Après près de six mois de guerre, Donald Trump revient vers la négociation avec l’Iran. Non parce que Washington serait militairement à court d’options, mais parce que la puissance de feu américaine n’a toujours pas produit la victoire politique espérée. Le détroit d’Ormuz reste au centre du rapport de force et Téhéran semble avoir compris qu’il possède là son meilleur levier.
Donald Trump avait promis une guerre courte. Il se retrouve désormais devant une équation beaucoup plus inconfortable : comment terminer un conflit sans donner l’impression de reculer devant l’Iran ?
Après plusieurs jours passés à menacer Téhéran d’une offensive militaire d’une ampleur considérable, le président américain revient une nouvelle fois vers la diplomatie. Des discussions doivent reprendre avec un objectif immédiat : permettre la circulation commerciale dans le détroit d’Ormuz.
Mais derrière cette question maritime se joue quelque chose de beaucoup plus important. Donald Trump cherche désormais une issue qu’il puisse présenter comme une victoire.
Et l’Iran le sait.
Ormuz a changé le rapport de force
Militairement, les États-Unis disposent d’une supériorité considérable. Washington peut frapper les installations militaires iraniennes, ses infrastructures énergétiques ou son industrie de défense.
Mais gagner une guerre ne consiste pas seulement à détruire des cibles.
Il faut obtenir un résultat politique.
Or, plusieurs mois après le début du conflit, l’Iran conserve une capacité essentielle : perturber suffisamment le détroit d’Ormuz pour peser sur l’économie mondiale.
C’est probablement le principal succès stratégique de Téhéran dans cette guerre.
En menaçant la navigation commerciale, l’Iran agit indirectement sur les prix du pétrole, sur l’essence payée par les Américains et donc sur la politique intérieure des États-Unis.
Le rapport de force devient alors paradoxal : Washington domine militairement, mais Téhéran conserve la capacité de rendre politiquement coûteuse la poursuite de la guerre.
Trump doit désormais penser aux élections
Cette pression devient d’autant plus importante que les élections américaines de mi-mandat approchent.
Le prix de l’essence reste nettement supérieur à celui observé avant la guerre. Les républicains eux-mêmes commencent à demander à la Maison-Blanche de préciser les objectifs du conflit et, surtout, les conditions permettant d’y mettre fin.
Donald Trump avait initialement laissé entendre que la guerre pourrait être réglée en quelques semaines. Elle entre désormais dans son sixième mois.
Les pertes américaines augmentent également. Dix-huit militaires américains ont été tués depuis février, dont trois récemment lors d’une attaque iranienne contre une base en Jordanie.
Plus le conflit dure, plus la question devient difficile à éluder : qu’est-ce qu’une victoire américaine ?
La destruction des infrastructures nucléaires iraniennes ?
La réouverture d’Ormuz ?
Un nouvel accord nucléaire ?
La capitulation de Téhéran ?
Washington n’a jamais totalement stabilisé sa réponse.
L’Arabie saoudite a pesé dans la décision américaine
Donald Trump avait pourtant préparé l’option militaire.
Le commandement américain travaillait sur une offensive beaucoup plus importante contre les capacités balistiques iraniennes, son industrie militaire et certaines infrastructures stratégiques.
Mais les monarchies du Golfe ont une autre préoccupation : empêcher que leur territoire et leurs installations énergétiques deviennent le prochain champ de bataille.
L’Iran avait clairement laissé entendre qu’une offensive américaine menée avec le soutien logistique des États arabes pourrait entraîner des représailles contre ces derniers.
L’Arabie saoudite a donc poussé Washington vers la désescalade.
Mohammed ben Salmane aurait directement expliqué à Donald Trump qu’un accord restait préférable à une attaque dont personne ne pouvait prévoir les conséquences.
Cette intervention est révélatrice.
Les partenaires régionaux de Washington ne veulent pas nécessairement d’une victoire militaire spectaculaire contre l’Iran. Ils veulent d’abord éviter une guerre régionale incontrôlable.
Israël et les pays du Golfe ne veulent plus exactement la même chose
Cette séquence révèle également une divergence stratégique croissante.
Benjamin Netanyahou continue de considérer l’Iran comme une menace qu’il faut affaiblir durablement par la force.
Riyad semble désormais privilégier la stabilisation.
Donald Trump se retrouve entre ces deux logiques.
Israël pousse vers une pression militaire maximale. Les monarchies du Golfe, directement exposées aux représailles iraniennes, veulent empêcher l’escalade.
Pour l’instant, Washington semble avoir choisi la deuxième voie.
L’Iran a compris l’impatience de Trump
C’est précisément ici que la diplomatie devient dangereuse pour la Maison-Blanche.
Plus Donald Trump montre qu’il souhaite sortir rapidement du conflit, plus Téhéran peut être tenté d’augmenter ses exigences.
Les dirigeants iraniens savent que le président américain veut une baisse des prix de l’énergie, une réouverture du détroit et un résultat suffisamment spectaculaire pour être présenté comme une victoire.
Ils savent également qu’une nouvelle offensive américaine pourrait provoquer des représailles contre les alliés de Washington et les infrastructures pétrolières régionales.
L’Iran n’a donc aucune raison de négocier comme un pays considérant avoir déjà perdu.
Il négocie au contraire avec ce qui lui reste : Ormuz, ses missiles, ses réseaux régionaux et la menace permanente d’une escalade.
Une victoire militaire sans victoire politique
C’est toute la difficulté de la stratégie américaine.
Les États-Unis peuvent probablement infliger à l’Iran des dommages considérablement supérieurs à ceux que Téhéran peut leur infliger directement.
Mais cette asymétrie militaire ne suffit pas à produire une capitulation.
La guerre moderne offre régulièrement ce paradoxe : posséder la supériorité militaire ne signifie pas contrôler les conditions politiques de sortie du conflit.
Donald Trump peut ordonner davantage de frappes.
Il peut renforcer les sanctions.
Il peut maintenir le blocus.
Mais aucune de ces options ne garantit que l’Iran acceptera les conditions américaines.
Et plus Washington frappe, plus augmente le risque d’une extension régionale du conflit.
Trump cherche désormais une définition acceptable de la victoire
La réouverture du détroit d’Ormuz pourrait donc devenir cette définition.
Si la navigation commerciale reprend durablement, que les prix du pétrole reculent et que les capacités nucléaires iraniennes restent suffisamment affaiblies, Donald Trump pourra affirmer que les États-Unis ont atteint leurs principaux objectifs.
Cela permettrait de prolonger le cessez-le-feu et d’ouvrir éventuellement une seconde phase consacrée au nucléaire.
Mais cette stratégie suppose que l’Iran accepte de lui offrir cette sortie.
C’est loin d’être acquis.
Téhéran semble au contraire avoir compris que Washington avait désormais davantage besoin d’un accord qu’il y a quelques mois.
Donald Trump revient donc vers la diplomatie avec une puissance militaire intacte, mais une marge politique réduite.
La question n’est plus seulement de savoir si les États-Unis peuvent encore frapper l’Iran plus durement.
Ils le peuvent.











