le-feu sans nécessairement obtenir immédiatement un accord nucléaire définitif.

Mais l’Iran semble avoir compris l’urgence politique et économique qui pèse sur Washington. Et Téhéran entend désormais la transformer en levier de négociation.

Téhéran présente une facture considérable

Les nouvelles exigences iraniennes vont beaucoup plus loin qu’un simple arrangement sur la navigation dans le détroit.

Mohammad Bagher Zolghadr, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a énuméré une série de conditions avant toute réouverture complète : fin définitive de la guerre, levée du blocus naval américain, retrait des forces américaines de la région, suppression des sanctions, dégel des avoirs iraniens détenus à l’étranger et versement de réparations pour les dommages causés par le conflit.

Téhéran réclame également la fin des opérations militaires visant ses alliés dans la région.

Autrement dit, l’Iran tente désormais de transformer la question du détroit d’Ormuz en négociation globale sur l’ensemble du rapport de force avec Washington.

Les États-Unis refusent pour leur part que l’Iran impose des péages aux navires commerciaux ou interdise le passage aux bâtiments militaires américains.

Ormuz est devenu la principale arme de négociation iranienne

Depuis le début de la guerre, la capacité iranienne à perturber la navigation dans le détroit s’est révélée particulièrement efficace.

Les attaques de missiles et de drones, combinées à la menace des mines marines, ont fortement réduit le trafic commercial et entretenu la nervosité sur les marchés énergétiques.

Le détroit est ainsi devenu l’un des principaux moyens de pression dont dispose encore Téhéran.

L’Iran semble désormais partir du principe que Donald Trump souhaite davantage mettre fin au conflit que poursuivre une guerre longue. Cette conviction pourrait expliquer le durcissement de sa position au moment même où Washington espérait pouvoir annoncer une percée diplomatique.

La situation s’est encore compliquée ce week-end après l’annonce par les Émirats arabes unis d’une attaque iranienne contre l’un de leurs navires.

Trump cherche une victoire à présenter aux Américains

Pour la Maison-Blanche, le calendrier devient également politique.

À moins de trois mois des élections de mi-mandat, le prix de l’essence reste nettement supérieur à son niveau d’avant-guerre. Le gallon s’établissait autour de 4 dollars ce week-end, contre un peu plus de 3 dollars un an auparavant.

Donald Trump alterne donc depuis plusieurs semaines entre menaces militaires et déclarations optimistes sur la diplomatie.

Il a récemment affirmé que les États-Unis étaient capables de mener contre l’Iran une attaque d’une puissance sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale, avant d’expliquer avoir renoncé à une nouvelle offensive à la demande de plusieurs partenaires régionaux.

Dans le même temps, il continue d’assurer qu’un accord reste proche.

Pour Washington, une circulation commerciale rétablie dans le détroit permettrait de réduire les tensions sur les marchés pétroliers et offrirait à Donald Trump un argument majeur pour présenter le conflit comme une victoire.

Le nucléaire n’est plus nécessairement le préalable absolu

Le changement le plus important concerne peut-être le programme nucléaire iranien.

Depuis le printemps, Washington affirmait qu’un règlement durable devait garantir que l’Iran ne puisse jamais obtenir l’arme nucléaire. Mais la Maison-Blanche semble désormais considérer que cette menace peut être contenue sans attendre un accord définitif.

Donald Trump estime que les frappes américaines contre les principales installations nucléaires iraniennes ont suffisamment endommagé les capacités de Téhéran pour empêcher une reconstruction rapide du programme.

Washington compte également sur ses capacités de renseignement pour détecter une éventuelle tentative iranienne de reconstituer clandestinement ses infrastructures.

Dans cette logique, la menace de nouvelles frappes servirait de mécanisme de dissuasion.

Si cette stratégie fonctionne et que le détroit est entièrement rouvert, Washington pourrait accepter de prolonger durablement le cessez-le-feu.

L’argent pourrait devenir le principal obstacle

Reste une question particulièrement sensible : celle des concessions financières.

L’Iran réclame plusieurs milliards de dollars de réparations ainsi que le déblocage de ses avoirs gelés à l’étranger.

Donald Trump exclut pour l’instant que de l’argent public américain soit directement versé à Téhéran. Un compromis pourrait toutefois passer par le dégel progressif de certains actifs iraniens, assorti de conditions.

La possibilité d’autoriser à nouveau certaines exportations de pétrole iranien fait également partie des sujets susceptibles d’entrer dans les négociations.

De telles dérogations avaient déjà été accordées lors du précédent cessez-le-feu avant d’être supprimées lorsque les hostilités avaient repris.

Une sortie de guerre devenue beaucoup plus difficile

La stratégie américaine apparaît désormais clairement : contenir durablement le programme nucléaire iranien, rétablir la circulation dans le détroit d’Ormuz et éviter une nouvelle escalade militaire susceptible de faire bondir davantage les prix de l’énergie.

Mais Téhéran semble avoir identifié cette volonté de sortie et cherche à en augmenter le prix.

Donald Trump pensait pouvoir transformer la réouverture d’Ormuz en point final politique de la guerre. L’Iran tente désormais d’en faire le début d’une négociation beaucoup plus vaste sur les sanctions, la présence militaire américaine et l’équilibre des forces au Moyen-Orient.

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