ONU
Le premier vote indicatif du Conseil de sécurité n’a pas désigné le futur secrétaire général des Nations unies. Mais il a déjà envoyé un signal politique fort : la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall apparaît aujourd’hui comme l’une des plus fragiles de la course.
Avec seulement quelques soutiens, davantage d’avis défavorables et plusieurs abstentions, Macky Sall sort affaibli de cette première consultation informelle. Rien n’est encore joué, mais les premiers équilibres diplomatiques dessinent une tendance difficile à inverser.
Le problème dépasse d’ailleurs la seule personnalité de l’ancien chef de l’État sénégalais.
Une candidature qui divise davantage qu’elle ne rassemble
Pour plusieurs observateurs, Macky Sall paie d’abord le manque de consensus autour de son nom.
Au Sénégal, son héritage continue de diviser la classe politique et une partie de l’opinion. Le soutien officiel apporté par le président Bassirou Diomaye Faye est arrivé tardivement, sans parvenir à dissiper les réserves exprimées au sein même du pays.
À l’échelle africaine, la situation est tout aussi complexe. Plusieurs États estiment que cette candidature n’a pas suivi les procédures habituelles de consultation au sein de l’Union africaine, ce qui réduit considérablement les chances d’obtenir un soutien continental unanime.
Le principe de rotation joue contre l’Afrique
Au-delà des questions politiques, un autre élément pèse lourd dans cette élection : le principe non écrit de la rotation régionale.
Après plusieurs secrétaires généraux issus d’autres régions, de nombreux États considèrent qu’il revient désormais à l’Amérique latine de diriger les Nations unies.
Cette logique avait déjà permis à l’Afrique d’accéder à ce poste avec Boutros Boutros-Ghali puis Kofi Annan. Remettre aujourd’hui ce principe en question pourrait, selon certains diplomates, fragiliser les intérêts africains lors de futures élections.
Dans ce contexte, maintenir plusieurs candidatures africaines risque davantage de disperser les soutiens que de renforcer les chances du continent.
L’Amérique latine prend une longueur d’avance
Les premiers votes placent plusieurs candidates latino-américaines en position favorable, notamment Rebeca Grynspan et Carolyn Rodrigues-Birkett.
Leur progression s’explique autant par leur expérience internationale que par un contexte diplomatique favorable à l’Amérique latine. Elles bénéficient également d’un argument devenu de plus en plus présent dans les discussions : l’ONU n’a encore jamais été dirigée par une femme en près de quatre-vingts ans d’existence.
Cette dimension politique pourrait peser de plus en plus lourd à mesure que les consultations avanceront.
Une candidature qui reste en lice, mais sous pression
Macky Sall a confirmé qu’il poursuivrait sa campagne jusqu’au bout. Cette décision reste logique à ce stade, les votes indicatifs n’ayant aucune valeur contraignante.
Pour autant, les premiers résultats montrent qu’il figure parmi les candidats les plus en difficulté de cette élection.
La course est loin d’être terminée, mais sauf retournement diplomatique majeur, les prochains tours devraient surtout confirmer une tendance déjà visible : la succession d’António Guterres semble aujourd’hui se jouer bien davantage entre les candidats latino-américains qu’autour des candidatures africaines.











