20 Août 2026, jeu

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Scott Bessent intervient sur le marché obligataire pour tenter de faire baisser les taux

Scott Bessent intervient sur le marché obligataire pour tenter de faire baisser les taux

ParGrandes Lignes

Face à des rendements obligataires au plus haut depuis près de vingt ans et à une dette fédérale qui vient de franchir les 40 000 milliards de dollars, le secrétaire américain au Trésor change de méthode. Scott Bessent multiplie les interventions pour contenir les coûts d’emprunt, au risque de redéfinir le rôle traditionnel du Trésor sur les marchés.

Scott Bessent ne veut plus simplement composer avec le marché obligataire américain. Il cherche désormais à peser directement sur son fonctionnement.

Le secrétaire au Trésor a annoncé cette semaine que son département allait doubler le volume de dette publique qu’il peut racheter aux investisseurs. Une décision inhabituelle destinée à améliorer la liquidité du marché, mais aussi à contenir la progression des rendements des obligations à long terme.

L’enjeu dépasse largement Wall Street. Les rendements des bons du Trésor servent de référence à une grande partie du crédit américain, notamment aux prêts immobiliers. Leur progression renchérit donc directement le financement de l’économie et complique la bataille de Donald Trump contre le coût de la vie.

Elle alourdit également la facture budgétaire de Washington, au moment où la dette fédérale brute vient de dépasser 40 000 milliards de dollars.

Le Trésor veut reprendre la main

Les rendements des obligations américaines à long terme ont récemment atteint leurs niveaux les plus élevés depuis 2007. Bessent considère que cette hausse ne correspond plus entièrement aux fondamentaux économiques.

« Nous essayons de maintenir l’équilibre du marché », a-t-il déclaré jeudi sur CNBC, estimant que les rendements actuels donnent une image déformée de la situation économique.

L’annonce des nouveaux rachats a immédiatement provoqué une détente sur le marché. Celle-ci n’a cependant pas duré : dès jeudi, les rendements repartaient à la hausse.

Cette réaction illustre les limites de la stratégie du Trésor. Washington peut intervenir sur la structure du marché, mais il lui est beaucoup plus difficile de neutraliser les raisons profondes qui poussent les investisseurs à réclamer une rémunération plus importante pour financer les États-Unis.

Bessent n’en est d’ailleurs pas à sa première tentative.

Le Trésor privilégie davantage l’émission de titres à très court terme, arrivant à échéance en moins d’un an, afin de limiter son exposition aux taux élevés sur les maturités longues. Une stratégie proche de celle adoptée sous Janet Yellen, que Bessent avait pourtant vivement critiquée en 2024.

Plus récemment, le Trésor est également intervenu sur le marché des changes pour soutenir le yen. L’objectif était notamment d’éviter que le Japon ne soit contraint de vendre massivement ses avoirs en obligations américaines pour défendre sa monnaie, ce qui aurait ajouté une pression supplémentaire sur les rendements.

Une dette de 40 000 milliards de dollars

La nervosité des investisseurs ne repose toutefois pas uniquement sur des déséquilibres techniques.

La trajectoire des finances publiques américaines continue d’inquiéter. Avec une dette dépassant désormais 40 000 milliards de dollars, Washington doit refinancer des sommes considérables tout en versant davantage d’intérêts à ses créanciers.

À cela s’ajoutent des interrogations persistantes sur l’inflation, les conséquences économiques de la guerre avec l’Iran et l’orientation future de la Réserve fédérale.

Le développement de l’intelligence artificielle exerce lui aussi une pression indirecte. Les grandes entreprises technologiques empruntent massivement pour financer leurs infrastructures, ajoutant une nouvelle quantité de dette privée à absorber par un marché déjà sollicité par les émissions fédérales.

Autrement dit, le Trésor américain se retrouve en concurrence avec une quantité croissante d’emprunteurs pour attirer les capitaux.

Jusqu’où Bessent peut-il aller ?

Le programme de rachat ouvre désormais une question plus sensible : le Trésor pourrait-il intervenir beaucoup plus massivement si les rendements continuaient de grimper ?

L’administration n’a pas fermé cette porte.

Des rachats suffisamment importants pourraient finir par réduire réellement la quantité d’obligations à long terme disponible sur le marché. En raréfiant ces titres, le Trésor chercherait à soutenir leurs prix et, mécaniquement, à faire diminuer leurs rendements.

Thomas Simons, économiste en chef pour les États-Unis chez Jefferies, estime que des opérations de l’ordre de 6 à 8 milliards de dollars pourraient commencer à produire un effet plus durable.

Une telle évolution représenterait néanmoins une étape supplémentaire dans l’intervention directe du gouvernement sur le plus important marché obligataire de la planète.

Elle romprait également avec la tradition de prévisibilité du Trésor américain. Le département s’efforce habituellement d’annoncer longtemps à l’avance les modifications importantes apportées à sa politique de financement afin d’éviter de surprendre les investisseurs.

Le risque d’une contradiction avec la Fed

Une autre difficulté se profile : la politique de Bessent pourrait entrer en tension avec celle de la Réserve fédérale.

Les responsables de la Fed débattent actuellement d’une nouvelle hausse des taux dès leur réunion de septembre. L’inflation reste supérieure à l’objectif de 2 % depuis plusieurs années et une partie des responsables monétaires estime qu’un nouveau resserrement pourrait être nécessaire.

Kevin Warsh, président de la Fed, souhaite également réduire le gigantesque portefeuille de titres détenu par la banque centrale, qui atteint environ 6 800 milliards de dollars.

Cette stratégie pourrait exercer une pression à la hausse sur les rendements précisément au moment où Bessent tente de les faire baisser.

Le Trésor et la Fed pourraient néanmoins trouver un terrain d’entente en modifiant progressivement la composition de la dette détenue et émise : davantage de titres à court terme et une exposition moindre aux obligations longues.

Le taux à dix ans, obsession de Bessent

Depuis son arrivée au Trésor, Scott Bessent ne cache pas l’importance qu’il accorde au rendement de l’obligation américaine à dix ans.

Ce taux constitue une référence essentielle pour les crédits immobiliers, les emprunts des entreprises et de nombreux autres financements. Sa hausse se répercute donc rapidement sur les ménages et l’activité économique.

Bessent s’est lui-même décrit comme « le principal vendeur d’obligations des États-Unis », rappelant l’ampleur des sommes que Washington doit continuellement refinancer.

Sa stratégie est désormais plus offensive : utiliser les instruments du Trésor pour tenter de contenir directement les coûts d’emprunt.

Mais la remontée rapide des rendements après sa dernière intervention rappelle une réalité difficile à contourner : même le gouvernement américain ne peut durablement imposer son prix au marché si les investisseurs restent préoccupés par la dette, l’inflation et la trajectoire des finances publiques.

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