17 Août 2026, lun

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Todd Blanche prend les commandes de la Justice américaine après un vote à suspense

Todd Blanche prend les commandes de la Justice américaine après un vote à suspense

ParGrandes LignesAFP

Le Sénat américain a confirmé samedi Todd Blanche au poste de procureur général par 50 voix contre 49, au terme de plusieurs semaines de tensions jusque dans les rangs républicains. Ancien avocat personnel de Donald Trump et procureur général par intérim depuis avril, il prend désormais officiellement la direction d’un ministère de la Justice dont les rapports avec la Maison-Blanche suscitent de profondes inquiétudes.

Deux sénatrices républicaines, Susan Collins, du Maine, et Lisa Murkowski, de l’Alaska, ont rejoint l’ensemble des démocrates pour voter contre sa nomination. Le ralliement tardif du républicain Bill Cassidy, de Louisiane, a finalement permis à Todd Blanche d’obtenir la majorité nécessaire.

Une confirmation sauvée par une seule voix

Rarement une nomination de cette importance aura autant divisé la majorité présidentielle.

Depuis le départ de Pam Bondi en avril, Todd Blanche était le deuxième responsable à exercer provisoirement les fonctions de procureur général. Sa confirmation devait lui permettre de sortir de cet intérim et d’asseoir durablement son autorité à la tête du ministère.

Mais plusieurs élus républicains ont progressivement exprimé leurs réserves sur sa capacité à préserver une certaine autonomie du département face à Donald Trump.

Susan Collins et Lisa Murkowski ont finalement considéré que les garanties offertes par Blanche étaient insuffisantes.

« Le pays a besoin d’un procureur général qui contiendra les pires impulsions de cette administration », a déclaré Lisa Murkowski pour justifier son opposition. Elle a dit ne pas avoir suffisamment confiance dans la capacité du nouveau procureur général à remplir cette mission.

Bill Cassidy est arrivé à une conclusion différente. Après avoir lui-même critiqué certaines décisions de Blanche, le sénateur de Louisiane a estimé qu’une confirmation formelle lui donnerait davantage de poids face à la Maison-Blanche que le maintien d’un responsable intérimaire.

Un accord avec Trump devenu le principal obstacle

La bataille s’est largement cristallisée autour du règlement d’un litige opposant Donald Trump à l’administration fiscale américaine.

L’accord prévoyait notamment un fonds fédéral de 1,8 milliard de dollars destiné à indemniser des personnes affirmant avoir été victimes d’abus de la part des autorités. Donald Trump avait défendu ce dispositif, susceptible de bénéficier notamment à certaines personnes poursuivies après l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021.

Le texte comportait également des protections contre certains contrôles fiscaux au bénéfice de Donald Trump, de deux de ses fils et de ses entreprises.

Pour plusieurs sénateurs républicains, ces dispositions allaient beaucoup trop loin.

Susan Collins a notamment dénoncé des garanties fiscales auxquelles les autres contribuables américains n’ont pas accès. Lisa Murkowski a, elle aussi, considéré que la participation de Blanche à l’élaboration de cet accord soulevait une question de fond sur son indépendance.

Des concessions pour débloquer le Sénat

La controverse avait déjà failli faire échouer la nomination en commission judiciaire.

John Cornyn, sénateur du Texas, et Thom Tillis, de Caroline du Nord, avaient refusé dans un premier temps de soutenir Todd Blanche. Après plusieurs jours de négociations, celui-ci leur avait finalement transmis des engagements écrits.

Le fonds de 1,8 milliard de dollars ne devait plus voir le jour et les protections fiscales accordées au président devaient être réduites.

Ces concessions avaient permis à Cornyn et Tillis de lever leurs objections et à la nomination d’atteindre le Sénat en séance plénière.

Elles n’ont toutefois pas convaincu Collins et Murkowski. Cette dernière redoute notamment que les engagements puissent être remis en cause une fois la confirmation obtenue et que le fonds soit rétabli sous une autre forme.

L’indépendance du ministère au centre des inquiétudes

Derrière les controverses fiscales se trouve une question beaucoup plus large : celle des relations entre le ministère de la Justice et Donald Trump.

Depuis son retour au pouvoir, le président américain revendique une autorité particulièrement étendue sur les décisions du département. Ses adversaires dénoncent une politisation croissante de l’institution et l’utilisation de ses moyens contre ses opposants.

Todd Blanche, qui dirigeait déjà le ministère par intérim, est accusé par ses détracteurs d’avoir accompagné cette évolution plutôt que de chercher à la freiner.

Le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a ainsi dénoncé sa confirmation et promis que son camp continuerait de s’opposer à ce qu’il considère comme une remise en cause de l’État de droit.

La gestion de la publication des dossiers Jeffrey Epstein, supervisée par Blanche, a également été invoquée par Lisa Murkowski parmi les motifs de son opposition.

Le pari de Bill Cassidy

Le vote de Bill Cassidy aura finalement été déterminant.

Le sénateur de Louisiane a reconnu que Todd Blanche avait fait preuve de « mauvais jugement » dans le dossier du fonds d’indemnisation et des protections fiscales. Ses discussions avec lui l’auraient néanmoins convaincu que le procureur général par intérim avait pris conscience de ses erreurs.

Cassidy dit également avoir été influencé par la possibilité évoquée par Donald Trump de maintenir Blanche indéfiniment dans ses fonctions intérimaires si le Sénat refusait de le confirmer.

Dans cette hypothèse, estime-t-il, le Congrès aurait disposé de moins de moyens de pression.

L’ancien procureur général William Barr est lui aussi intervenu en faveur de Todd Blanche auprès de plusieurs sénateurs. Selon lui, l’ancien avocat du président disposerait de la confiance et de l’accès nécessaires pour tempérer certaines demandes de Donald Trump en privé.

Un procureur général désormais pleinement exposé

Avec cette confirmation acquise à une seule voix, Todd Blanche obtient finalement le statut qu’il recherchait depuis plusieurs mois. Mais le débat qui a précédé le scrutin continuera de peser sur son mandat.

Ses engagements concernant le fonds de 1,8 milliard de dollars et les avantages fiscaux accordés à Donald Trump seront désormais scrutés. Sa capacité à résister aux demandes de la Maison-Blanche le sera tout autant.

Après avoir été pendant des années l’avocat et l’un des plus fidèles défenseurs de Donald Trump, Todd Blanche prend officiellement la tête d’une institution dont il devra désormais démontrer qu’elle peut encore défendre ses propres prérogatives.

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