Unitree Robotics a fait une entrée spectaculaire à la Bourse de Shanghai, son action bondissant de 460 % dès ses débuts. Désormais valorisé à 51 milliards de dollars, le fabricant chinois de robots humanoïdes cristallise les ambitions de Pékin dans la robotique, au moment où les États-Unis renforcent leurs restrictions contre cette industrie.
Des robots capables de danser, d’exécuter des mouvements de kung-fu ou d’enchaîner des saltos ont fait connaître Unitree auprès du public chinois. C’est désormais sur les marchés financiers que l’entreprise de Hangzhou vient de réaliser sa démonstration la plus spectaculaire.
Pour sa première séance sur le marché STAR de Shanghai, l’équivalent chinois du Nasdaq, l’action du fabricant de robots humanoïdes a grimpé de 460 %. Cette envolée porte sa capitalisation boursière à environ 51 milliards de dollars.
Une valorisation considérable pour une entreprise qui a réalisé l’an dernier environ 250 millions de dollars de chiffre d’affaires et 40 millions de bénéfices. Les investisseurs parient donc massivement sur son potentiel plutôt que sur ses résultats actuels.
Une introduction en Bourse prise d’assaut
L’enthousiasme était perceptible avant même les premières cotations.
Près de 9,8 millions d’investisseurs ont tenté d’obtenir des actions Unitree lors de l’introduction en Bourse. La demande a été telle que moins d’un candidat sur 5 000 a obtenu satisfaction, faisant de l’opération la plus sursouscrite jamais enregistrée sur le marché STAR.
L’entreprise, officiellement enregistrée sous le nom de Yushu Technology, est dirigée par Wang Xingxing. Cet ingénieur mécanique de 36 ans a commencé à concevoir des robots pendant ses études avant de fonder sa société à Hangzhou il y a dix ans.
Mercredi, vêtu d’une écharpe rouge, il a donné le coup d’envoi de la cotation en frappant le traditionnel gong de la Bourse.
Unitree devient ainsi le premier fabricant de robots humanoïdes coté en Chine continentale.
La robotique devient un enjeu stratégique pour Pékin
Cette entrée en Bourse intervient alors que les robots humanoïdes prennent une importance croissante dans la stratégie industrielle chinoise.
Pékin a classé « l’intelligence artificielle incarnée » parmi les six industries d’avenir appelées à soutenir le développement économique du pays au cours des cinq prochaines années.
Le concept désigne les systèmes capables de faire passer l’intelligence artificielle du monde numérique au monde physique : robots humanoïdes, machines autonomes et autres dispositifs capables de percevoir leur environnement et d’y agir.
La Chine dispose déjà d’un avantage considérable dans la production industrielle et la chaîne d’approvisionnement de la robotique. Ses entreprises ont expédié l’année dernière plusieurs milliers de robots et une quantité importante de composants à travers le monde.
Unitree illustre cette montée en puissance.
La société affirme avoir livré plus de 5 500 humanoïdes en un an, un volume encore inaccessible à la plupart des jeunes entreprises américaines du secteur.
Washington ferme progressivement son marché
Cette expansion se déroule toutefois sur fond de confrontation technologique avec les États-Unis.
Washington a interdit le mois dernier la plupart des importations de nouveaux modèles de robots humanoïdes chinois, invoquant une « menace immédiate pour la sécurité nationale ».
Pour Unitree, la menace est sérieuse. Plus de 40 % de son chiffre d’affaires provient actuellement de marchés extérieurs à la Chine.
Dans son prospectus boursier, l’entreprise reconnaît elle-même que de nouvelles restrictions commerciales américaines pourraient peser sur ses activités.
Les tensions pourraient encore s’accentuer. Des analystes s’attendent à ce que Washington envisage de placer certains grands groupes chinois de robotique sur liste noire et limite les investissements américains dans cette technologie.
Unitree se retrouve ainsi directement exposé à l’une des nouvelles lignes de fracture technologique entre les deux puissances.
Des robots spectaculaires, mais encore loin des humains
La démonstration technologique chinoise est impressionnante.
Les robots Unitree sont devenus familiers du grand public grâce à leurs apparitions dans les programmes télévisés du Nouvel An lunaire. Ils y ont dansé et effectué des démonstrations de kung-fu. Sur internet, les vidéos de machines réalisant saltos arrière et roues ont également largement circulé.
Mais ces performances ne doivent pas masquer les limites actuelles de la technologie.
Les humanoïdes restent encore loin de pouvoir accomplir avec la polyvalence d’un être humain les tâches d’un ouvrier qualifié, d’un employé d’hôtel ou d’un travailleur domestique.
Chez Unitree, leurs principaux débouchés restent pour l’instant l’enseignement, la recherche et le divertissement.
Son modèle le plus populaire est commercialisé en Chine à partir d’environ 12 600 dollars et peut être commandé en ligne.
Wang Xingxing nourrit cependant une ambition beaucoup plus vaste : installer progressivement ses machines dans les usines, puis dans les foyers.
La Chine veut produire pour apprendre plus vite
Un obstacle technologique demeure.
Si les industriels chinois excellent dans la fabrication de robots, ils restent derrière certains concurrents américains dans le développement des modèles d’intelligence artificielle nécessaires pour les rendre véritablement autonomes.
L’entraînement d’un robot humanoïde exige d’immenses quantités de données issues du monde physique. Contrairement aux grands modèles de langage, qui peuvent apprendre à partir de textes disponibles en masse, ces données sont beaucoup plus difficiles à collecter.
La Chine compte précisément utiliser son immense marché intérieur pour réduire cet écart.
Son approche repose sur une production à grande échelle, une commercialisation rapide et l’amélioration continue des machines grâce aux données accumulées pendant leur utilisation.
Selon Morgan Stanley, les livraisons de robots humanoïdes pourraient atteindre 50 000 unités en Chine cette année, avant de dépasser 440 000 unités à l’horizon 2030.
Tesla et les groupes chinois accélèrent
La compétition mondiale prend parallèlement de l’ampleur.
Aux États-Unis, Tesla prépare la production à grande échelle de son Optimus Gen 3. Des fournisseurs chinois de composants auraient été invités à augmenter leurs stocks afin de permettre une cadence pouvant atteindre 8 000 robots par mois d’ici décembre.
Agility Robotics travaille de son côté avec Amazon pour expérimenter l’utilisation de robots dans les entrepôts du groupe.
En Chine, Unitree doit également affronter une concurrence particulièrement dense. UBTech Robotics, coté à Hong Kong depuis 2023, développe ses propres humanoïdes. Les constructeurs automobiles BYD et XPeng investissent eux aussi dans ce marché, en exploitant leur maîtrise de la production industrielle et des technologies de conduite autonome.
L’envolée boursière d’Unitree traduit ainsi un pari considérable des investisseurs : celui que les robots humanoïdes puissent devenir une nouvelle industrie de masse.
Avec une capitalisation supérieure à 50 milliards de dollars pour seulement 250 millions de dollars de ventes annuelles, le marché a déjà intégré une grande partie de cette promesse. Reste désormais à Unitree à démontrer que ses robots peuvent passer des démonstrations spectaculaires aux usines et aux foyers auxquels leur fondateur les destine.












